QUESTION DES LANGUES
LE FRANÇAIS, LE FLAMAND, L'aLLEMAND
La tentative des puissances de former en exécution de l'article secret du traité deChamont (l^"" mars 1814) du traité de Paris, 30 mai 1814, et du congrès de Vienne (9 juin 181S) un royaume hollandais, comprenant les anciens Pays-Bas autrichiens et espagnols, avec le Luxembourg et le comté de Ghiny, cette tentative, disons-nous, ne fut pas heureuse.
Le souverain du nouveau royaume, par ses ordonnances du 13 septembre 1819 et 26 octobre 1822, voulut faire du flamand la langue officielle à l'exclusion complète du français.
Cette violence, cette outrageuse méconnaissance du principe des nationalités ne contribuèrent pas peu à l'explosion de la révolution de 1830.
Le gouvernement provisoire s*empressa par décret du 30 octobre 1830 de faire du français la langue ofûcielle du nouvel Etat.
La lutte contre la prédominance, trop longtemps abusive, du régime flamand se pours^iivit quelque temps encore avec un certain excès que justifiait la nécessité d'une crise immédiate; c'est vers cette époque que Charles Rogier poursuivait avec achafçie-
ment Textirpalion de Tidiome flamand, rêvant pour Tavenir une union plus intime entre la Belgique et la France.
Dans cette lutte d'influences nationalistes, Télément flamand a longtemps eu le dessous. Le gouvernement, Adèle aux principes de 1830, ne secondait que médiocrement rinstruction primaire en langue flamande, malgré les protestations incessantes et souvent énergiques de quelques séparatistes, à la tête desquels se signalent Jan, Franz, Willems. Ceux-ci ne désespèrent jamais, et c'est d'eux que procèdent les hommes qui, comme Pol de Mont, Julius Sabbe, Paul Frederico, Hippolyte Harinck, ont su profiter des événements de 1870-71 pour se faire les champions du pangermanisme.
Car, il ne faudrait pas s'y tromper, conscientes ou non, mais probablement très conscientes, ces revendications flamandes ne cachent — et ne cachent que mal — les aspirations pangermanistes.
Les preuves de ces tendances insinueuses abondent. Nous n'en voulons pour témoignages que l'appui aussi chaleureux qu'intéressé de la pédagogie et du journalisme allemand, les articles de M. Julius Sabbe dans le Beiaard de Bruges (le Carillon), l'allure du Zweeps (le Fouet), etc., enfin, et surtout, l'extension de plus en plus grande de l'enseignement de la langue allemande dans les écoles normales : Àrlon, Yirlon, Saint-Roche, Liège, Bastogne, Gosselies, Mons, Champion, etc.
En même temps, les véritables colonies allemandes, toujours plus grouillantes, créent, comme à Anvers, des établissements d'instruction, auxquels le gou-
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vernemenl sait par bien des moyens témoigner sa vive sollicitude.
Les temps sont bien changés depuis le premier triomphe obtenu par la loi du 17 août 1873, complétée en 1888, admettant remploi de la langue flamande en justice K De concession en concessioii le gouvernement se trouve forcé d'admettre le dualisme de langue et dans le parlement ' et dans Tarmée. Une loi nouvelle (loi Visart-Hanssensj réorganisant Técole militaire, impose déjà à tous les officiers la connaissance élémentaire obligatoire de la langue flamande.
L'exemple de difficultés considérables faites à Tarmée austro-hongroise, précisément sur cette question de langue officielle^ aurait dû être pour le gouvernement du roi Léopold, un exemple le dissuad«int de s'exposer aux mêmes périls.
Reste à savoir, en dernier lieu, si cette intrusion du pangermanisme est justifiée?
Il suffit de consulter les recensements généraux de la population et les Anniuzires statistiques de la Belgique pour répondre négativement. Les chiffres des populations française et flamande sont à peu de chose près équivalents (2.361.000 et 2.454.000); mais
« Discours de M. Corcmàns, député d'Anvers, en langue flamande.
* En janvier 1888, la Belgique militaire se prononça très catégoriquement contre cette loi.
La Défense nationale^ moins nette, regrette simplement que Ton ait cru nécessaire de faire une loi. « Trop de précision nuit Souvent en matière d'administration. » Elle ajoute encore que dans la discussion de cette loi au parlement, le jeu dans les coulisses a eu plus d'importance que celui sur la scène.
BELGIQUE iS'
la proportion se déséquilibre quand on lient complet comme il convient, des populations bilingues.
Ainsi le français et le flamand sont parlés par 578.000 habitants, Tallemand avec idromes hollandais et patois du Luxembourg et le flamand par 14.000 habitants.
Quant à l'allemand seul (hollandais et patois luxembourgeois), les statistiques allemandes accusent 39.550 personnes, soit principalement 17.698 pour le Luxembourg (province), (168.128 parlent français) et 14.068 pour la province de Liège (536.397 parlent français).
Très typiques d'ailleurs, les protestations que cer« tains savants allemands font valoir aujourd'hui contre les erreurs commises par la commission de délimitation entre la Belgique et Hollande! Gomme les délégués faisaient usage de la vieille carte de Ferraris, ilsfurent trompés par les noms français donnés sous la République à 23 communes allemandes, qui, prises pour wallones, furent cédées à la Belgique au lieu de demeurer à la Hollande.