PRÉFACE XLIX
Ce qu'il faut considérer, c'est ce qui doit nous unir aux Russes le jour de la bataille, et non ce qui nous en sépare pendant la paix.
Après tout, au point de vue de la politique extérieure, ces czars, ces autocrates comme vous les appelez, valent bien mieux que des parlementaires à la tête d'un pays, car ils écoutent la voix du peuple, ils secondent les aspirations nationales. Députés et sénateurs de la troisième République, êtes-vous capables de vous battre aussi bravement qu'eux ?
Ils quittent leur palais, leur pourpre, leur majesté pour aller au feu. Combien d'entre vous quitteraient leurs sièges pour marcher à l'ennemi.
Cette sympathie entre les deux peuples, prélude d'une alliance durable qui nous a déjà sauvés en 187S, devait, à la moindre manifestation, attirer les foudres de M. de Bismark et précipiter la marche des persécutions depuis longtemps méditées contre les chefs et les membres du parti national, contre la Ligue des patriotes, son moyen d'action.
L'affaire Atchinoff a été le prétexte des rigueurs que M. Jules Ferry avait, depuis plus d'un an, mis dans son programme, sans pouvoir trouver même parmi ces parlementaires peu scrupuleux des bras pour les exécuter.
Mais M. Constans est revenu, M. Thévenet
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s'est affirmé, M. Rouvier n'avait que 8,000 francs de rente !
Cette fois, ce devait être le coup final, le meurtre, à la provocation duquel poussent depuis * si longtemps MM. Sigismond-Lacroix, Reinacli, i Tony-Révillon et autres plagiaires des Conventionnels.
D'abord, il fallait s'attaquer aux gardes du ) corps, d'où l'affaire des patriotes, misérablement ; avortée grâce à des magistrats indépendants et courageux. Ensuite, c'était le général arrêté \ malgré son inviolabilité parlementaire, ce qui provoquait une émeute et permettait de lui donner un tout petit coup dans l'oreille.
Mais le procureur général Bouchez était là.
Nouvelle déception.
M. Ferry ne s'est pas découragé. Le général Boulanger n'était plus dans ses griffes. Mais ses droits civiques, son éligibilité, sa croix de grand officier, ses biens, tout cela était encore d'une proie facile, si l'on po.uvait trouver un tribunal condamnant quand même.
Ce tribunal, M. Ferry croit l'avoir trouvé dans le Sénat, dans la haute cour de justice, et à défaut dans un Conseil de guerre trié sur le volet.
Dans ce but, on a porté au Luxembourg huit cartons remplis de rapports d'argousins et d'articles opportunistes, de lettres volées et peut-être fabriquées pour les besoins de la cause. On
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crocheté des serrures, on met des maisons à sac, on menace des officiers, on entasse bêtises sur gredineries. C'est le dernier épisode qui commence. Et comme toujours le mineur se cache. M. Jules Ferry reste dans la coulisse.
Que la haute cour de justice condamne, que le Conseil de guerre condamne, qu'importe puisque l'opinion a déjà prononcé et que le sufrage universel dira bientôt son verdict souverain !
Mais à qui fera-t-on croire que ces deux années de violence, ces deux années de persécutions ne visent que l'homme politique, le prétendu dictateur? Non, non, MM. Ferry et consorts connaissent trop bien le peuple pour le soupçonner de vouloir se forger des chaînes. Cet argument est pour les badauds, pour les naïfs, pour les illuminés. Non, ce qui est réellement engagé devant la haute cour de justice, c'est le procès du réveil national, c'est le procès de la politique de revendication, c'est le procès de celui qui personnifie la Justice immanente, c'est le choix entre l'alliance allemande et l'alliance russe. C'est plus que le suffrage restreint s'apprêtant à juger le suffrage universel, c'est la peur devenue justicière du patriotisme.
Il faut empêcher à tout prix, par tous les moyens, notre politique extérieure de s'orienter vers le relèvement, de tendre la main à des
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alliés. Il faut subir Tinvasion allemande, se courber devant cette hégémonie qui menace l'Europe. Il faut dire adieu à T Alsace-Lorraine.
Sinon, c'est le crime, c'est le complot, c'est l'attentat et par suite l'exil et la dégradation.
Combattants de 1870, verrez-vous cette nouvelle humiliation ?
Verrons-nous le Sénat de la République se faire la succursale de la cour de Leipsick?
Repoussera-t-il, au contraire, ce rôle dégradant qui lui portera le dernier coup ?
Verrons-nous un jour une haute Cour de justice jugeant le crime de haute trahison, qui s'appelle le Tonkin, et châtier justement les odieuses intrigues de M. Ferry, persona grata à Berlin.
Qui pourrait à cette heure rien présager ?
Mais ce que chacun peut et doit, c'est faire la lumière devant le suffrage universel, c'est de bien lui dire que, cent ans après la Révolution française, notre pays compte encore des émigrés de l'intérieur, sur lesquels une main vengeresse ne devra pas tarder à s'étendre.
Ce qu'il faut dire au pays, c'est qu'en réveillant la nation, en préparant activement la défense, en nous rappelant les chemins glorieux conquis par nos pères, en poursuivant une République de concorde et d'union, le général Boulanger a prévu les orages qui vont gronder, les luttes de
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