PRÉFACE XXXIX
de ceux qui reprochaient au général Boulanger de vouloir détruire la République.
La faiblesse de M. Grévy, faiblesse dont il devait être la première victime, consacra les résultats de la coalition hybride qui s'était mise audacieusement en travers du courant national.
Le cabinet Rouvier naquit de cette crise humiliante pour la Patrie.
Quelques manifestations intempestives lui permirent de se poser comme le sauveur de rOrdre et de la République.
Rendons-lui cette justice, il s'empressa d'offrir à l'Allemagne ses dons de joyeux avancement.
La fabrication du fusil Lebelfut aussitôt modérée et 150 bataillons d'infanterie furent supprimés.
L'organisation générale des cadres fut renvoyée aux calendes grecques.
Le projet d'essai de mobilisation réduit à une ridicule comédie.
M. de Bismark se reprit à sourire. Le spectre de la guerre avait produit tout son effet. On le remisa pour promener dans le pays son jumeau, le spectre de la dictature.
Qui né se rappelle l'apostolat des SpuUer, des Barbey, des Dautresme, leurs voyages au milieu des sifflets, leurs harangues contre un commandant de corps d'armée , leurs persécutions odieuses, leur ridicule posture de défenseurs de la liberté ?
XL PRÉFACE
Mais dans ce cabinet de sinistre mémoire, c'est à M. Ferron qu'allait être dévolue la tâche la plus ingrate et la plus criminelle.
Aux haines accumulées il ne suffisait déjà plus d'avoir renversé le ministre, il lui fallait encore briser Tépée du soldat.
Jamais, dans aucun temps, sous aucun régime, l'armée ne subit de plus mortelle injure que ce sceptacle d'un de ses chefs les plus glorieux et les plus aimés, entouré dans son quartier général de Clermont d'une nuée de mouchards, commandés par le préfet et dévisageant les visiteurs, confisquant les correspondances, en ayant soin d'intimider les doniestiques, de voler des papiers, traitant un général à plumes blanches, grand officier de la Légion d'honneur, quatre fois blessé à l'ennemi, comme jamais n'ont été traités ni AUmayer, ni Jacques Meyer, ni Pranzini. Encore n'était-ce là qu'une préface! Ce que M. Ferry tramait dans l'ombre était autrement audacieux.
Il n'y a pas lieu de revenir sur les détails de cette déplorable affaire Gafiarel, où le chef de l'armée, gardien naturel de la dignité du corps d'officiers, a fait arrêter un général par des argousins, a semé dans la presse contre un commandant de corps d'armée des insinuations outrageantes, et quand ce dernier a repoussé dans un interview ces atteintes à son honneur.