‹ L'EuropeChapitre 51 sur 93 · IG · texte numérisé non relu

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1» La région pyrénéenne ou région du nord-ouest, s’étend sur quatre provinces : le Pays basque dont les habitants, énergiques au travail, ont su tirer très-bon parti de leur sol montagneux, qu’ils ont divisé en petites exploitations n’ayant guère plus de 2 hectares en moyenne; l’extrémité de là Vieille-Gastille (prov. de Santander); les Asturies , dont les montagnes boisées portent le cliène, le châtaignier, le noisetier* et dont les plaines produisent des pommes, du maïs et du seigle ; la Galice , qui, malgré ses montagnes couvertes de châtaigniers et de chênes, est une des parties de l'Espagne les mieux cultivées et les plus riches en gros bétail.

2° La région de l’Èbre, au nord-est, comprend trois provinces et offre des paysages très-divers : la Navarre

est un massif de montagnes couvertes de beaux chênes et de pâturages au N.; une plaine fertile, mais médiocrement cultivée au S. L 'Aragon est le pays le mieux arrosé de toute l’Espagne. La Catalogne est partagée en deux parties par le Llobregat : elle offre, à l’O., un plateau rocheux et stérile, excepté dans l'étroite vallée de la Sè.gre ; à l’Ë., une plaine éclairée par le chaud soleil de la Méditerranée, rendue fertile par le labeur de ses habitants, nourrissant, surtout dans le Lampourdan un assez nombreux bétail et donnant des fruits divers, olives, raisins, etc.

3° La région du plateau castillan, au centre et à l’O.,

forme une immense table de grès ou de calcaire, haute de 000 à 700 mètres environ dans sa partie méridionale (Nouvelle-Castille), de 700 dans sa partie septentrionale (Léon et Vieille-Gastille (voir le carton (le la curie d'Espagne). Sumionlée en et là de quelques lignes de montagnes abruptes et blanches de neige l’hiver, noires et sombres l’été, elle est profondément ravinéepar des torrents et des Meuves qui disparaissent en quelque sorte, encaissés chacun dans une étroite et verdoyante vallée, pour ne

laisser à l’œil que la perspective de déserts dits dans le pays « parameraà ». L’eau y est très -rare, parce que la ceinture de montagnes qui bordent ce plateau n’y laisse guère pénétrer les nuées. Aussi, couverte en grande partie de bruyères, de genêts et de chênes nains, elle présente trop souvent l’aspect de plaines glaciales l’hiver, brûlantes l’été. Cette région comprend quatre provinces : le royaume de Léon, riche en pâturages dans le voisinage de la Galice (le Yierzo ou vallée du Sil), est couvert de bruyères dès qu’on s’élève sur le plateau. La Vieille-Castille est plus élevée que toutes les autres, mais son climat tempéré et le terrain permettent une production abondante de céréales et une assez grande production de vin ; aussi elle nourrit de très-nombreux moutons, l’été, dans ses hauts pâturages ; quand on descend le plateau vers la rive de l’Ebre, on retrouve des champs fertiles'.* on est dans la Rioja, presque dans l’ Aragon. La Nouvelle-Castille donne aussi beaucoup de blé, surtout dans sa partie N-.-E.; mais elle a en général le même aspect désolé surtout dans la Manche, dont le nom significatif veut dire terre desséchée, mais qui a cependant de bons vignobles : toute la portion septentrionale du royaume de Murcie (prov. d’Albacète) dépend de la Manche. L ’Estravnadure, composée en partie de terrain tertiaire et naturellement plus fertile, produit en elfet beaucoup de blé dans le sud, mais elle est occupée dans presque toute sa partie septentrionale par des steppes et de vastes pâturages sans eau, où les troupeaux viennent des montagnes de la Castille pour passer l’hiver.

4° La région de la Méditerranée, au S.-E., étalée en amphithéâtre, aux rayons du soleil d’Afrique, sur les pentes orientale et méridionale du plateau, et coupée au S. par la haute Sierra Nevada, est une région d’une admirable fertilité partout où le cultivateur peut se procurer l’eau, toujours rare, des torrents ou des rivières; elle comprend trois

provinces : le royaume de Valence dont une partie dépend encore du plateau, mais où les vallées du Guadalaviar, du X u car, du Segura, etc., entourées d’âpres terrasses montagneuses, sont couvertes d’orangers, de rizières, d’oliviers, de mûriers. Cette parti e, appelée le jardin(la liuerta), est formée, près de la mer, de terres d’alluvion que les savantes irrigations des Arabes et de fréquentes fumures rendent très-fertiles ; la côte est bordée de marécages (albuféras) que la culture a transformés en rizières. La province de Murcie jouit à peu près des mêmes cultures dans la vallée du Ségura et donne dans les autres parties la soie la plus renommée ; mais les années où la pluie manque, celles-ci sont absolument stériles. L’ Andalousie, dont les montagnes nues et les parties non irriguées n’offrent que des déserts brûlants semés de quelques palmiers nains, et dont la plaine, au contraire, pourrait être si riche, n’est cependant pour ainsi’dire qu’une vaste friche, dont les maigres pâturages nourrissent des chevaux, etdont les forêts de chênes (surtout dans la province de Iluelva) servent à engraisser de nombreux porcs. Les pentes des montagnes du midi et leurs petits cantons irrigués (plaine de Grenade, etc.) ont un tout autre aspect; ils donnent toutes les productions de l’Europe et de l’Afrique, le blé, le maïs, l’orge, le pois chiche, l’olivier, l’oranger, le nopal et le cotonnier; c’est dans l’ancien royaume de Grenade, près de Motril et de Grenade, sur une côte disposée en espalier au pied de la Sierra Nevada, que ces cultures tropicales réussissent le mieux et que l’on trouve le dattier (forêt d’Elche, etc.) et la canne à sucre, à côté des vignes et des céréales.

En général, dans toute l’Espagne, on distingue les terres sèches ( secanos ), qui donnent du blé et qui n’ont qu’une valeur médiocre, et les terres irriguées, regadios , qui sont très-fertiles, propres à presque toutes les cultures et qui ont une grande valeur.

257. Les produits végétaux. — L’Espagne, si elle était mieux cultivée et mieux pourvue de voies de communication, donnerait d’abondantes récoltes en céréales. On estime, mais par des évaluations très-vagues et assurément exagérées (1), à 50 millions d’hectolitres la production du froment, cultivé principalement sur le plateau , dans les deux Gastilles, l’Estramadure et l’Ara gon ; à. 20 millions d’hectolitres, celle de Y orge, que l’on cultive dans toutes les provinces ; à 8 millions d’hectolitres, celle du seigle , cultivé surtout dans la région pyrénéenne ; à 4 millions d’hectolitres, celle du maïs, qui vient dans les plaines du sud et de l’est, et à moins de 1 million, celle du riz , qui ne pousse que dans les provinces de Valence et de Murcie : en tout un peu plus de 80 millions d'hectolitres de céréales.

Les patates , dont la récolte approche de 1 million et demi de tonnes, et qui sont cultivées partout, principalement dans le sud, sont d’un puissant secours pour la nourriture des habitants, ainsi que les pommes de terre, cultivées dans l’Andalousie (Motril, Marbella, Mijas, etc.), les pois chiches ( Fuente, Sauco, Mentrida, etc.), les gesses de la Manche, les haricots, les lentilles, l'ail, etc.

La région pyrénéenne et la région du midi fournissent un peu de lin et de chancre de qualité médiocre ; les environs de Motril et les îles Baléares, un peu de colon.

La Manche donne du safran , du sumac et du carthame ; la Navarre, les provinces de Cordoue, de Séville, du bois de réglisse ; les environs de Malaga , l’anis et la canne à sucre , dont la culture était très- développée du temps des Arabes ; les melons et les pastèques abondent dans le midi.

1. Les chiffres de la statistique espagnole ne fournissent que des approximations très- vagues.

Dans les régions bien exposées, les fruits mûrissent facilement : Tolède et l’ Aragon sont renommés pour leurs abricots; les Baléares , Valence , la Catalogne pour leurs amandes et leurs pistaches ; 1 ’ Andalousie, surtout aux environs de Malaga et la province de Yalence (env. 6,000 hectares en tout produisant plus de 600 millions d’oranges), pour leurs citrons, leurs oranges et leurs grenades; V Andalousie (Malaga, Séville, Alméria, Huelva) et Valence , pour leurs figues. Les Asturies et la Catalogne donnent des noisettes, des glands doux, des marrons.

L’olivier est très-cultivé, surtout sur le littoral méditerranéen ( Andalousie , Murcie, Yalence, Catalogne, Baléares) et dans la vallée du Guadalquivir et du Guadiana; mais l'huile qu’on en tire est médiocre. Le mûrier pousse sur la cote de la Méditerranée.

On porte à plus de 8 millions d’hectares l’étendue des . forêts ; mais la plus grande partie consiste en quelques rares arbrisseaux et en buis, semés sur des terrains rocailleux ou sur des plateaux arides ; le bois est très-rare aujourd’hui en Espagne, et le produit ne parait pas dépasser 15 millions de francs. Dans les montagnes du midi, entre Alicante et Alméria , on récolte le sparte, espèce de jonc qui sert à faire des nattes, des tapis, des filets. Sur le plateau central , sont les plus vastes espaces désignés sous le nom de forêts : c’est là que se trouve la forêt de G ar ganta (prov. de Ségovie). Sur les montagnes du nord (prov. de Léon , d’Oviedo et de Santandcr ) il y a de belles forêts de pins, de chênes, de. hêtres et de châtaigniers. Le liège vient plus particulièrement de la province de Séville et dans la Catalogne.

258. Le vin. — Parmi les productions du sol espagnol, la plus renommée est le vin, qui donne près de 10 millions d’hectolitres. Très-heureusement située à cet égard, l’Espagne a des vignobles dans presque toutes

ses provinces. Ceux des deux Castilles (Toro, Rueda, la Seca, Navas del Rey> Yillarubia, Navalcarnero, Occina , Yepes, Arganda, Val de Penas , etc.) sont réservés pour la consommation intérieure; ceux de V Aragon (Saragosse, Campo de Carinena , etc.), de Catalogne (Priorato, Barcelone, Girone, Tarragone, etc.), de Navarre , de Logrono dans la vallée supérieure de l’Èbre, donnent des vins blancs estimés et de gros vins forts en alcool et recherchés pour l’exportation lointaine. C’est surtout dans les provinces du midi , Murcie, Valence et l'Andalousie, que la production est abondante et fournit des vins estimés à l'étranger ; V Andalousie occupe le premier rang avec les vins blancs légers de la province de Huelva, ceux de Séville, le vin de Xérès , si recherché en Angleterre, et ceux de San Lucar et éé El Puerto , les vins de liqueur de Malaga (récolté à Velez-Malaga) ; le Malvoisie des îles Canaries très-recherché est devenu rare. Mais, à part ces crus renommés et voisins de la mer, les vins d’Espagne, mal fabriqués, conservés dans des vases de terre ou dans des outres, faute de tonneaux et de moyens de transport, se gardent peu et n’ont qu’une médiocre valeur.

Alicante ne donne plus guère que des vins légers ordinaires : mais ses raisins secs , ainsi que ceux de Malaga et de Dénia -, sont exportés en grande quantité.

La Catalogne , Valence, Murcie, etc., distillent une partie de leurs vins pour faire de V eau-de-vie.

Les provinces basques , qui n’ont pas de vignes, font du cidre exquis.

259. Les produits animaux. — L’Espagne est trèspauvre en prairies artificielles ; mais, ayant beaucoup de pâturages et de pâtis (plus de I L millions d'hectares), elle a un plus grand nombre d’animaux de ferme

que 1 état de son agriculture ne pourrait le faire supposer.

Les mulets (650,000), surtout dans la Nouvelle-Cas tille , et les ânes (750,000), surtout dans V Estramadure , sont plus nombreux que les chevaux (400,000). quoique les chevaux à’ Andalousie, de, Valence el de Galice soient renommés.

Environ 2 millions de bêtes à cornes vivent surtout dans les prairies des Asturies , de la Galice, du Vierzo (Léon).

L7 millions et demi de moutons; c’est le bétail qui, avec les chèvres, convient le mieux aux pays de montagnes et de maigres pâturages : un tiers environ appartient à la race mérinos , à laine line et touffue, dite aussi dans le pays race des moutons transhumants, parce que, n’étant jamais renfermés dans des bergeries, ils émigrent en grands troupeaux de 10 et 20,000 têtes, selon les saisons, des hauteurs des Asturies , du royaume de Léon (moutons léonais), delà Vieille-Castille (moutons ségoviens, moutons sorians) et de la Sierra deCuença ou d’Albarracin où ils passent l’été, dans les plaines de V Estrama dure, de la yJ/ancfteetdans les montagnes de Murcie où ils paissent l’hiver. Ils descendent à mesure que s’abaisse la température, ! el broutent librement, sur leur passage, en vertu d’anciens privilèges, dans tous champs non clos. Les propriétaires! de ces troupeaux forment la corporation de la Mesta ; leur droit de parcours a été une cause de ruine pour l’agriculture espagnole. Faute de soins suffisants et par suite de la concurrence à l’étranger des autres pays produc- ] tours de laines fines, la valeur des laines espagnoles a beaucoup baissé.

1 million et demi environ de porcs dans les provinces de Galice, de Salamanque, de Huelva, etc.

3 millions de chèvres, dans l’Estramadure, Léon, etc.

La volaille et les œufs sont deux produits importants des fermes espagnoles.

Le nopal est cultivé en assez grande quantité dans les

■chaudes provinces méditerranéennes de Valence, de Grenade, de Malaga et surtout dans les Canaries pour obtenir la cochenille . Le miel est estimé dans les districts dyA Icaria (prov. de Guadalajara), dans les sierras de Cuença et de Soria, où le thym et le romarin des montagnes fournissent un suc exquis aux abeilles. La soie, quoique frappée par le fléau qui atteint toute la production européenne, a encore dans le royaume de Valence et dans la province de Jaën une certaine importance.

260. La production minérale. — Contrée montagneuse dans laquelle les roches anciennes abondent, l’Espagne doit être riche en produits minéraux. On les exploitait dès le temps des Carthaginois et des Phéniciens et on évalue encore à 70 millions de francs , la valeur to tale des métaux extraits des mines et affinés dans les 550 fonderies et usines de l’Espagne.

Les matériaux de construction sont les meules et les pierres à aiguiser de Barcelone, le granit et les ardoises de Tolède, l’albâtre de Navarre et de Soria, les argiles réfractaires de Zamora, de Linarcs, d’Almeria, etc.; les marbres de Saragosse, de Vittoria, le marbre blanc de Macetel (prov. d’Almeria), ceux du district d’Aspe (prov. de Valence), d’Orihuela (prov. d’Alicante), de Palma (Baléares), deCordoue, d’Oviédo,de Séville, de Soria, de Murcie, etc. Tous ces matériaux sonten grande quantité ; mais on n’en exploite qu’une très-petite partie. La Galice, les provinces de Tolède, d’Almeria, de Zamora, la Catalogne (Olo, prov. de Girone) possèdent du kaolin, de la pouzzolane. La Navarre, la province de Soria fournissent de l’albâtre ; la province de Murcie, des pierres lithographiques.

La houille (environ 360,000 tonnes) se rencontre sur plusieurs points : les principaux bassins sont ceux des Asturies (mine de Langréo, etc.), de Léon et Castille (Barruelo, la Magdalcna, Orbo, prov. de Palencia), de Cordoue (mine de Belmez et d’Espiel), de Catalogne (mine de San

Juan de las Abadesas), d’Aragon (bassin de Téruel et de Montalban) et de Valence.

Le fer (environ 50,000 tonnes) est exploite dans toute la région pyrénéenne , Navarre, Guipuscoa, vallée de la Bidassoa, Biscaye (mine de Sommorostro et forges de Bilbao), Oviédo (forges de Langréo, fonderie de Miérès, etc.); et dans Y Andalousie (mines des Alpujarras, forges de Marbella, de Malaga, de Motril, mines de la piov. de Séville, forges de Pedroso, de Trubia qui appartient à l’État, mines de la province de Cordoue) ; toutes ce s exploitations donnent en général du bon minerai magnétique.

Le plomb est au premier rang des métaux exploités en Espagne (environ 275,000 tonnes de minerai, donnant 67,000 tonnes de plomb, valant 23 millions de francs). Il est exploité dans onze provinces, dans la région py- I rénéenno (prov. d ’Oviédo, d’Alava, etc.), dans la Manche et dans les montagnes du sud-est , surtout dans l’ancien royaume de Grenade (sierra de Gador, etc.), dans celui de Murcie, et dans la province de Jaen (mine de Linarès appartenant l’État, etc.).

Dans la sierra Almagrera , près de Carthagène, et dans le district de Bien de la Encina, on exploite des mines d’ argent natif, qui produisent environ 3 millions de francs, indépendamment de l’argent que Contient le minerai de plomb et que, le plus souvent, on exporte confondu avec ce dernier.

Le mercure de la mine d’Almaden (ou plus exactement d’Almadengos, près d’Almaden), possession de l’État et dont les filons de cinabre ont plus de 15 mètres d’épaisseur, ainsi que la mine très-médiocre de Miérès (prov. d’Oviédo), approvisionnent l’Europe entière (i), et fournissent annuellement près de 800 tonnes, valant plus de 4 millions.

Le cuivre , exploité un peu dans les provinces de Biscaye

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