‹ L'Europe en Armes en 1889Chapitre 4 sur 62 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

l'inquiétude qu'ils avaient ressentie quelques années auparavant devant le vote de la loi des cadres.

On en ajourne la discussion, puis devant les exigences de Topinion et dans un but électoral, on la fait accepter par la Chambre, sous une forme tellement absurde, qu elle est d'avance vouée à un échec devant le Sénat.

Le plan Freycin^, téméraire au point de vue financier, mais capable d'augmenter de moitié notre vitesse de concentration, est en cours d'exécution. On l'anéantit par le vote des conventions passées à l'insu du département de la guerre.

Enfin, le roi Alphonse demande à traverser la France dans son costume de colonel de uhlans. On lui rend à la gare du Nord les honneurs souverains.

D'ailleurs, ni la question du fusil à petit calibre, ni celle des nouveaux explosifs ne peut voir le jour. Ce serait provoquer la colère du dogue germanique.

Voilà déjà, bien caractérisée, la politique de diversion qui va s'affirmer encore davantage par l'expédition du Tonkin.

On n'ose violenter ouvertement le sentiment public. On va le tromper. Dans ce but, on se prépare à commettre une violation flagrante de la constitution.

PRÉFACE XV

. Un jour le Conseil des ministres s'assemble sous la présidence de M. Grévy. Il faut venger l'héroïsme, d'autresauraient dit lafoliede Rivière. Le professeur Challemel-Lacour monte sur ses grands chevaux, et de cet air crâne des gens dont les pieds doivent rester sur les chenets, il s'écrie : Bombardons Hué !

— Mais, dit le président Grévy, c'est la guerre !

— Oui, répond l'ancien préfet de Lyon, c'est la guerre !

— Et la guerre sans la déclarer !

— La guerre sans la déclarer.

Le président résiste. On ne bombarde pas Hué, mais on organise ime expédition de toutes pièces.

La Chine est une quantité négligeable.

D'ailleurs M. Jules Ferry vient d'implorer, par une dépêche désormais célèbre, la bienveillance du chancelier d'Allemagne. Pour se justifier devant le pays, M. Jules Ferry qui vient de prendre les affaires étrangères, invente l'état de représailles, inconnu jusque-là dans le code international. Il y a, disait-il, en Extrême Orient, un placement de bon père de famille à faire.

Ce placement, nous allons le juger.

Un premier bataillon s'embarque, puis un second.

Au troisième, le ministre de la guerre résiste. Il veut connaître l'objectif final de celte entreprise.

Page 1