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LA QUESTION DES CANONS

Le pangermanisme est trop pratique pour circonscrire sa lutte au seul terrain linguistique, ethnique ou littéraire. Il recherche avant tout le triomphe sur le terrain économique.

Une réclame très bien menée, très intelligemment soutenue par le gouvernement, pratiquement facilitée par des c arrosages » a fait admettre jusqu'à ce jour, et accrédite encore la supériorité de l'industrie allemande, notamment en ce qui concerne le matériel militaire.

Krupp à Essen, Gruson à Buckau-Magdebourg sont, suivant les prétentions allemandes, les seuls fournisseurs permis « tout gouvernement qui se respecte.

Nous savons déjà ce qui s'est passé pour la Serbie, la Roumanie et la Turquie. La Belgique esta son tour exploitée.

Le matériel de Tarlillerie de campagne est demandé à Krupp. 30 canons de lo centimètres ont été commandés pour Anvers, et c'est pour une partie de ces pièces, que la commission de réception n'a pu faire autrement que de constater c Técartement entre les frettes ».

La poudre prismatique vient également d'Allemagne, ainsi que les projectiles, dont Tinsuccès au polygone de Braschaet n*a même pas pu être caché.

L'industrie belge, lorsque la construction des forts sur la Meuse a été décidée, caressait Tespoir d'une revanche sous forme de commande des coupoles cuirassées et des grosses pièces nécessaires à l'armement de ces ouvrages.

Grâce à de laborieuses négociations, la commande de coupoles n'a pas été faite exclusivement au profit de l'industrie allemande. Deux syndicats franco- , belges ont été admis à y participer, mais il n'en a pas été de même pour le matériel belge, et l'Europe — nous ne pouvons pas dire seulement la Belgique — est demeurée stupéfaite de l'attitude prise, et par le ministre de la guerre patronnant l'industrie étrangère au préjudice de la production nationale, et par l'inspecteur général de l'artillerie, le général Nicaise, dont les sympathies allemandes sont si peu cachées qu'il s'en ouvre librement aux reporters qui viennent l'interviewer. {Le Rapide.)

Malgré un mouvement très énergique qui s'est manifesté sous forme de meetings (nov. et déc. 1888), par des articles de la presse, par l'éloquente et patriotique intervention de M. Emile de Laveleye, par des interpellations, le gouvernement s'est refusé de s'adresser, tant à la fonderie royale qu'à l'industrie

privée représentée par d'importants établissements universellement appréciés, comme Gockerill de Seraing.

Le Ministre de la guerre, à plusieurs reprises, pris à parti, sW contenté de nier les imperfeelions que l'on

reproche au matériel Krupp. Il a refusé toute explication catégorique, se bornant à des généralités, affirmant son grand désir, chaque fois que la chose serait possible, de donner la préférence aux usines du pays.

On conviendra que la manière d'agir des généraux Pontus et Nicaise prête à de bien sévères critiques.

Les Allemands, grâce à ces faveurs, sont devenus tellement gourmands, qu'ils ont été fort déçus du succès remporté par le syndicat franco-beige dans Tadjudication pour les travaux des forts de la Meuse. Us ont eu Timpudence à ce moment de crier à la trahison!

La Gazette de la Croix écrivait en mai : « Le seul fait de confier les travaux de forts aux citoyens de l'état contre lequel ces fortifications doivent servir, est un procédé inexplicable et étrange. Il est inadmissible qu'un gouvernement dans une question aussi importante se laisse guider par des considérations économiques ^ »

A vrai dire, les offres des soumissionnaires soutenus par les capitaux allemands n'avaient pas été agréés.

Après la campagne menée par toute la presse allemande en faveur de l'usine Krupp, cette feinte indignation est simplement caractéristique.

C'est une étiquette.

L'Indépendance belge estime avec raison que ces

' Une haute personnalité parlant de ces forts a pu dire : «: Payés par les Belges, construits par les Français, destinés aux Allemands.^

BiaGIQUE 291

articles sont officieux, et la Nation (Belge) du 2 juin apprécie comme il convient cette honteuse polémique, dans un bel article « Belgique et Allemagne » signé Victor Arnould.

Pour se venger de cet échec^ TAUemagne a suscité au gouvernement belge de procéder au rachat des quelques lignes ferrées, exploitées par des compagnies française?, Givet, Namur, Liège, Maestrich.

Vallée de la Sambre ;

Entre Sambre et Meuse.

Le comte de Alvensleben, à peine transféré de Washington à Bruxelles en a été pour son premier échec.

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