‹ L'Europe et la question d'Autriche au seuil du 20e siècleChapitre 15 sur 66 · LES AGRANDISSEMENTS SUCCESSIFS DU ZOLLVEREIN · texte numérisé non relu

LES AGRANDISSEMENTS SUCCESSIFS DU ZOLLVEREIN

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l'étranger pour les produits de consommation, le gouvernement pourra protéger nos intérêts plus efficacement qu'aujourd'hui. »

Il n'est pas jusqu'au changement survenu dans l'attitude des catholiques allemands qui n'ait aidé à la fortune des conceptions pangermanistes.

La politique de Guillaume II à l'égard du catholicisme est en opposition, au moins en apparence, avec celle que suivit le prince de Bismarck. Devant les progrès du socialisme et la force croissante du a centre » au Reichstag, l'empereur allemand, quoique profondément luthérien, a reconnu l'impossibilité de gouverner sans le concours de ses sujets catholiques. Depuis son avènement, il ne cesse de leur donner de menus gages afin de gagner leur confiance; il faut reconnaître qu'il y a complètement réussi. Aujourd'hui les catholiques servent avec éclat ses vues et sont les plus fermes soutiens du trône impérial. Leur « nationalisme » , exalté par la Weltpolitik, dépasse même facilement la grandeur de leur dévouement envers Rome.

« Nous sommes Allemands avant d'être catholiques, » disait récemment un étudiant. C'est ce que montre d'une façon typique un curieux incident. A la fin d'août 1899, les catholiques allemands ont tenu à Neisse, près de Breslau, leur 46e congrès. Le premier jour, le buste du pape avait été placé à la droite de la tribune présidentielle et celui de l'empereur à la gauche. On vit là une incorrection grave et, le lendemain, le premier bourgmestre lui-même vint restituer au buste de Guillaume II la place d'honneur.

Ce loyalisme ardent n'est point sans arrière-pensée. Il dissimule des ambitions, aussi religieuses que politiques, sur la portée desquelles il serait grave de se méprendre.

Les catholiques de l'empire allemand, comme tous les partis, — ils en forment un en Allemagne, — comprennent plusieurs groupes, séparés par des nuances. Le plus nombreux et le plus influent gravite autour d'un ami personnel

de Guillaume II, Mgr Kopp, prince évêque de Breslau. Le raisonnement des catholiques, qui forment ses troupes, peut se résumer ainsi : Dans l'empire allemand actuel, nous sommes 17 millions 1/2 de catholiques contre 31 millions de protestants; sur les 9 millions d'Allemands, sujets de François-Joseph, 500,000 seulement sont évangélistes ; le jour où l'Autriche serait incorporée à l'empire allemand, nous serions 26 millions de catholiques contre 31 millions 1/2 de protestants. Non seulement alors nous leurs tiendrions tête, mais nous formerions un État catholique compact au centre de l'Europe, et finalement Rome serait amenée à prendre son point d'appui en Allemagne au lieu de s'obstiner à le conserver en France, dont le gouvernement lui est hostile. Notre intérêt est donc d'être pangermanistes.

Jadis une telle façon d'envisager les choses eût été sans valeur; mais aujourd'hui, étant données les circonstances nouvelles, il faut lui attribuer une importance considérable.

Le temps n'est plus où l'Allemagne, par crainte d'augmenter le nombre de ses sujets catholiques, n'aurait même pas envisagé l'hypothèse de s'étendre en Autriche (1).

L'argument fut juste autrefois; il a cessé de l'être depuis que toutes les conditions de la vie politique de l'Allemagne sont radicalement changées; l'heure du Kulturkampf est passée ; le prince de Bismarck a quitté le pouvoir ; Guillaume II s'est passionné pour la Weltpolitik, il cherche à mettre l'influence de Rome au service de l'expansion commerciale de son empire en Orient et en Extrême-Orient ; à Berlin, les avantages économiques priment désormais toutes les considérations religieuses.

(1) a ... Le prince de Bismarck... ne peut pas non plus souhaiter d'aggraver les difficultés religieuses de l'empire germanique, en y introduisant un élément catholique aussi important que celui de l'Autriche allemande et des territoires intermédiaires. >» Sir Charles Dilke, l'Européen 1887, p. 183. Quantin, Paris, 1887.

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Sans cloute, le jour où son objectif sera atteint et la mainmise réalisée, on verra Guillaume II protéger avec une terveur nouvelle le luthérianisme, pierre angulaire du trône de Prusse, mais ce moment est encore lointain. Ce qu'il importe actuellement de constater, c'est l'opinion des catholiques allemands au sujet de la Grande-Allemagne ; or, on ne saurait se faire d'illusions, la majorité d'entre eux souhaite sa réalisation et y travaille.

Ces causes si diverses, psychologiques, politiques, économiques, religieuses, agissant d'une façon concordante dans les dernières années, ont favorisé puissamment le développement des idées pangermanistes.

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