PREFACE XLVII
aspirations françaises et les aspirations russes ne se sont plus étroitement confondues.
Les deux peuples ont été également trompés, et sont également menacés par la politique germanique.
Enserrant l'Allemagne dans un formidable étau, ils la maintiennent s'ils restent unis. S'ils restent divisés, ou s'ils ne sont pas susceptibles d'une action commune, ils sont exposés à être isolément victimes de cet esprit de conquête que les Hohenzollern considèrent comme une tradition de famille.
A une alliance intime sont intéressés également, et le succès de cette expansion panslaviste qui dominera tôt ou lard la politique russe, et l'avenir de ces revendications qui sont en France les principaux articles du code patriotique.
Joignez à cela une affinité de tempérament, d'humeur, d'esprit chevaleresque qui a survécu à de longues inimitiés.
Considérez encore ces flots d'émigration allemande qui menacent la France et qui constituent en Russie un parti assez fort pour avoir autorité dans les conseils du gouvernement, et vous comprendrez l'entente instinctive qui s'est faite entre les deux partis nationaux, entre les hommes qui veulent la puissance et l'indépendance absolue de leur patrie.
On ne peut le nier, pendant son ministère, le
XLVni PRÉFACE
général Boulanger a donné une nouvelle impulsion aux idées de solidarité franco-russe. Dès que sa popularité a été assise et que ce qui semblait d'abord une aventure politique est devenu une véritable manifestation nationale, un courant impossible à endiguer, on a compris à Textrémité de l'Europe le cas qu'on devait faire de ce réveil succédant à des heures si longues d'inertie.
Plus les persécutions se sont multipliées contre le général Boulanger, plus vives se sont manifestées les sympathies russes,
A cette heure les deux nations ont les yeux dans les yeux, les mains dans les mains.
Le gouvernement du czar se tait, dites-vous; peut-il faire autrement ?
Ce gouvernement est autocratique, anti-libéral, contraire à nos tendances. Qu'importe? Il ne s'agit pas d'aller vivre avec les Russes, mais de combattre et de mourir avec eux.
Défiez-vous des sophistes qui prétendent qu'une nation libre ne peut pas s'allier avec une nation encore asservie.
Sous le drapeau, on obéit aux lois militaires, les mêmes dans tous les pays. On n'a que faire de disserter sur les constitutions ou de comparer son état politique et social.
Vous n'avez pas peur, n'est-ce pas, de devenir Cosaque.