A L'EUROPE ET LA QUESTION D'AUTRICHE
triomphes de l'expansion économique et coloniale, succédant à ceux des champs de bataille, les Allemands ont perdu leur modération de jadis, et l'exaltation de leur suprématie sous toutes les formes est devenue le thème courant de leurs écrivains. « Nous sommes, dit l'un d'eux, les meilleurs colons, les meilleurs matelots et même les meilleurs marchands... Nous sommes le peuple le plus intelligent, le plus élevé dans les sciences et dans les arts... Nous sommes, sans aucun doute, le peuple le plus guerrier de la terre (1). »
Bientôt, la fondation de l'empire allemand apparut comme le commencement et non comme la fin du développement national (2). On admit avec Paul de Lagarde que 1871 de même que Sadowa étaient de simples épisodes historiques (3). Sans doute, jusqu'à présent, les Hohenzollern ont accompli une tâche immense, mais il leur reste encore beaucoup plus à faire (4). On conclut : Il faut maintenant continuer l'œuvre de Guillaume Ier (5). Des ambitions nouvelles, vagues mais impérieuses, s'emparèrent donc des Allemands.
En 1892, une curieuse brochure, intitulée : Un Empire allemand universel (6), commença à les préciser. Trois mystérieuses étoiles tiennent lieu de signature à ces pages qui, relues aujourd'hui, semblent avoir été prophétiques. Elles établissent combien les idées pangermanistes étaient encore indécises dans le public allemand il y a seulement neuf années ; elles permettent de mieux apprécier l'étonnante ra-
(1) F. Bley, Die Weltslellung des Deutschtums, p. 21. Lehmann, Munich, 1897.
(2) Idem.
(3) Paul de Lagarde, Deutsche Schriften, p. 113. Dieterich, Gottingen,
(4) Deutschland bei Beginn des 20. Jahrhunderts, p. VII. Militar-Verlag R. Félix, Berlin, 1900.
(5) G. Waldersee, Was Deutschland braucht, p. 15. Thorinann, Berlin,
(6) Ein Deutsches Weltreich. Lustenoder, Berlin, 1892.
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pidité de leur développement. « Avant 1870 (7), dit l'auteur anonyme, un but sublime s'offrait à nous : refaire l'empire allemand. Aujourd'hui, nous sommes divisés sur l'orientation à prendre. Les uns se contentent de conserver honorablement les biens acquis, les autres veulent le développement, avec toutes ses conséquences, de la puissance allemande. C'est ce but qu'il faut atteindre. Le groupement en un même faisceau politique de tous les membres d'un peuple a toujours constitué l'objet des efforts d'une nation vivace. Inspirons-nous donc des paroles du poète Arndt : « Toute terre où résonne la langue allemande est alle- « mande, » et travaillons à l'union de toutes les tribus germaniques. Elle nous procurera l'accroissement de puissance rêvé (1). Tant que nos efforts pour l'obtenir seront exercés dans de justes limites, le gouvernement ne doit pas les combattre (2). Mettons -nous à t œuvre dès maintenant ; éveillons dans tous les pays germains du continent le sentiment de la communauté d'origine et le désir d'unité. Sans doute, cette politique peut soulever plus tard de violentes oppositions, même un conflit général ; mais puisse cette lutte ne pas se produire avant que nous ayons préparé les esprits à la réalisation du Pangermanisme (3)! Peut-être, d'ailleurs, sera-t-il possible d'éviter les solutions violentes : le type fédéral de l'empire allemand se prête facilement à l'incorporation d'États soucieux de conserver leur liberté intérieure, et le Pangermanisme sera déjà une réalité si l'union existe dans les relations extérieures des Etats confé-
(1) Passim.
(2) « Die Machtvermehrung, die nun in erster Linie geboten ist, i»t mit dem Gebiete einer Einigung aller deutscher Stammesgenossen zu suchen. » Op. cit., p. 7.
(3) « Ein solches Bestreben soll auch Regierungsseits nïcht bckampft weiden, so lange es sich in den riclitigen Grenzen hait. » Op. cit., p. S.
(4) « Mdge dieser Weltenkampf nicht zu fiiihe kommen, datait wir
unsere Vorarbeit alldeutscher Einigkeit venichtet haben Op. cit.,
dérés. Soyons donc prévoyants. La diplomatie nous aidera en disposant favorablement l'échiquier européen. La réussite de nos projets exige l'affaiblissement de la puissance russe, le renforcement de la Turquie, et s'accommode fort bien de l'occupation anglaise en Egypte.
k N'ayons point d'idées préconçues sur la manière définitive de réaliser le Pangermanisme. Nous en sommes encore à la période des conjectures. Notre tâche actuelle (1892) consiste à présenter comme but suprême à tous les Germains, sans distinguer s'ils sont hauts ou bas Allemands, la création d'une Confédération germanique semblable à celle des anciens jours . »
Le mystérieux auteur d'Ein Deutsches Weltreich dégage sous sa forme nouvelle l'idée de la Grande-Allemagne, de la « Pangermanie » . Il ne cache pas les difficultés d'une propagande essentiellement délicate, mais, avec beaucoup d'art, il invite le gouvernement à ne pas s'en effrayer : on fera preuve d'habileté, ajoute-t-il; les efforts seront contenus dans de justes limites (in den richtigen Grenzen) ; on agira progressivement jusqu'au moment où les batteries pourront être démasquées sans danger; alors l'Europe se trouvera en face d'une situation préparée dans les moindres détails, contre laquelle elle sera impuissante.
Sous l'influence de ces idées, un nouveau courant d'opinion s'établit. Le toast prononcé à Vienne le 29 septembre 1894, devant une assemblée de savants allemands, par le conseiller privé, professeur Dr. J. Wislicenus, recteur de l'Université de Leipzig, en montra nettement l'esprit : «L'empire allemand n'est pas l'Allemagne. Vraiment et positivement, l'Allemagne est aussi grande que le pays où résonne la langue allemande... Si l'Allemagne était l'empire allemand, elle serait trop petite (1). »
(1) « ... das Deutsche Reich ist nicht Deutschland. Deutschland ist wirklich und wahrhaftig so gross, so weit die deutsche Zunge klingt... Ware Deutschland nur das Deutsche Reich es ware zu klein. »
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Les tendances nouvelles étaient déjà assez fortes pour qu'une société « l'Union pangcrmanique » (Alldeutscher Verband) se formât dans le but de les propager. Sa lortune a été rapide. Elle influe aujourd'hui si sérieusement sur l'orientation des affaires allemandes, notamment à l'égard de l'Autriche, qu'il est indispensable de connaître cette société avec quelque détail.
Ce Verband dérive directement de l' Allgemeiner deutscher Verband ou « Union générale allemande » que fonda, en 1886, le Dr. Peters pour incliner les Allemands vers l'expansion coloniale. Les premières années furent difficiles. Des rivalités de personnes eurent lieu, puis les éléments mauvais furent écartés, et, vers 1894, le comité directeur présenta enfin une réelle homogénéité. Déjà des personnages connus ou officiels en faisaient partie. Parmi ceux-ci, on trouvait : le conseiller privé Wislicenus, recteur de l'Université dt Leipzig ; von Fischer, premier bourgmestre d'Augsbourg ; le comte von Arnim Muskau; le Dr. K. Peters, commissaire de l'empire ; de Bary, consul général à Anvers; Baumbach, colonel à Altenbourg; Bernhardi, secrétaire de la chambre de commerce de Dortmund ; le Dr. Hùbbe- Sehleiden, le peintre Lenbach, le Dr. G. von Mayr, soussecrétaire d'État à Strasbourg; Muser, consul de l'empire à Bruxelles; von Oettingen, conseiller à la Cour d'appel; K. Prôll. publiciste; von Sandrart, général d'infanterie; le major von Steun, von Tiedemann-Labischin, président du gouvernement à Bromberg; le Dr. Hasse, député de Leipzig au Reichstag.
En 1895, ce dernier fut élu président de la Société.
Ses projets étaient beaucoup plus grandioses que ceux du Dr Peters. Il les" indiqua en modifiant l'année suivante le titre du a Verband » , qui devint Y Alldeutscher Verband ou l'Union pangermanique. A cette date, l'Union comptait 7,700 adhérents. Les ambitions nouvelles et surtout l'activité du Dr Hasse, intelligemment secondé par son comité,
qui, en dehors des personnalités importantes, comprend une foule de professeurs, d'industriels et de commerçants, ont porté ce nombre à 21,500 (1).
Dans sa forme définitive, l'Union a pour but d'affirmer la conscience du peuple allemand [das Gewissen des deutschen Volkes) (2), et de poursuivre, à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières, l'union de toutes les tribus allemandes {die Gemeinschaft aller deutschen Stàmme) (3).
L'action de la société s'étend aux 80 millions d'Allemands qu'elle trouve dans le monde quel que soit l'État auquel ils appartiennent (4). Les paroles du grand électeur : « Souviens-toi que tu es Allemand, » (Gedenke, dassDu ein Deutscher but!) symbolisent ce programme. Pour le remplir, l'Union emploie des moyens très divers. Dans l'empire, elle surveille sans relâche les Alsaciens-Lorrains, les Danois et les Polonais ; elle signale au gouvernement leurs moindres tentatives pour secouer le joug et réclame leur répression par des mesures draconiennes; elle agit sur la politique extérieure en dirigeant les poussées de l'opinion par des publications habilement répandues. Depuis 1894, les Alldeutsche Blâtter ou a Feuilles pangermaniques » (5) sont chaque semaine l'organe officiel du Verband. En outre, des brochures paraissent sous le titre : Der Kampf um das Deutschtum (la Lutte pour le « Germanisme » ) ; chacune envisage selon l'actualité une question relative au Pangermanisme. De fréquentes réunions des groupes locaux
(1) L' Alldeutscher Verband comptait exactement, à la date du 1er avril 1900, 21,361 membres répartis en 184 groupements. V. le rapport lu à l'assemblée générale du Verband le 7 juin 1900, à Mayence.
(2) V. la couverture de Y Alldeutscher Allas. Justus Perthes, Gotha, 1900.
(3) Idem.
(4) Mitglied des Alldeutschen Verbandes kann jeder unbescholtene Deutsche werden, ohne RUcksicht auf seine Staatsangehorigkeit. AlldeuU sches Werbe-und Merk-Bùchlein, p. 5. Lehmann, Munich, 1900.
(5) Lorsqu'elles étaient encore peu connues, les Alldeutsche Blàtter paraissaient avec la mention : « Reproduction désirée même sans déclaration des sources (Abdruck, auch ohne Quellenangabe erivunscht), *
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assurent la cohésion des adhérents (1). Ceux-ci envoient des délégués aux assemblées générales du Vcrband, qui ont pris bientôt une véritable imporkance. Au Reichstag, l'Union compte un nombre notable de députés qui interviennent chaque fois qu'une question touchant à son programme vient en discussion. Enfin, une correspondance très active tient le comité central de Berlin au courant de tout ce qui intéresse le a Germanisme » dans le monde.
Cette puissante organisation a obtenu en peu de temps des résultats considérables. L'Union a protégé efficacement les intérêts d'Allemands résidant à l'étranger. Elle a fait relever les subventions des écoles allemandes d'outre-mer. Des lois, notamment celle de 1897 sur l'émigration et celle de 1898 sur l'acquisition ou la perte de la nationalité allemande, sont dues à son initiative. Son action sur l'expansion coloniale a été réelle. L'acquisition de Kiao-tcheou est en partie son œuvre. Le 9 octobre 1895, peu après le traité de Shimonoseki, l'Union adressait au chancelier de l'empire une requête (2) où elle demandait instamment l'établissement d'une station navale en Extrême-Orient. Depuis, elle amené une campagne ardente jusqu'au jour où le gouvernement de Berlin, profitant du massacre de ses missionnaires, a pris pied effectivement en Chine.
L'Union travaille avec activité à l'accroissement des forces militaires de l'empire. Dès le début de 1896, elle a répandu de nombreuses brochures pour démontrer la nécessité de
(1) Les groupes de l'Union, tenant compte de la situation particulière de chaque pays où ils se trouvent, décident quels moyens conviennent le mieux au but qu'ils poursuivent. V. AUdeatsche Blàtter, 1894, p. 2.
(2) Extrait de la requête : « Durch den Frieden von Shimonoseki und das Eingreifen der Màchte Deutschland, Russland und Frankreicli in die japanisch-chinesischen Wirrenistin Ostasien eine Gestaltung der Dingeeingetreten, die nicht nur die unangesetzte Aufmerksamkeit seitens des Deutsclien Reiclies, sondern auch die vvohl noch lange Zeit dauernde Anwoiscnheit deutscher Kriegsschiffe in jenen Gewàssern erfordert, ohne dass wir indess bis jetzt im Besitze eines geeigneten Stutzpunktes, eines eigenen Hafens, fiir dieselben waren. »
voter les crédits pour l'armée navale (1). Elle a organisé dans chaque ville de l'empire des conférences, souvent faites par des personnages officiels, comme le contre-amiral Werner, le capitaine-lieutenant Meyer, le capitaine de corvette comte Bernstoff. En même temps, elle fit agir ses adhérents des colonies et de l'étranger et bientôt celles-là demandaient officiellement au chancelier de l'empire l'accroissement de la flotte. Cette propagande contribua beaucoup au succès final; il n'est pas douteux que dans la circonstance Y Alldeustcher Verband ait acquis des droits particuliers à la bienveillance de l'empereur.
Le gouvernement de Berlin suit d'ailleurs volontiers les conseils du comité de l'Union. Il a fini, comme le demandait depuis longtemps le DrHasse, par réclamer au Landtag de Prusse cent nouveaux millions de marks pour aider à la germanisation de la Posnanie, et par expulser, en novembre 1898, une quantité d'ouvriers danois, polonais et autrichiens.
C'est à cette société si puissante qu'est due la diffusion dans les masses allemandes de cette conception : l'Allemagne « puissance universelle » (Weltmacht) . Les acquisitions coloniales dans le Pacifique et dans les mers de Chine ont facilité sa tâche et bientôt la politique de l'empereur Guillaume II a été qualifiée : politique universelle (Weltpolitik) .
L'atmosphère favorable à l'idée pangermaniste étant ainsi créée, elle se développa rapidement. Le monde gouvernemental, imbu des principes bismarckiens, avait contre elle de la prévention; les changements survenus dans les
(1) Deutsche Weltpolitik (la Politique allemande universelle).
Deutschlands Seegefahren (les Dangers de l'Allemagne sur mer).
Genïigt Deutschlands Wehrkraft zur See ? (l'Allemagne est-elle suffisamment défendue sur mer?)
Der Niedergang deutscher der Aufschwung fretnder Seemacht (le Recul de la puissance maritime allemande et l'essor des marines étrangères, etc.).
Toutes ces brochures ont été éditées par Lehmann de Munich.
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forces respectives des partis nationaux en Autriche, cou « quence des progrès réalisés par les Slaves cisleithans, ont grandement contribué à la dissiper.
Depuis 1866, le gouvernement de Berlin oppose à la Russie l'Autriche et attribue à cet État la mission de tenir ouvertes les portes de l'Orienta l'influence germanique. Le maintien de la suprématie des Allemands dans l'empire de François-Joseph est la base de cette politique que le prince de Bismarck a résumée en une formule lapidaire : « Plus l'influence des Allemands sera forte en Autriche, et plus les rapports entre l'Allemagne et l'Autriche seront étroits. (1) » Ce maintien n'est possible que par la compression des éléments slaves.
Partant de ce principe, les diplomates prussiens ont toujours eu pour objectif de faire obstacle à l'établissement du « fédéralisme » . On sait par quel procédé (voir page 29) M. de Bismarck y a réussi en 1871. Lorsqu'en 1879 il parvint à faire signer à François- Joseph le pacte d'alliance, la sécurité devint complète à Berlin; la prépondérance du « germanisme» était assurée à Vienne pour des années. Maisles progrès incessants des Slaves et surtout des Tchèques s'accusèrent dans les élections. Il fallut bien prendre au sérieux les statistiques officielles de l'administration de Vienne. On n'avait plus affaire à l'Autriche de jadis, dont le réseau administratif étouffait les éléments nationaux, mais à une Autriche où, en face de neuf millions d'Allemands privilégiés, se dressaient quinze millions de Slaves, en pleine conscience de leurs droits. On comprit le danger à Berlin. Ce fut bien autre chose quand, en avril 1897, les fameuses ordonnances du comte Badeni prouvèrent le retour de François- Joseph à une politique fédéraliste. Cette fois, les publicistes allemands accusèrent nettement la maison des Habsbourg
(1) « Je starker der Einfluss der Deutsclien in Oesterreich sein uud, desto siclierer werden die Beziehungen des Deutschen Reiches zu Oesterreich sein. » Friedrichsruh, 15 avril 1895.
de manquera sa mission etd'opprimer le «germanisme (1)» . « C'est une erreur fatale, qui est aussi fréquemment commise parles Allemands d'Autriche, de croire que l'empereur François-Joseph est un ami du « germanisme » , du « germanisme » autrichien (2). » « Il n'y a là qu'une légende (3). » «Visiblement l'alliance avec l'Autriche-Hongrie n'a été fidèlement observée que d'un seul côté. Lorsque Bismarck l'a conclue, l'Autriche était encore allemande (4). »
Ces récriminations restèrent sans effet. Le « Slavisme » était sur la voie du succès; il fallait à tout prix l'arrêter. En minorité au Reichsrath, les Allemands d'Autriche ne purent obtenir par eux-mêmes le retrait des ordonnances. Le gouvernement de Berlin dut se résoudre à intervenir. On sait déjà (voir page 33) à la suite de quels incidents François-Joseph sacrifia le comte Thun et fit abroger les ordonnances (octobre 1899).
Une fois de plus, la politique prussienne triomphe; mais la chancellerie de la Wilhelmstrasse ne se fait aucune illusion sur sa victoire. Elle-même la considère comme un expédient, sachant fort bien que l'Autriche a cessé d'être une puissance allemande. Aussi, sa grande préoccupation est-elle de trouver une combinaison nouvelle susceptible d'arrêter les progrès des Slaves. Les Pangermanistes interviennent alors. « Si, à l'origine, la maison des Habsbourg a partiellement réussi à germaniser les territoires qui appar-
at) V. F. Bley, Die Weltstellung des Deutschtums, p. 20, Lehmann, Munich, 1897.
(2) « Es ist ein verhângnisvoller Irrtum, der auch von den Deutschen Oesterreichs noch vielfach genàhrt wird, zu glauben, Kaiser Franz- Joseph sei ein Freund des Deutschtums, des œsterreichischen Deutschtums... » Hannoverschen Kurier, 8 février 1899.
(3) « Die Deutschfreundlichkeit Kaisers Franz-Joseph... ist und bleibt eine Légende. » Idem.
(4) « Offenbar ist dièse Bundnistreue aber eine durchaus einseitige. Denn als Bismarck das BUndniss mit Oesterreich, Ungarn schloss, war Oesterreich noch Deutsch." Die Deutsche Politik der Zukunft, p. 11, Deutschvblkischer Verlag « Odin » , Munich, 1900.
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tenaient jadis à la Confédération germanique, elle a ensuite complètement échoué dans cette tâche. Cette tâche, les Hohenzollern et les autres princes allemands peuvent et doivent la mener à bonne fin (1) » Il le faut d'autant plus que les tribus allemandes de l'Autriche « sont au-dessous de leur mission civilisatrice (2) » . Si l'on n'y prend garde, a l'Autriche se changera lentement en un groupe d'États particuliers, qui se dissoudront ensuite à la première occasion favorable (3). »
Conclusion : pour l'empêcher, il faut rattacher l'Autriche à l'empire allemand.
Beaucoup d'hommes politiques, jadis réfractaires au Pangermanisme comme Bismarck et pour les mêmes raisons, inclinent maintenant à admettre cette solution, parce qu'elle leur apparaît comme seule susceptible désormais de maintenir l'Autriche dans la dépendance de Berlin. Leurchangement d'opinion s'opère graduellement et d'autant mieux qu'il s'accorde avec les nécessités nouvelles créées par l'orientation économique de l'empire allemand.
Le prince de Bismarck sut toujours maintenir un juste équilibre entre les intérêts agricoles et les intérêts industriels de son pays. Guillaume II, comptant sur la continuité de l'essor commercial de l'empire, a surtout favorisé les seconds. Le commerce d'exportation a pris un développement prodigieux, mais pratiquement la vie et la richesse de l'Allemagne dépendent aujourd'hui de ses débouchés étrangers. Ceux-ci, pendant une période assez longue, ont semblé
(1) « Was dem Hause Habsburg urspiiinglich nur halb gelangund spàter <ollig misslang, die Germanisirung der fr'uher zum deutschen Bu ride gehbrigen Lander, dass miissen und kbnnen die Hohenzollern im Bunde mit den anderen deutschen Herrscherfamilien ganz zu Ende fiihren. » Oesterreichs Zusammenbruch und Wiederaufbau. 4. Lehmann, Munich, 1899.
(2) u ... ihrer Kulturmission nachgefcommen... » K. Prbll, Die Kdmpfe der Deutschen in Oesterreich, p. 7. Liïstenbder, Berlin, 1890.
(3) « Oesterreich wird sachte in ein B'undel von Einzelstnaten allinàlig verwandelt, das sich so bei passender Gelegenheit auflbst. » Op. cit., p. 123.
indéfiniment extensibles. Depuis peu, une évolution aussi rapide que puissante tend à diminuer les facultés d'absorption de trois débouchés d'une importance considérable pour le commerce allemand.
Le livre de M. Williams, Made in GermanyiV), a signalé au Royaume-Uni le danger de l'expansion économique du jeune empire continental. Tout d'abord, sur la Tamise, on n'a pas voulu croire à la grandeur du péril, puis l'esprit pratique des Anglais les a fait réfléchir. Le livre bleu de 1898 sur la Foreign trade compétition (la Concurrence commerciale étrangère) (2) montre les préoccupations profondes que leur cause maintenant la concurrence des sujets de Guillaume II. A Londres, on s'ingénie à trouver des moyens indirects d'entraver le commerce allemand; on les étend peu à peu à tous les territoires britanniques, tout en laissant subsister en théorie le principe du free trade, ce qui permet d'attendre la réalisation de la grande fédération économique rêvée par M. Chamberlain.
A l'est de l'Allemagne, la Russie complète son outillage. Elle s'affranchit rapidement de la dépendance étrangère, car sa population consommatrice d'objets fabriqués est fort restreinte par rapport à sa population totale. Ce fait explique comment le gouvernement du Tsar, ayant déjà à protéger l'industrie nationale, a pu établir un tarif douanier prohibitif, dont souffrent tout spécialement les exportateurs allemands.
Aux Etats-Unis, le bill Mac-Kinley et le tarif Dingley ont porté un coup terrible à la prospérité de l'empire. Rien ne saurait mieux en donner une idée que le dernier rapport de la Chambre de commerce de Greiz(3), relatif à une branche
(1) Heinemann, Londres, 1897.
(2) « Opinions of H. M. diplomatie and consular officers on british trade methods. — Printed for her Majesty's stationery office, by Darling and Son Ltd, 1-3, Great S'-Thomas Apostle, E. G. 1898, London.
(3) Ville industrielle, située entre la Thuringe et la Saxe.
de l'industrie textile, l'une des plus importantes de l'Allemagne.
La circonscription de Greiz a exporté aux États-Unis .
En 1805, pour 4,000,000 de marks de tissus de laine. En 1896, pour 2,000,000 Id. Id.
En 1897, pour 1,500,000 Id. Id.
En 1898, pour 915,000 Id. Id.
En 1899, pour 200,000 Id. Id.
Le marché américain se ferme donc au commerce allemand avec une extraordinaire rapidité.
Or, ces trois pays, Angleterre, Russie, États-Unis, à eux seuls, absorbaient en moyenne les 4/10 du total des exportations allemandes. Le commerce y devenant de plus en plus difficile depuis cinq ans, les Allemands voient ainsi diminuer les facultés d'absorption de ces débouchés au moment même où l'essor de l'industrie de l'empire détermine dans certaines branches une évidente surproduction.
Ce n'est pas tout : cette difficulté d'écouler les produits fabriqués, jointe à la nécessité de lutter dans le monde entier contre la concurrence américaine, a amené les industriels allemands à baisser leurs prix de vente. Il en est résulté une diminution dans les bénéfices nets alors même que le chiffre global des exportations s'élevait. Vendre beaucoup n'est pas gagner beaucoup. La décroissance des bénéfices nets concordant avec la création désordonnée d'entreprises industrielles de toute nature a déterminé en Allemagne une grande rareté des capitaux. On en a la preuve dans l'accroissement continu du taux d'escompte de la banque de Berlin et dans le fait que le gouvernement impérial a cru devoir contracter sur le marché américain le premier emprunt de 80,000,000 de marks motivé par l'expédition de Chine. La gravité de cette rareté des capitaux, conséquence des nouvelles difficultés économiques, apparaît tout entière si l'on considère
que l'Allemagne, ne pouvant se suffire par elle-même, est dans l'obligation d'acheter chaque année à l'étranger pour près de deux milliards de francs d'objets indispensables à sa consommation, grains, animaux, bois, etc. L'empire allemand doit par conséquent gagner sur son commerce extérieur deux milliards de francs avant d'avoir accru d'un pfennig son capital national. L'enrichissement de l'Allemagne est donc loin d'avoir été aussi considérable qu'une série de publications récentes et fort enthousiastes le laisse supposer.
Ces faits synchroniques, fermeture des plus importants débouchés, diminution des bénéfices nets, insuffisance des capitaux, surproduction, dépendance de l'étranger pour les produits de consommation, amènent à conclure qu'à la période si brillante, par laquelle l'Allemagne vient de passer, va succéder une ère pleine de difficultés. Le moyen de les résoudre consiste essentiellement dans l'ouverture de nouveaux débouchés, propres à remplacer ceux qui sont en voie de se fermer. Le gouvernement de Berlin est pénétré de cette nécessité et, visiblement, toutes ses combinaisons politiques sont déterminées par la volonté d'y satisfaire.
Avec beaucoup d'habileté, les Pangermanistes ont tiré parti de cette situation toute nouvelle. Leurs idées, affirment-ils, contiennent en germe la solution du problème des débouchés. C'est ce que montre, avec beaucoup de clarté, le Dr Hasse, député de Leipzig au Reichstag et président de Y Alldeutscher Verband, dans sa brochure : la Politique allemande universelle (1).
« De nombreux dangers menacent l'Allemagne, dit-il. Pour y parer, une tension plus grande des forces existantes sera à peine suffisante (2). L'Allemagne ne peut pas sans péril suivre l'exemple de l'Angleterre et consacrer tout son
(1) Dr E. Hasse, Deutsche Weltpolitik. Lehmann, Munich, 1897.
(2) « Eine hohere Anspannung der vorhandenen Krafte wird kaum ausreichen. » Op. cit., p. 8.
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trafic à l'exportation, au commerce d'outre-mer et auxentreprises extra-européennes (1). Les traités de commerce expirent en 1903. D'ici là, il s'agit de dégager une nouvelle formule économique. 11 faut rétablir l'équilibre entre l'agriculture et l'industrie. Nous y parviendrons, si la puissance politique et économique de l'Allemagne est assise sur une base plus large qu'aujourd'hui (2).
« Le Zollverein a supprimé les obstacles qui gênaient le commerce et l'industrie ; il est la cause première du succès des dernières années. L'expérience a établi que la voie était bonne. Il faut donc simplement reprendre l'idée de l'économiste F. List (3), c'est-à-dire étendre le Zollverein à toute l'Europe centrale. Une immense étendue du continent serait ainsi assurée au commerce allemand et sa puissance de rayonnement extérieur s'accroîtrait dans des proportions énormes. »
(1) Op. cit., p. 12.
(3) Frédéric List (1789-1846). II fut d'abord employé dans l'administration wurtembergeoise, puis appelé par le ministre Wangenheim à la chaire d'économie politique lors de la création d'une faculté des sciences à Tubingen. Il fonda peu après un journal appelé V Ami du peuple de Souabe. A la suite de la chute du ministère Wangenheim, le journal fut supprimé et List dut donner sa démission.
En 1820, il fut envoyé comme représentant de la ville de Reutlingen à la chambre wurtembergeoise; mais, à la suite d'une condamnation qu'il encourut pour avoir fait autographier une pétition dans laquelle étaient signalés de nombreux vices de l'administration, il émigra en Amérique où il continua à propager par la plume les deux grandes idées qui le préoccupaient ; le développement des chemins de fer et le Zollverein. Il revint en 1833 à Leipzig avec le titre de consul des États-Unis.
A la suite de la perte de sa fortune pendant la crise financière de l'Amérique, n'ayant pour vivre que sa plume et sa parole, il parcourut l'Allemagne et la Hongrie. Il tenta même, à Londres, de créer une alliance commerciale entre l'Angleterre et l'Allemagne. L'échec de cette dernière tentative l'affecta profondément; il alla pour se fixer en Tyrol et se tua, à Kufstein, d'un coup de pistolet.
Ses principaux ouvrages sont : Esquisse d'un nouveau système d' économie politique (Philadelphie, 1827), Sur un réseau de chemins de fer à construire en Saxe (Leipzig, 1833), Système national d'économie politique (Stuttgard, 1841).
Or pratiquement, l'idée d'extension du Zollverein s'applique d'abord à l'Autriche et ainsi se superpose exactement à la partie principale du programme pangermaniste, qui, perdant alors tout caractère vague et sentimental, devient une conception précise et utilitaire. Le rattachement de l'Autriche à l'empire allemand n'est donc plus seulement un procédé de compression du « Slavisme» , mais encore un moyen d'assurer l'avenir économique de l'Allemagne. Ses partisans affirment en effet que la création du Zollverein de l'Europe centrale permettra seule à l'Allemagne d'affranchir son industrie de la dépendance des débouchés russe, anglais et américain.
Il convient ici de remarquer à quel point l'idée d'extension du Zollverein est devenue un instrument d'acquisition de puissance politique dans les mains des Hohenzollern
C'est la Prusse qui, la première, a conçu le Zollverein, qui a commencé à le réaliser en supprimant, en 1818, ses douanes intérieures et qui, par des agrandissements successifs, notés sur la carte ci-contre, est arrivée à dominer le territoire économique de l'empire allemand actuel.
C'est l'agitation protectionniste de Frédéric List qui a rendu possible l'œuvre d'Otto de Bismarck (1) ; maintenant qu'il s'agit de préparer un accroissement nouveau de la puissance prussienne, c'est le Dr Hasse, président de l'Union pangermanique, qui fait campagne avec énergie pour étendre le Zollverein à l'Autriche.
Il est en tout cas certain que, dissimulée sous l'idée d'extension du Zollverein, l'idée d'agrandissement de l'Allemagne pénètre facilement les « sphères » officielles les plus hostiles. Les industriels et les commerçants y voient l'accroissement de leurs débouchés et les agriculteurs se disent : a Le jour où les régions agricoles de l'Autriche, jointes à l'empire allemand, diminueront sa dépendance de
(1) Ohne Fiedrich List kein Otto von Bismarck. Alldeutsche Blàtter, 1895, p. 165.