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LES PRODUITS

(Voir la carte n» 32.)

383. La nature et l’homme. — C’est la nature qui fournit les matériaux de touteindustrie; c’est l’homme qui les met en œuvre, et qui, par son travail, crée les produits. JJ abondance et la diversité des produits dans un pays dépendent donc de deux causes : la nature et I’homme . C’est surtout la première qui paraît créer les produits de l’agriculture et des mines, voire même multiplier les fabriques sur un sol riche en houilles grasses et faciles à exploiter, comme celui du bassin de la Ruhr ; mais qui écarte toute culture des granits de la Norvège et des toundras marécageux et glacés de la Russie septentrionale. C’est surtout la seconde qui paraît grouper des ateliers en tous genres dans les capitales pour satisfaire aux besoins d’une population nombreuse ou pour profiter des moyens de production que fournit cette population agglomérée. Mais, quand on examine de près, on reconnaît aisément que la nature qu’on peut nommer, malgré la contradiction apparente des termes, la cause

1. Des renseignements statistiques survenus pendant l'impression font que l’on trouvera, entre les chiffres comparatifs de cette récapitulation et ceux qui sont donnés isolément dans les sections précédentes, des différences, surtout pour le Commerce , la Navigation, les Chemins de fer et la Population . Les données de cette dernière partie sont les plus exactes aujourd’hui.

passive, est aussi la cause secondaire, et que l'homme agent actif de toute production, en est toujours la cause principale. Le terrain des Flandres, qui donne de si belles récoltes, est de même formation géologique que cette « geest » infertile qui, dans l’Allemagne du Nord, n’est que forêts ou landes. Autour des grandes villes, quelle que soit la nature du terrain, on peut être certain que la culture est avancée : c’est que l’homme, par sa présence et par son activité intelligente, fait en quelque sorte violence à la nature qu’il transforme, de même qu’il sait la mettre en œuvre quand elle lui est propice. C’est lui qui a changé les marais saumâtres de la Hollande en prairies plantureuses ; qui a choisi, entre les anses du rivage ou sur les rives du fleuve, un emplacement pour ses ports, et qui en a fait, avec le temps, de grandes cités oh affluent les navires et les richesses du monde entier.

Aussi peut-on donner comme une règle générale :

1° Que LA NATURE ET LA QUANTITÉ DES RICHESSES PRODUITES en chaque lieu, richesses agricoles, minérales, manufacturières, commerciales, sont étroitement liées a la qualité et a la configuration du sol ;

2° Que les produits en tout genre, produits de la terre ou produits des manufactures, et les échanges du commerce SONT D’AUTANT PLUS NOMBREUX QUE LES POPULATIONS

sont plus denses et plus actives, soit qu’une fécondité particulière du sol ait primitivement attiré cette population et contribué à la maintenir ; soit que les habitants, réunis par des circonstances politiques, fournissent une somme de travail capable de triompher des obstacles naturels, et

fassent venir de loin des matériaux nécessaires

il leur in-

dustrie.

384. Les céréales. — Parmi les produits de l’agriculture, le premier rang est aux céréales, principal aliment des populations européennes, lesquelles sont essentiellement sédentaires et agricoles. D’après les s lads-

tiques, on peut (d'une manière très-imparfaite assurément (1), mais préférable cependant à toute affirmation sans fondements estimer la production annuelle des céréales en Europe de 16 à 1700 millions d'hectolitres (2): près d’un tiers (500 millions) est fourni par la Russie, qui occupe elle-même sensiblement plus do la moitié de la superficie de l’Europe, mais dont la production est h peu près nulle au nord delà latitude de Saint-Pétersbourg; plus du septième (230 à 260 millions) par la France, qui occupe la dix-neuvième partie de l’Europe ; environ le septième (230 millions) par l’Allemagne, et le dixième (165 millions) par l’Autriche, qui ont, l’une h peu près la même superficie que la France, l’autre une superficie sensiblement plus grande ; un neuvième par la Grande- Bretagne (150 millions, approximation calculée d’après l’étendue des cultures) qui n’est guère que la trenteunième partie de l’Europe ; un soixantième par le Danemark (30 millions) et un soixante-deuxième par la Belgique (24 millions) qui n’est que la trois cent quatrième partie de l’Europe ; un peu plus d’un septième par les trois péninsules de l’Europe méridionale qui occupent elles-mêmes è irès-pdù près le septième de l’Europe (Espagne, 80 millions [?] ; Portugal, 11 millions ; Italie, 70 ; Turquie, 40 [??] ; Roumanie, 18 ; Grèce, 8 1/2 [?] ; total 227 millions 1/2 ; un trente et unième environ par la péninsule Scandinave (50 5. 55 millions), qui occupe la quinzième partie de l’Europe.

Les deux principaux producteurs de céréales en Europe sont donc la Russie et la France. Mais, si l’on tient compte

1. Nous rappelons que tous les nombres ne sont que de simples approximations et des termes de comparaison.

2. Le chiffre de 40 millions que nous donnons par hypothèse pour la Turquie et la Servie, est probablement un peu faible ; mais celui de l’Espagne, tiré d’urte statistique officielle et réduit à SO millions, est certainement encore exagéré.

cle la proportion du rendement à l’étendue du territoire, la Russie vient bien après la France, qui elle-même cède le pas à la Belgique , au Danemark et à V Angleterre . Ainsi la culture la plus intense, c’est- à-dire la production la plus grande relativement à la surface entière du pays d’une part (env. 500 hectolitres par kilomètre carré du territoire ), il la surface ensemencée d’autre part, est dans le nord-ouest de l’Europe où la population est le plus dense, et où, par conséquent, à cause du grand nombre de bras qui fournissent du travail et du grand nombre de bouches qui exigent des produits, on laisse le moins de terres incultes et on tire le meilleur parti des terres en culture. La culture la moins intense est dans le nord de l'Europe (Scandinavie et Russie septentrionale) où la population est le plus rare, et le climat le plus ingrat ; et le nord et l'est de V Europe forment la région dans laquelle la production en céréales est la moindre relativement à la surface entière du pays (environ 90 hectolitres au kilomètre carré). Entre ces deux extrêmes se placent la région de l'Europe centrale , qui donne environ 300 hectolitres au kilomètre carré , et la région de l’Europe méridionale qui donne environ 170 hectolitres au kilomètre carré.

Mais toutes les céréales ne se valent pas; si un hectare cultivé en avoine rend en moyenne deux à trois fois plus d’hectolitres qu’un hectare cultivé en froment, l’hectolitre d’avoine pèse à peine 50 kil . , tandis que l’hectolitre de froment en pèse plus de 75, et le kilogramme d’avoine contient moins de substance nutritive que le kilogramme de froment. C’est là un désavantage pour le nord de l’Europe (Etats Scandinaves, Russie septentrionale, plaine orientale de la basse Allemagne, Écosse, Irlande), et pour les régions montagneuses (haute Bavière, Suisse, partie de la Hongrie, etc.) où domine la culture de I’avoine qui ne redoute pas le froid. Néanmoins les plaines de l’Europe centrale, particulièrement celles de France,

cultivent beaucoup l’avoine, parce qu’elle donne un fort rendement à l’hectare et qu’elle est indispensable pour la nourriture des animaux.

Le seigle, la céréale qui se rapproche le plus du froment, mais qui donne un plus fort rendement à l’hectare (environ un tiers en plus) et qui se contente mieux d’une terre froide et maigre, domine dans toute I’Allemagne du Nord, dans la Hollande et la Belgique , et dans les régions montagneuses du centre : Suisse , Autriche , etc.

Le froment, qui donne la plus belle farine et le pain le plus substantiel, est au premier rang dans la partie tempérée de l’Europe, en France, dans le sud de la Russie (Terre-Noire, etc.), dans \e sud-est de l’ Angleterre , dans la plaine de Hongrie, et. dans la Roumanie, région du blé tendre ; et, d’autre part, dans une partie de la Turquie, sur le plateau de Castille, en Italie, et généralement dans les trois péninsules de la Méditerranée où le blé dur, plus riche en gluten, l’emporte sur le blé tendre.

L’épcautre, qui n’a qu’une importance fort secondaire, est comme cantonnée dans le massif alpestre (Suisse, Allemagne du Sud, Alsace), et sur quelques plateaux. (Ardennes, Turquie).

L’orge, beaucoup plus importante, se plaît volontiers sous les mômes climats que l’avoine, et s’aventure plus loin vers le nord ; elle est très-cultivée dans Y Europe septentrionale et dans Y Europe centrale, où elle sert, entre autres usages, à la fabrication de la bière ; ces deux céréales doivent à la propriété qu’elles ont d’etre des céréales de printemps, germant tard et poussant tôt, de pouvoir mûrir durant les courts étés des climats septentrionaux.

Le sarrasin est aussi une plante des terrains froids et pauvres, quoiqu’il entre, comme l’orge, dans l’assolement des climats tempérés. Le maïs, le millet et le riz, au contraire, sont des cultures de l’Europe méridionale ; le

riz sur un petit nombre de points (Valence, Murcie, Alemtéjo, Lombardie, vallées de la Turquie); le millet et le sorgho, de même ; le maïs, en grande quantité dans le sud-ouest de la France , le sud de V Autriche, et les péninsules de la Méditerranée , surtout dans la péninsule hellénique où il dispute au froment la première place.

(Voir sur la carte la limite septentrionale de la culture des princi pales céréales.)

Cette distribution des céréales explique comment on mange le plus ordinairement dans l'extrême nord de l’Europe du pain d’avoine, et en petite quantité ; dans le nord et dans les régions montagneuses, du pain de seigle; dans les plaines du centre, du pain de méteil ù. l’usage des campagnes et du pain de froment à l’usage des villes ; dans le sud, des bouillies de maïs (polenta, mamaliga, etc.).

Si, au lieu de comparer le rendement en céréales avec la superficie du sol, on le compare avec la population, tes résultats apparaissent différents. Les hommes du Nord , qui ont l’espace devant eux sur des terres mal peuplées, qui ont besoin d’une forte alimentation, qui récoltent surtout les grains les moins nutritifs et qui en consacrent une grande partie h leur bétail, ont environ 6 hectolitres 1/2 (le Russe), à 9 hectolitres par tête (le Scandinave) ; le Danois paraît même atteindre le chiffre (probablement trop élevé) de 17 hectolitres. Les hommes du Midi , qui élèvent bien moins de bétail, qui ont euxmêmes besoin d’une nourriture moins abondante sous un climat plus chaud, et dont les Céréales contiennent plus d’éléments substantiels, récoltent en moyenne dé 3 à 4 hectolitres par tête (l’Italien et le Portugais, à peine 3 ; le Grec, 3 1/2 ; le Roumain, dans une riche plaine située plus au nord, 4; les chiffres de 3 et de 6 pour l’Espagne et la Turquie sont au moins douteux). Dans les premiers rangs se placent le Français qui, dans ï Europe ceiitrale

et occidentale , est le mieux partagé , ayant G hect. 1/2 (1), puis F Allemand G hect.; rAutricliien 4 liect. 1/2 ; et au nombre des moins bien partagés de cette région sont le Belge (S hect.), trop pressé sur un territoire étroit; le Hollandais (3 hect. à peine) dont le sol n’est pour ainsi dire que prairies ; et le Suisse (2 hect. il peine) dont le pays est en grande partie occupé par les montagnes.

385. Les autres cultures herbacées. — La pomme de terre est aujourd’hui la rivale des céréales pour la nourriture des hommes et pour la fabrication de l’alcool et de l’amidon. On ne saurait estimer il moins de 610 millions d'hectolitres , c’est-à-dire il près de la moitié de la production en céréales, la récolte de la pomme de terre. Elle est cultivée partout : toutefois on en récolte relativement peu dans le sud de V Europe, bien que l’Italie figure pour 10 millions d’hectolitres, et que nous comprenions dans le total les patates d’Espagne (15 millions d’hectolitres), seul pays où ce tubercule soit cultivé en grand, et les topinambours de Turquie. Mais, au contraire, beaucoup dans le nord, dans F Allemagne du nord dont les plaines sablonneuses sont très-propices à cette culture, et qui récolte 200 millions d’hectolitres ; dans la Hollande (13 millions d’hect.) et la Belgique (plus de 10 millions d’hect.), qui sont pour ainsi dire la prolongation occidentale de la plaine germanique, surtout dans la Gueldre, les dunes et les Flandres, c’est-àdire dans les parties sablonneuses; dans les provinces bal-tiques de la Russie (85 millions d’hect.) qui en sont la prolongation orientale ; dans le Danemark et le sud de la Suède ; dans la France (140 millions d’hect.), surtout dans la région nord-est qui est voisine de F Allemagne ; dans les îles Britanniques (85 millions d’hect.) et surtout en Irlande ; enfin dans l’Allemagne du Sud.

I. On estime la consommation moyenne en pain de froment ou de méteil à 625 grammes par tête et par jour, soit 3 hectolitres par an.

Les légumes occupent dans l’alimentation une place secondaire, mais cependant importante : les légumes frais dans le rayon d’approvisionnement de toutes les grandes villes; les légumes secs et les gros légumes à peu près partout: navets, carottes, fèves, haricots, raves, choux, principalement dans les pays du nord et du centre ét dans l’Europe orientale ; pois chiches, doliques, gesses, tomates, oignon, ail, pastèques, principalement dans le sud. Ces cultures sont en général d’autant plus fréquentes et plus productives, que l’agriculture est elle-même plus avancée.

Les principales plantes industrielles cultivées en Europe sont:

1° La betterave qui sert un peu à l’alimentation de l’homme, beaucoup à la nourriture du bétail et à la fabrication du sucre et de l’alcool. 100 kilogrammes de betteraves donnent environ 6 à 7 kilogrammes de sucre raffiné, et un résidu très-précieux pour engraisser les bestiaux. D’après ce rendement, on peut juger de l’importance de cette culture en sachant que la France produit aujourd’hui jusqu’à 2 15, 000 tonnes de sucre; YAllemagne , et surtout l’Allemagne du Nord, 190,000; V Autriche- Hongrie, 100,000 ; la Russie, 60,000 ; la Belgique , 40,000; les Pays-Bas, 5,000. L ’ Europe méridionale fournit environ 7,000 tonnes de sucre, mais de sucre de canne.

2° Le lin et le chanvre qui servent à faire la toile et la corde, et dont il est impossible de fixer, môme vaguement, la production totale en Europe. On les cultive presque partout, soit en petit pour la consommation individuelle, soit en grand pour les manufactures et le commerce. Le lin s’accommodant du froid et de l’humidité, domine , par conséquent, dans le Nord; le chanvre , voulant plus de sécheresse et de chaleur, domine dans le Midi. Au premier rang, est la Russie qui produit, surtout

dans ses provinces du nord-ouest, près de 200,000 tonnes de filasse de lin, et, surtout dans ses provinces du sudouest, 100,000 tonnes de filasse de chanvre ; au second rang, Y Allemagne du Nord , qui donne beaucoup de lin, la Hollande et surtout la Belgique (20,000 tonnes) qui donnent des lins très-estimés. L* Irlande, la France (plus de 100,000 tonnes) et Y Allemagne du Sud donnent chanvre et lin, mais plus de chanvre que de lin ; Y Autriche-Hongrie, plus de lin que de chanvre ; dans les péninsules de la Méditerranée, le chanvre est en première ligne, mais il est généralement de médiocre qualité, excepté en Italie, où cette culture a une assez grande importance.

Le coton est cultivé en petite quantité dans les péninsules de la Méditerranée, surtout dans la Péninsule Hellénique.

3° Le tabac est l'objet d’une culture très-importante sur quelques points de l’Europe : en premier lieu, dans la Russie méridionale (50,000 tonnes) et dans la vallée inférieure et moyenne du Danube, Roumanie , Turquie , Hongrie , etc. ; en second lieu, dans Y Allemagne du Nord (environ 11,000 tonnes) où la consommation en est trèsgrande ; dans la Hollande et le Palatinat dont les produits sont très-estimés, et dans les départements français où l’administration en autorise la plantation.

4° Les graines oléagineuses qui servent à faire de l’huile comestible, ou de l’huile destinée à des usages industriels, sont le colza, le pavot noire (huile d’œillette), le sénevé ou graine de moutarde noire, la navette, la cameline, le sésame, etc., toutes plantes dont la Heur et la graine (l’œillette exceptée) rappellent celles du chou : il faut y joindre la graine de lin et le chènevis ou graine du chanvre. La Russie occupe le premier rang pour la production des graines et huiles de lin et de chanvre , et donne une certaine quantité de sésame dans sès provinces

méridionales ; mais, pour les autres graines, la priorité est à la France (plus de 4 millions d’hectolitres) et à Y Allemagne du Nord. La Flandre, le Palatinat , la Hollande fournissent des graines de colza très-estimées ; la Turquie, la Roumanie et l’Italie en donnent une petite quantité.

5° Le houblon qui, avec l’orge fermentée, sert à fabriquer la bière, boisson ordinaire des pays du Nord, donne en Europe des produits évalués à 52,000 tonnes, à savoir : la moitié (25,000 tonnes) en Angleterre ; le sixième (8,100 tonnes) dans l’Allemagne du Sud, et surtout dans la Bavière ; le septième en Bohème (7,500 tonnes) où le houblon de Saatz dispute la préférence dans l’estime des amateurs au houblon bavarois de Spalt ; le dixième (5,000 tonnes) en Belgique ; le reste dans l’Allemagne du Nord, particulièrement dans la Posnanic et le Brunswick; dans la France, le Danemark, etc. (1).

6° Parmi les plantes dont la culture, moins générale, a cependant de l’importance il faut citer : la chicorée , la succédanée du café, très-cultivée dans les pays du Nord, où l’usage du café au lait est très-répandu : Belgique , Hollande , région saxonne , Bade , etc.; les plantes tinctoriales, telles que la garance de Saxe, de Silésie, de Zélande, d’Alsace et d’Avignon, de Toscane, de Païenne, d’Albanie, de Thessalie, etc., le sumac de Sicile, de Turquie et d’Espagne (Manche), le safran de France, d’Espagne, d’Italie, de la Basse- Au triche, le carthame d’Espagne et de Hongrie ; les plantes aromatiques , telles que l’absinthe de Suisse, l’anis de Malte, d’Espagne, d’Italie, de France, d’Allemagne, le cumin d’Allemagne, de Malte, etc.

1. On évalue la consommation moyenne de lu bière par tête et par un ù 139 litres en Grande-Bretagne, 138 en Belgique, 125 en Bavière, 85 en Suisse, 89 en Hollande, 24 en Autriche, 20 en Prusse, 19 en France, G en Russie, 2 en Espagne. (Voir M. Block, V Europe poli* tique et sociale s)

386. Les cultures arborescentes. — Les arbres donnent du bois, du charbon, des résines, des feuilles et des fruits. Ceux dont on ne tire que du bois, du charbon, de la résine, sont groupés ordinairement en grands massifs, forêts ou bois, ou sont employés pour border les routes et orner les jardins ; ceux qu’on recherche pour leurs fruits ou leurs feuilles sont l’objet d’une culture particulière, et forment la branche de l’économie rurale dite « arboriculture » .•

Les principales essences de l’arboriculture européenne sont :

1° La vigne qui donne le raisin et, par conséquent, le vin, la boisson la plus généreuse et la plus fortifiante que la Providence ait mise à la disposition de l’homme. Elle cesse de mûrir au delà du 53e degré et, comme elle craint également les brouillards sans chaleur des climats marins et les froids rigoureux des climats continentaux, la limite septentrionale de sa culture s’abaisse à l’ouest et à l’est jusque vers le 47e (voir la Courbe sur la carte); elle est, par conséquent, le privilège de I’EuRope centrale et Méridionale qui fournit, récolte moyenne, environ 120 millions d’hectolitres.

La France (plus de 60 millions d’hectolitres) avec ses vins exquis de Bourgogne et de Bordeaux et les produits abondants du Languedoc, de la Charente, delà Loire, etc., est au premier rang par la quantité comme par la qualité de ses produits (1) ; au second, Y Italie (20 millions) dont la Sicile est la province la plus productive, et Y Autriche-Hongrie (12 millions), qui doit ce rang à la Hongrie ; au troisième, Y Espagne (10 millions) qui cite surtout ses vins alcooliques de Xérès ; la Turquie (environ 5 millions)

1. Aussi évalue-t-on la consommation moyenne de vin par tète et par an, à 130 litres en France, il 120 en Italie, à S0 en Portugal, à 5t) en Suisse, ii 53 en Autriche-Hongrie, à 30 en Espagne, à 2 1/3 en Prusse, à 2 en Grande-Bretagne, à 1/3 en üussie et en Belgique. (Y. M, Block )

avec ses vins d’Epire, de Crète ; le Portugal (3 millions 1/2) avec ses vins non moins alcooliques du Douro ; Y Allemagne du Sud (1 million 1/2) avec les vins du Palatinat, du Necker, du llhin ; la Russie (plus de 1 million) avec les crus peu renommés de la Bessarabie et de la Tauride. On récolte moins d’un demi-million d’hectolitres dans P Allemagne du Nord, renommée cependant pour ses crus excellents du Rheingau et pour ceux de la Moselle ; dans la Suisse, la Roumanie et la Grèce.

2° Les arbres donnant des fruits de table , pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, pêchers, abricotiers, groseillers, etc., sont cultivés, tout d’abord, comme les légumes frais, dans le rayon d' approvisionnement des grandes villes , et dans certains cantons privilégiés, comme la Limagne et la vallée de la Loire en France ; la campagne de Haarlem ; les vallées de la Saale, de l’Unstrutt et de la Moselle en Allemagne ; la vallée de la Meuse en Belgique ; la côte de Gênes en Italie ; les huertas de Valence en Espagne; la Tauride en Russie, etc. Certaines contrées donnent des fruits particuliers : les Vosges, la forêt Noire et la Suisse donnent la cerise avec laquelle on fait le kirsch ; la France méridionale, la Bavière septentrionale, la Croatie etPEsclavonie, la Russie méridionale, etc., préparent beaucoup de pruneaux; le Kent est renommé pour ses 'Cerisiers; Y Angleterre méridionale , la Normandie et la Bretagne en France, la Suisse, la Bohême, la Moravie, la Hongrie septentrionale, la Gallicie en Autriche, la Russie méridionale , etc., donnent le pommier dont les fruits servent à faire le cidre, boisson d’une partie des habitants du nord de l’Europe, et le poirier dont les fruits servent à faire le poiré.

3° L’olivier, dont le fruit donne la meilleure des huiles comestibles, ne fructifie que dans I’Europe méridionale : dans Y Espagne, qui tient le premier rang, sinon par la qualité, du moins par la quantité, et possède ses plus

nombreuses plantations sur le rivage méditerranéen ; en Italie , principalement dans les provinces méridionales ; en Turquie et en Grèce, en Portugal, en Dalmatie, en France. (Voir sur la carte la limite de cette culture.)

4° L’oranger et le citronnier sont cantonnés plus étroitement encore dans les régions chaudes de l’Europe : dans le sud de V Espagne et du Portugal (Valence, Lisbonne, etc.); de ly Italie (Naples, Sicile) ; à Malle et quelque peu dans le midi de la Provence en France. Le figuier est aussi une des productions de V Pur ope méridionale (Portugal, Espagne, Turquie, Grèce, Italie, Dalmatie), mais il n’exige pas, pour mûrir, une température aussi élevée ; le grenadier, au contraire, très-exigeant, ne vient guère que dans le sud-est de l’Espagne ; le dattier en Espagne et en Sicile. (Voir les limites sur la carte.)

5° Le murier est le seul des arbres de cette catégorie qu’on cultive pour sa feuille, nourriture du ver a soie : il exige aussi une assez grande chaleur, et sa culture est, par suite, concentrée dans la région méditerranéenne : dans Y Italie , laquelle occupe le premier rang avec ses belles plantations de la vallée du Pô ; en France où la vallée du Rhône rivalise avec celle du Pô ; dans la Péninsule Hellénique (vallée de la Maritza, Bulgarie, Valachie, et Grèce); dans la vallée du Douro, en Portugal ; dans la vallée de la Save en Autriche. Cette industrie qui représentait, en cocons, il y a quinze ans, une valeur d’environ 320 millions de francs, ne saurait être évaluée aujourd’hui, par suite des pertes que la maladie des vers à soie lui a fait subir.

6° Le noyer, qui donne des fruits, de l’huile, du bois d’ébénisterie, se plaît surtout sur les terrains légèrement élevés et sur les pentes inférieures des montagnes de Y Europe centrale et méridionale , dans la vallée du Rhin, dans l’est et le centre de la France, dans la Suisse, l’Italie méridionale, la Turquie et la Grèce, la Russie méridionale.

Dans la même catégorie, on peut classer Yamandier de

l’Europe méridionale ; le pistachier de Valence, de l’Andalousie et de la Sicile ; le noisetier des Asturies, de la Catalogne, etc.

7° Le châtaignier, qui se plaît sous les mêmes climats que le noyer, mais qui se contente de terrains sablonneux ou granitiques, réussit à une altitude plus grande, surtout dans les vallons abrités ; il donne de très-bons merrains ou bois fendus et des fruits qui, dans certains pays pauvres, remplacent en partie le pain. Il exige peu de soins : c’est pourquoi on le trouve parmi les essences de nos forets ; il pousse surtout dans le centre de la France , dans V Italie (pente des Alpes et Apennins), dans la Suisse, la Corse, les Pyrénées espagnoles. (Voir sur la cane n° 32 la limite de cette culture.)

387. Les forêts. — Les forêts sont quelquefois plantées de main d’homme ; le plus souvent elles croissent spontanément, et l’homme ne fait que les aménager, c’està-dire en régler l’exploitation et la reproduction; c’est ce qu’enseigne l’art de la « sylviculture » qui est elle-même une des branches de l’économie rurale. Les forêts, lorsque dans les temps reculés aucune culture n’en arrêtait la propagation, couvraient la plus grande partie do l’Europe; mais l’homme, il mesure qu’il s’est multiplié et fixé sur le sol, a défriché les coteaux et les vallées ; il a consommé, souvent même gaspillé le bois qui 110 se reproduit que lentement; et l’étendue des forêts s’est resserrée. On peut, à ce point de vue, diviser l’Europe, laquelle possède 283 millions d'hectares de forêts , soit les 28/100 de son territoire , en quatre grandes régions forestières :

1° La région du nord -ouest, îles Britanniques, Hollande et Belgique , sur 08 millions d’hectares de superficie, n’a que 2 millions d’hectares boisés, c’est-à-dire 1/19 de son territoire . Elle se trouve aujourd’hui tout à fait dépourvue de forêts, parce que la population, plus pressée sur ce sol que sur tout autre, l’a cultivé à peu près partout où il était

cultivable, pour en tirer des substances alimentaires, et n’a laissé le bois que sur les terrains tout à fait sablonneux et impropres au labourage. Les principaux massifs sont quelques forets conservées, moitié pour le profit, moitié pour l’agrément des grands propriétaires, en Angleterre où 1/24 du territoire seulement est boisé (1), les pins maritimes des dunes de Belgique et les hôtres de l’Ardenne.

. 2° La région de l’europe centrale : le premier rang appartient à 1’ Autriche-Hongrie (17 millions d’hectares), qui possède de magnifiques forets dans ces régions montagneuses, Alpes, Carpathes et Bohême : forêts de pins et sapins sur les hauteurs, puis, à mesure qu’on descend, forêts de hêtres , chênes, ormes et châtaigniers. Le second rang est partagé entre Y Allemagne clu Nord (9 millions 1/2 d’hectares), qui possède de très-nombreuses forêts d’essences diverses dans sa région montagneuse, et de vastes forêts de pins sylvestres dans ses plaines sablonneuses et arides, désignées sous le nom de « geest » ; et la France (9 millions d’hectares), dont les plus nombreuses et les belles forêts sont situées dans la région du nord-est. Au troisième rang sont Y Allemagne du Sud (3 millions 1/2 d’hectares) et la Suisse (700,000 hectares), qui possèdent une grande partie des forêts de la région alpestre, mélèzes, sapins, hêtres, région déjà trop dénudée et dont les bois encore debout sont d’une exploitation difficile; la Roumanie (2 millions d’hectares) qui possède les forêts du revers méridional des Carpathes, et, au nord, le Danemark qui a environ 200, 000 hectares de forêts situées dans des plaines semblables à celles de l’Allemagne du Nord. Cette région, d’une superficie totale de plus de 189 millions d’hectares,

1. Dans les temps anciens, ce même pays était tellement couvert de forêts, que Strabon et Jornandès disent que les habitants n’avaient pas d’autres villes et d’autres demeures que les bois, où ils construisaient des buttes de branchages.

possède 41 millions d’hectares boisés, soit plus du cinquième ou plus exactement les 21/100 du territoire . Avec une population d’une densité moyenne, cette proportion paraît bonne ; excepté sur les hautes montagnes, les forêts y sont en général bien aménagées. Elles donnent du bois de chauffage et du charbon partout ; du merrain , surtout en Autriche; du bois de construction et de lapotasse , surtout dans la partie orientale, la moins facilement exploitée ; de la résine, partout oti poussent les conifères. Cette région pourrait à peu près se suffire à elle-même, avec le courant d’exportation qui porte les bois de la partie orientale, moins peuplée et moins manufacturière, vers la partie occidentale.

3° La région de l’Europe méridionale, en général dévastée au centre et à l’ouest, très-mal aménagée à l’est, est pauvre en bois, non par suite de l’activité industrielle, mais par suite de l’incurie des hommes et aussi de la longue série de siècles, durant laquelle ses forêts ont été exploitées. On peut lui attribuer une étendue de 17 millions d’hectares de bois sur une superficie de 133 millions d’hectares, c’est-à-dire une étendue d’un huitième du territoire environ, sans regarder ce chiffre autrement que comme une évaluation vague et assurément exagérée. La Turquie , dont les forêts grandes et belles sont à peine exploitées et même à peine connues, n’a à cet égard aucune statistique, et l’Espagne compte dans les 8 millions d’hectares qu’elle s’attribue, ses « parameras », vastes steppes qui occupent une grande partie du plateau castillan (1). L’Italie seule, qui accuse 4 millions d’hectares, est digne de quelque confiance, quoique les forêts de l’Apennin qu’elle enregistre soient aussi semées de nom-

(l) Si l’on prend pour moyenne du rendement 10 fr. par hectare, chiffre qui est à peu près celui de l’Autriche (et de la France), L'Espagne n aurait guère, d’après le revenu qu’elle accuse, que I million d’hectares de forêts.

breuses clairières arides. Outre les essences de la région centrale qui habitent les hauteurs, la région méridionale peut citer le buis , le frêne qui donne la manne , le chêneliège , le chêne ægilops qui donne la vallonnée et qui est une des richesses agricoles de la péninsule hellénique.

4° La région du nord et de l’est de l'europe comprend la presqu'île Scandinave (20 millions d’hectares de forêts) et la Russie (200 millions d’hectares) et est la région forestière par excellence. Sur une superficie de 623 millions d’hectares, elle possède 220 millions d’hectares boisés, c’est-à-dire plus clu tiers ou plus exactement les 35/100 du territoire; et, comme ces forêts sont pour la plupart groupées dans la Scandinavie centrale et méridionale et dans la Russie septentrionale, on peut dire que la partie de l’Europe située entre le 55e et le 65e (l’Écosse et le Jutland exceptés) est une immense forêt presque continue de sapins , de pins et de bouleaux , qui fournit en abondance le bois de construction , le goudron, la poix ^ la potasse , et qui, bien qu’épuisée sur quelques points, pourrait donner beaucoup plus encore, si l’exploitation était plus savante et les moyens de communication plus faciles.

(Voir sur la carte no 32 les limites septentrionales des cultures

forestières.)

388. Les animaux. — L’homme ne vit pas seulement des végétaux. Il se nourrit aussi de viande, et, dans tous les pays, il élève des animaux domestiques qui composent son bétail et qui lui donnent non-seulement la viande, mais le lait, le beurre, le fromage, les œufs et diverses matières premières essentielles à son industrie, telle que la laine, le cuir, la corne. Ce sont des animaux herbivores pour la plupart, et l’homme les nourrit soit dans les pâtis et pâturages , dont la nature fait tous les frais ; soit dans les prairies qu’il aménage ou qu’il crée ; soit

avec le foin des 'prairies artificielles , qu’il cultive et les grains qu’il récolte. En règle générale, plus l’homme fait rendre à la terre, plus la terre peut nourrir de bétail, et plus, par compensation, elle s’engraisse avec le fumier de ce même bétail.

Pour les animaux, comme pour la production des végétaux, on ne peut donner, dans l’état actuel de la statistique, que des nombres approximatifs qui sont loin de serrer de près la vérité pour tous les pays. Cette réserve faite pour tous les recensements, on peut estimer:

1° Le nombre des chevaux à 32 millions , c’est-à-dire à 3 unités 3/10 par kilomètre carré. Le premier rang est à la Russie (46 millions de chevaux), qui possède à elle seule la moitié des chevaux existant en Europe ; mais qui, ayant une superficie supérieure à la moitié de l’Europe, reste quelque peu au dessous de la moyenne, dans le rapport du nombre des chevaux à l’étendue du territoire (environ 3 au kil. carré). 11 faudrait encore ajouter au total les rennes (700,000) du nord et les chameaux (30,000) du sud-est.

Le second rang est partagé entre Y Autriche- Hong rie (.j millions 1/2) qui nourrit beaucoup de chevaux, surtout dans les plaines de la Hongrie; la France (1,313,000), qui en élève beaucoup dans ses fermes du nord et dans ses prairies du nord-ouest; et l’ Allemagne (plus de 3 millions, dont 2 millions 1/2 pour l’Allemagne du Nord et 645,000 pour l’Allemagne du Sud), qui en élève beaucoup dans sa grande plaine du nord (Prusse, vallée de l’Elbe, Poméi anie, Mecklembourg). Ces trois pays sont beaucoup audessus de la moyenne, possédant environ 6 chevaux par kilomètre carré. Les Iles Britanniques (1,700,000) sont un peu au dessous de ces trois pays (environ 5,3 par kil. carré) ; le Danemark (350,000), la Belgique (300,000), et

la Hollande (255,000), notablement au dessus (environ 8 par kil. carré).

Les presqu’îles de l’Europe (moins le Jutland) sont les parties les moins bien partagées ; la presqu’île Scandinave (500,000 chevaux et 150,000 rennes) est loin d’avoir un cheval au kilomètre carré, et les presqu’îles de la Méditerranée (presqu’île ibérique 475,000, Italie 1 million d/2, Turquie 1/2 million peut-être, Grèce 70,000, Roumanie d/2 million) , auxquelles on peut joindre la Suisse (100,000), n’en ont guère que 2 au kilomètre carré. Les chevaux sont rares surtout en Turquie et en Espagne ; mais les ânes et les mulets, qu’on ne trouve presque pas dans l’Europe septentrionale, y sont nombreux, parce que l’âne, originaire des contrées du Midi, se contente plus facilement de pâturages maigres et secs.

Si, au lieu de comparer le nombre des chevaux à l’étendue du territoire, on le comparait au nombre des habitants, on arriverait à des résultats quelque peu différents : les péninsules (moins le Portugal) apparaîtraient toujours comme mal partagées et fort au dessous de la moyenne ; il en serait de même de V Angleterre ; la Russie et le Danemark se trouveraient notablement au dessus, et on verrait que la Belgique et la Hollande sont les pays qui, proportionnellement â leur population, élèvent le plus de chevaux. C'est d’ailleurs le nord-ouest de l’Europe qui paraît avoir donné naissance au plus grand nombre d’espèces distinctes de chevaux (cheval breton, cheval boulonnais, cheval frison, cheval allemand, cheval percheron, etc. (1).

2° Le nombre des bêtes a cornes, taureaux, vaches, bœufs, veaux, à 90 millions , soit un peu moins de 10 têtes au kilomètre carré. La Russie (22 millions), à cause de sa vaste étendue, est toujours au premier rang ; mais le nombre de scs animaux de race bovine n’est ici que le

I. Le cheval parait originaire de ces contrées; car on retrouve des ossements de chevaux fossiles dans les terrains qua ternaires du nordouest de la France.

quart de la totalité, et ne donne guère que 4 têtes de bétail au kilomètre carré.

Le second rang, relativement à la quantité, est partagé entre I’Allemagne (15 millions 1/2, dont 11 pour le nord et 4 1/2 environ pour le sud) qui élève beaucoup de gros bétail dans les provinces rhénanes, la Saxe et la Bavière ; I’Autriciie-Hongrie (13 millions 1/2), qui doit ce rang à la Hongrie et à la Galicie ; la France (12,733,000), dont les principales richesses sont dans les régions du nord et du nord-ouest ; et les îles Britanniques (9 millions); ces pays possèdent de 26 à 30 têtes par kilomètre carré.

Une place tout exceptionnelle doit être faite à. trois petits pays: le Danemark , la Hollande , la Belgique , qui, à cause de leur peu d’étendue, ne possèdent qu’un nombre médiocre de têtes de gros bétail (1,200,000 à 1,300,000), mais qui, dans leurs gras pâturages toujours entretenus par les brouillards de l’Océan, en nourrissent jusqu’à 40 au kilomètre carré. La Suisse, malgré sa renommée et ses pâturages de montagne, n’en nourrit guère que la moitié.

Les trois péninsules du Midi (Espagne 2 millions, Portugal 1/2 million, Italie 3 millions 1/2, Roumanie plus de 2 millions 1/2, Grèce 70,000, Turquie très-peu) ayant un climat très-sec , peu de prairies naturelles et encore moins de prairies artificielles, ne sont pas mieux partagées que pour les chevaux. Elles ne nourrissent assurément pas, au kilomètre carré, plus de 7 têtes de gros bétail, parmi lesquelles il faut compter un certain nombre de buffles; la presqu’île Scandinave (3 millions) n’en nourrit guère que 4. Mieux que tout autre bétail, les bêtes à cornes marquent l’état de l’agriculture : là où elles sont nombreuses, on peut affirmer que la culture est avancée.

3° Le nombre des moutons à 220 millions, soit environ 23 au kilomètre carré. La Russie (50 millions) occupe toujours le premier rang, mais n’atteint pas même le quart

-de la totalité des moutons de l’Europe et la proportion de 9 au kilomètre carré.

Au second rang sont encore les îles Britanniques (35 millions), qui élèvent un très- grand nombre de moutons en Écosse, dans les pâturages de l’ouest et dans les fermes du sud-est, plus pour la viande que pour la laine ; la France (30 millions), qui élève surtout dans le nord et le centre, pour la viande et pour la laine et qui tire aujourd’hui peu de profits de cette dernière industrie; I’Autriche- Hongrie (30 millions), qui élève plus pour la laine que pour la viande, surtout en Hongrie ; F Allemagne (29 millions 1/2, dont 27 au nord et plus de 2 1/2 au sud), qui élève surtout en vue de la viande dans le sud, et surtout en vue de la laine dans le nord-est. Ces pays entretiennent de 60 (Allemagne) il 110 (Grande-Bretagne) moutons par kilomètres carré.

Au troisième rang sont les 'péninsules du Midi , V Espagne (17 millions 1/2), qui élève surtout des mérinos pour leur laine fine; les autres États (Portugal 2 millions 1/2, Italie 9 millions, Roumanie 5 millions, Grèce près de 2 millions, Turquie beaucoup), qui élèvent surtout des moutons â laine commune et en entretiennent de 30 à 35 au kilomètre carré. Le Danemark (près de 2 millions) a peu de moutons ; la presqu’île Scandinave (3 millions), la Suisse (300,000), la Belgique ( 600,000 ), la Hollande (900,000) en ont très-peu, élevant à peine 20 moutons au kilomètre carré.

Si le bœuf est le signe d’une culture avancée, le mouton, qui trouve à brouter sur les pâturages maigres, dans les landes et les montagnes, es t souvent le signe du contraire, surtout le mouton qu’on élève pour sa laine. Il ne faut pourtant pas faire de cette remarque une règle absolue ; car, si les contrées pauvres élèvent le plus de moutons, ces animaux vont souvent fumer les terres riches et s’y engraisser pour la boucherie.

i/EUROrE.

4° Le nombre des porcs à 45 millions, soit 4 1/2 environ au kilomètre carre ; 9 millions en Russie ; 8 millions en Autriche- Hongrie y surtout en Hongrie : 7 millions 1/2 en Allemagne y surtout en Saxe et en Thuringe ; près de 6 millions en France ; 4 millions en Italie ; 3 millions dans les îles Britanniques. Le porc se trouve partout ; mais là où il est en très-grand nombre, il indique souvent l’existence de vastes forets qui lui fournissent aisément une n o u r ri t ure abon dan te .

ô" Le nombre des chèvres , plus douteux encore que tous les autres, à 15 millions. C’est un animal qui craint le iroid et qui aime les régions montagneuses ; aussi le trouve-t-on dans les 'péninsules méditerranéennes (Espagne 3 millions, Portugal 1 million, Italie et Turquie beaucoup, Roumanie 1/2 million, Grèce 2 millons 1/3, Dalmatie 1 million 1/2), et dans la Russie méridionale (1 million 1/2).

A ces cinq grandes espèces, il faut ajouter la volaille qu’on élève partout, mais nulle part autant qu’en France ; les abeilles qui, recherchant surtout le thym et le romarin, ne sont nulle part aussi nombreuses que dans les pays de montagnes (Suisse, Piémont, Thuringe, Grèce, etc.), et dans les landes et bruyères (Bretagne, Gàtinais, Écosse^ Lunebourg, Russie méridionale, etc.).

Si, par un procédé, usité en statistique, on ramène les diverses espèces de bétail à une même unité (la tête de gros bétail) (1), on arrive aux résultats suivants qui aident à juger de l’économie rurale en Europe :

En premier lieu, l’Europe possède, en moyenne, 1(5 unités de bétail au kilomètre carré , c’est-à-dire par 100 hectares, ou, sous un autre point de vue, 55 imités par 100 habitants .

l. En comptant 10 moutons, 10 chèvres, 0 porcs, 2 ânes ou mulets, 1 bête à cornes, 1 cheval pour une unité.

En second lieu, on peut partager l’Europe en quatre

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