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MOYENS D'ACTION ET TACTIQUE DES PANGERMANISTES

Connaissait à fond le pays, les meneurs de la campagne ont employé tous les moyens, petits comme grands, pour rompre la paix relative qui subsistait en Autriche.

§ 1. — Sachant bien que toute action populaire pour être durable doit avoir une base sentimentale, ils se sont d'abord efforcés de détruire les anciennes préventions contre la Prusse.

M. K. Proll, qui a été en Allemagne un des Pangermanistes de la première heure, s'est voué à cette tâche préparatoire. Depuis dix-huit ans, il envoie des « arbres de Noël de l'empire allemand (Reichsdeutsches Weihnachtsbâumchen) aux enfants pauvres des Allemands d'Autriche-Hongrie. En Cisleithanie, son action est concentrée surtout sur la forêt de Bohême et sur la Moravie. Ici, la politique se dissimule sous la forme d'une attention qui touche profondément non

(1) « Wir richten an allô Mit<;lieder unseres Vei'bandes das dringende Ansuchen tschechische Arbeiter und Dienstboten unter allen Umstànden zuruckzuweisen. » Alldeutsche Dlatler, 1897, p. 116,

seulement ceux qu'elle atteint directement, mais encore leurs voisins et leurs parents. Tout un groupe de gens est ainsi amené à parler de l'empereur Guillaume et ils finissent par conclure que c'est un bien bon souverain puisque ses agents s'occupent avec tant de sollicitude du pauvre monde. Cette manœuvre fort simple et quelques autres du même genre ont contribué à créer un public sympathique qui a fait le succès des premières réunions prussophiles, inaugurées en 1896, par les délégués de l'Union pangermanique. Multipliées sur tous les points de l'Autriche après les ordonnances du comte Badeni, organisées par des hommes qui en ont une pratique constante, conduites par des orateurs violents et d'une éloquence populaire, ces assemblées ont permis à M. Schônerer de recruter le gros des troupes qui aujourd'hui marchent avec lui. Rapidement, les auditeurs sont devenus les lecteurs assidus des publications prussophiles que les sociétés de Berlin (1) répandent à profusion en Autriche. Intelligemment dosées suivant les âges et même les sexes, ces publications forment dans leur ensemble un moyen de propagande merveilleusement adapté au but poursuivi.

Les cartes postales illustrées, que les Allemands aiment à échanger avec tant d'abondance, sont, elles aussi, devenues un moyen d'action. Chaque incident de la lutte politique donne naissance à un dessin tendancieux, si bien qu'une collection complète de ces cartes constitue une véritable histoire de la campagne pangermaniste. C'est un Saint-Michel allemand qui repousse dans les flammes un Tchèque tenant les ordonnances; c'est un paysan allemand — le fameux Michel — qui crie : « A bas le droit d'État de la Bohême! » et, un bâton à la main, se tient prêt à frapper sur les Tchèques; c'est un souvenir du duel entre le comte Badeni et le député pangermaniste Wolf . Tirées à des

(1) V. p. 196 et suivantes

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milliers d'exemplaires, ces cartes passent sous les veux des libraires, du public qui regarde la vitrine, de l'envoveur, des employés des postes, du facteur, du destinataire, de sa famille et de ses amis. Elles insinuent ainsi lentement, mais continuellement, les idées prussophiles à une foule de gens. Le caractère antiautrichien des dessins s'accentue suivant le développement de la campagne pangermaniste. L'un des derniers représente l'aigle des Hohenzollern broyant dans ses serres la couronne des Habsbourg.

Des cartes postales aussi gravement tendancieuses surgissent maintenant de tous côtés. Au début, la police autrichienne les a saisies; puis, soit qu'elle ait reçu l'ordre de laisser faire, soit qu'elle se soit lassée, la répression a cessé. Cette propagande par l'image a dû être jugée très efficace, car une société importante de Munich, VOdin Verein (1), s'est consacrée à l'édition de ces dessins prussophiles, et tout spécialement de ceux dont l'objet est de soutenir le mouvement en faveur du protestantisme, qui, comme on va voir, est devenu un des plus sûrs instruments de l'action pangermaniste.

L'agitation, motivée uniquement par les ordonnances du comte Badeni, manquait d'ampleur. En dehors de la Bohême et de la Moravie, le mensonge de la « slavisation de l'Autriche » pouvait bien surexciter les populations allemandes momentanément, mais ce procédé artificiel allait devenir inefficace. Il fallait trouver un moyen d'étendre la propagande d'une façon directe et permanente à toutes les parties de l'Autriche où vivent des Allemands. Ce moyen, on crut le trouver dans une lutte contre le catholicisme. Le Dr Hasse, luthérien fanatique, l'avait en horreur. Pour lui, comme pour tous les Prussophiles, l'Autriche doit redevenir protestante. La cause du «germanisme » l'exige. « Si l'Autriche devient un pays slave, la faute en sera aux fa-

milles princières allemandes (d'Autriche) et à leurs partisans catholiques (1). »

C'est qu'en effet, dès le début de la campagne, le catholicisme, soutien du loyalisme autrichien des sujets allemands de François-Joseph, était apparu comme un obstacle redoutable à la diffusion du Pangermanisme. Avec l'audace et la décision qui les caractérisent, les Prussophiles résolurent de détruire cet obstacle.

En Autriche, M. Schônerer fut encore le grand organisateur. Au début de 1898, il se mit à l'œuvre résolument : « Brisons enfin, disait-il, les chaînes qui nous lient à une Église ennemie du « germanisme (2) » . Ces paroles comblèrent de joie les évangélistes de Berlin qui fournirent la coopération la plus active (3), et bientôt le mouvement anticatholique éclata en Autriche aux cris de : Los von Rom (Rompons avec Rome). On affecta de se placer au point de vue utilitaire : « Passez au protestantisme pour assurer votre avenir, dit-on aux Autrichiens. Là où le catholicisme est tout-puissant, les peuples meurent, et, sur toute la terre, il n'y a pas de nation qui soit à la fois florissante et catholique romaine (4). » M. Schônerer déploya une activité fébrile. Le 15 janvier 1899, il réunit à Vienne huit cents personnes se déclarant prêtes à passer avec lui au protestantisme, et il annonça que le nombre des conversions dépasserait prochainement dix mille. Par les moyens les

(1) « Wenn Deutschosterreich slavisches Land wird, dann wird dies das Werk deutscher FUrstengeschlechter und ihres katholischen Anhanges sein. » Deutsches Parteileben in Oesterreich, p. 6. Deutschvblkischer Verlag « Odin » , Munich, 1900.

(2) « Also weg mit den Fesseln, die uns an eine deutschfeindliche Kirche binden. » Cité par P. Bhaunlich, Die osterreichische Los vo?i Rom Bewequng, p. 27. Lehmann, Munich, 1899.

(3) V. p. 204 et suivantes.

(4) « Kurz, wo df>r romischeKatholizismus allmàchtig ist, da sterben die Vblker, und ist noch kein so verborgener Ort auf der Erdkugel zu finden, an dem sichunsder Anblick darbbte : eine rbmisch-katkolische und dennoch eine aufbluhende Nation'! » Op. cit., p. 4.

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plus divers, on chercha à surexciter les esprits. On réveilla les vieux souvenirs de la guerre de Trente ans. Dans les premiers mois de 1899, des pasteurs de l'empire allemand vinrent renforcer ceux qui normalement se trouvent en petit nombre en Autriche (1). Sans le moindre respect de la paix confessionnelle, ils organisèrent partout, mais spécialement dans le nord de la Bohême, des meetings politicoreligieux. A Teplitz, le pasteur Lumnitzer se signala par un zèle plus qu'excessif. A Asch, à Karbitz, etc., on prêcha en plein air la bonne parole prusso-protestante. M. Schônerer totalisa les résultats qui lui parvinrent sur des bulletins de conversion imprimés au préalable dans ses ateliers. Ces bulletins constituent une pièce fort curieuse dont voici l'exacte reproduction :

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Par les présentes, le soussigné déclare sur l'honneur qu'au jour indiqué par le député Schônerer, il notifiera aux autorités sa sortie de l'Église catholique.

Prénom et nom de famille.

Situation « Occupation »

Domicile

Poste

Bronlanû:

Pays de la couronne

Signature.

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Cette déclaration doit être transmise a M. le député Schônerer à Krems sur le Danube.

Librairie de G. Schônerer, Krems.

Imprimé par F. Berger, Iloru.

Malgré tous ces efforts, le mouvement de Los von Rom a été très loin de donner les résultats espérés. Les Pangermanistes se sont absolument mépris sur l'état religieux de

(1) Il n'y a en Autriche qu'un demi-million d'évangélistes.

l'Autriche; ils n'ont point tenu un compte suffisant de ce que sur neuf millions d'Allemands, sujets de François- Joseph, on compte seulement un demi-million de protestants, soit la dix-huitième partie, et ils n'ont pas compris que, si la foi d'un très grand nombre de catholiques est assez tiède, la force de l'atavisme et de l'habitude leur inspire cependant tout le contraire de la sympathie pour le luthéranisme. La réprobation a été générale. A l'heure présente, bien que M. Schônerer lui-même ait abjuré avec éclat en août 1900, il n'est pas encore parvenu à atteindre le chiffre de dix mille conversions qu'il avait annoncé. Donc au point de vue religieux, et jusqu'à ce moment, le mouvement Los von Rom a échoué. Ses organisateurs ne s'en montrent d'ailleurs aucunement découragés. « En Autriche, dit la Kreuzzeitung, le mouvement Los von Rom est devenu plus silencieux. Nous nous en réjouissons, parce qu'on pourra travailler plus efficacement. » Ce langage sybillin demande une explication. En réalité, les conversions sont le moindre souci des missionnaires protestants ; ils se contentent parfaitement des bénéfices politiques de leur propagande, qui, ceux-là, sont des plus certains. Le député Wolf, pur agitateur politique, le proclame implicitement lorsqu'il déclare : « Nous avons à soutenir un combat pour la civilisation et pour notre nationalité. Notre arme la plus tranchante est le mouvement Los von Rom. Il suffit de regarder les Siebenburgen (t) pour voir que chaque presbytère y est à la fois la forteresse du « Germanisme » et du Protestantisme. Le Protestantisme a en lui une force invincible qui nous fera triompher (2). »

Ces paroles suffiraient presque à établir le caractère politique du mouvement Los von Rom. Mais il y a mieux :

(1) Principale colonie allemande en Hongrie.

(2) « Einen Kulturkampf fur unser Volksthum haben wir zu fiihren und die schneidigste Waffe in diesem ist die Los von Rom Bewegung. Man brauche nur nach Siebenburgen zu scnauen, wo jedes Pfarrhàus eine

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un procès, jugé à Graz en juin 1899, lève tous les doutes. Le 4 mai 1899, la police de François-Joseph arrêtait le pasteur prussien Everling, dont les démarches avaient paru suspectes. On trouva sur lui un carnet de voyage, relatant toutes ses conversations, et des lettres fort explicites de dignitaires allemands et de fonctionnaires autrichiens. Ces papiers démontrant la complicité de MM. Fraiss et Polzer, de Graz, un procès leur fut fait. Les débats établirent de la façon la plus nette que la campagne protestante en Autriche n'est qu'un prétexte commode et habile pour dissimuler aux yeux des autorités autrichiennes la propagande prussophile.

C'est ce que devait avouer, quelques mois plus tard, le super-intendant Meyer, parlant à Braunschweig, à la réunion organisée par la Ligue évangélique pour la protection des intérêts allemands protestants, où il a dit : m Le véritable cri des protestants d'Autriche n'est pas Los von Rom (Rompons avec Rome), mais Los von Oesterreich (Rompons avec l'Autriche) (1).

En présence de déclarations aussi excessives, les Nouvelles de Hambourg, héritières de la répulsion de Bismarck pour le Pangermanisme, ont jugé nécessaire de protester. « Nous ne sommes nullement disposés à défendre certains discours tenus à l'assemblée générale de l'Union évangélique. Nous ne voudrions pas en particulier adopter le point de vue auquel on s'est placé pour adresser au gouvernement autrichien des critiques sur son attitude à l'égard du mouvement Los von Rom. Nous trouvons juste que les évangélistes protègent en Allemagne et en Autriche leurs coreligionnaires, comme le Gustav-Adolf-Verein le fait d'ailleurs depuis des années, mais le mouvement « Los von

Hochburg des Deutschthums und des Protestantismus bilde. Der Protestantismus hat eine stàhlende und schiitzende Kraft mit ihm werden wir siegen. » Cité par la Politik de Prague, 19 juillet 1900.

(t) V. le n° 55 des Braunschweiger Neueste Nachrichten, 1900.

Rom » est si étroitement lié à la situation politique actuelle, que nous devons observer en Allemagne la plus grande circonspection, circonspection que notre qualité d'alliés de l'Autriche donne doublement le droit d'attendre de nous (1). »

§ 2. — Le choix seul de procédés d'agitation si divers, mais concourant tous au même but, donne l'idée la plus avantageuse de l'intelligence et de l'habileté des meneurs pangermanistes; l'étude de la tactique très souple qu'ils observent confirme cette opinion. Il faut signaler d'une façon toute particulière la tactique qu'ils suivent à l'égard des groupements populaires autrichiens, enclins au socialisme international; les Prussophiles ont réussi, dans une large mesure, à utiliser ces tendances socialistes qui semblaient devoir leur être si opposées. Leur première action dans ce but précède de quelques années le ministère Badeni, et remonte à l'époque où il s'agissait surtout d'empêcher la cohésion de se faire entre les divers éléments slaves.

Voyant le peuple tchèque, composé en immense majorité d'ouvriers industriels ou agricoles, les hommes du groupe Schonerer se sont dit — et le raisonnement était juste — que s'ils pouvaient gagner au socialisme international une partie du prolétariat tchèque, ils diviseraient le peuple bohème, empêcheraient sa concentration nationale et, du même coup, arrêteraient le mouvement fédéraliste. Partant de ce point de vue, ils ont tenté l'entreprise qu'une circonstance déjà ancienne a grandement facilitée.

La presse socialiste de Vienne est en grande partie entre les mains d'Israélites, généralement hostiles aux Slaves, qui, pendant des siècles, ont formé une matière aisément

(1) « Aber die Los von Boni-Bewegung ist zu sehr mit politischen Momenten durchsetzt, als dass wir in Deutschland ihr gegenùber uns nicht die grbsste Vorsicht auferlegen mussten, eine Vorsicht, die angesiehts unseres Bundesveinaltnisses zu Oesterreich mit doppelten Recht von uns ervvartet werden darf. » Cité par la Politik de Prague du 12 octobre 1900.

exploitable. L'avènement de ces derniers à l'indépendance politique comporte leur libération économique ; il en résulte que la plupart des Israélites ont un vif intérêt à la compression du uslavisme » , et, comme il est clair qu'ils ne peuvent la réaliser par eux-mêmes, ils se trouvent amenés à favoriser par tous les moyens le mouvement pangermaniste. C'est ce qui explique pourquoi la presse socialiste de Vienne a favorisé de son mieux les manœuvres socialistes des Prussophiles. Elle a étendu ses ramifications sur la Bobême, et bientôt les résultats les plus encourageants ont été obtenus. Un parti internationaliste s'est formé chez les Tchèques, mais, très rapidement, les ouvriers bohèmes ont vu clairement le piège qu'on leur tendait. Us ont compris que les seuls principes applicables du socialisme étaient parfaitement compatibles avec les intérêts et les devoirs de leur nationalité et ils ont fondé un parti socialiste national qui poursuit maintenant à la fois l'amélioration pratique du sort des travailleurs et le succès de la cause tchèque.

Dissimulée sous la forme sociale, l'action prussophile a donc été vaine auprès des Slaves cisleithans; elle a réussi davantage avec des Allemands socialistes internationaux. Sur eux le Pangermanisme a eu prise indirectement. Lorsqu'en juillet 1899 le comte Thun, selon une tradition déjà ancienne, gouverna à l'aide du paragraphe 14 de la Constitution et décréta, en vertu de ce texte, un relèvement des taxes sur le sucre, l'alcool, la bière et le pétrole, les Prussophiles ont qualifié ces taxes de nouveaux impôts. Le mot d'ordre a été donné aux groupes socialistes viennois. Des manifestations se sont produites aussitôt, et l'on a pu voir dans les rues de la capitale des bandes criant : « A bas le gouvernement ! A bas le comte Thun ! » La situation du ministère s'en est trouvée plus difficile, et c'est ainsi qu'une tactique adroite a su mettre au service du roi de Prusse les forces révolutionnaires, alors qu'individuellement les ouvriers allemands autrichiens internationalistes ne sont

pas disposés à se soumettre au joug prussien. Cette manœuvre a réussi plusieurs fois dans des circonstanees analogues ; cependant, si l'on en juge par le congrès qui s'est tenu à Graz dans l'été de 1900, il semble que les socialistes autrichiens commencent à s'apercevoir du rôle qu'on veut leur faire jouer. Toutefois, on ne constate encore que des cas de clairvoyance individuelle ; les groupes socialistes autrichiens, dirigés par les Israélites de Vienne, travaillent aussi activement que M. Schônerer à la destruction de l'État cisleithan. M. Naumann, leader des sociaux-nationaux de l'empire allemand, le reconnaît non sans satisfaction : « Il y a deux partis en Autriche qui doivent avoir les sympathies des Allemands de l'empire : les Allemands nationaux et les socialistes démocrates. Il est possible quils se querellent par j ois ; au fond, ils agissent ensemble (1). »

Avec les gens d'affaires, hommes calmes qui tiennent à la paix et aux profits, les Prussophiles, cessant de faire appel à la violence, font agir la séduction du grand Zollverein. « Une fois qu'il sera établi, disent-ils aux agriculteurs, vous aurez toute l'Allemagne comme débouché pour vos produits, et quant à vous, industriels et commerçants, vous profiterez largement de l'expansion commerciale de l'empire allemand. Tous, vous devez donc demander l'entrée de la Gisleithanie dans l'union douanière allemande. »

Si maintenant, cessant d'envisager les détails, l'on considère dans son ensemble la tactique des Pangermanistes, elle apparaît caractérisée par une intransigeance calculée et progressive. Ils ne veulent, en effet, sous aucun prétexte, cesser l'agitation ; aussi s'ingénient-ils à rendre vaines toutes les tentatives de conciliation avec les Slaves en demandant toujours ce qu'ils savent impossible d'accorder. Ils réclament

(1) « Zwei Parteien in Oeslerreich sind es, denen vom reichsdeutschen Standpunkt aus Sympathieen gebiihren : Deutschnationale und Sozialdemokraten! Mogen sie sich driiben streiten — sie wirken doch im Grunde zusammen ! » F. Naumann, Deutschland und Oesterreich, p. 21. Verlag der « Hilfe » . Berlin. 1900.

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par exemple la division de la Bohême en deux régions distinctes : l'une, allemande, aurait Reichenberg pour capitale ; Prague serait le centre de la partie tchèque.

La région allemande formerait un territoire fermé (geschlossenes Gebiet). Tout ce qui est tchèque devrait en disparaître, tandis que, dans la région tchèque, les deux langues tchèque et allemande auraient les mêmes droits. Une pareille prétention équivaut simplement à demander aux Tchèques le complet abandon de leurs nombreux compatriotes du nord et l'entier renoncement aux droits historiques du royaume de saint Venceslas, basés sur l'indivisibilité de la Bohême, de la Moravie et de la Silésie. Les Tchèques luttent depuis cent années pour obtenir le respect de ces droits. Gomment pourraient-ils donc consentir à une division de la Bohême qui équivaudrait à tracer d'avance à l'Allemagne les cadres d'une future annexion (1)?

L'attitude des Prussophiles, depuis l'abrogation des ordonnances du comte Badeni, est une démonstration convaincante du caractère voulu de leur intransigeance. En avril 1897, ils affirment : « Nous combattons pour obtenir le retrait des concessions qui lèsent les droits du «germanisme» ; en octobre 1899, ils obtiennent gain de cause, mais ils n'en continuent pas moins à se refuser obstinément à toutes les tentatives d'accord et leurs chefs proclament que leur opposition est irréductible. « Je tiens une réconciliation avec les Slaves pour un effort inutile, écrit le député Bareuther. Il s'agit simplement de savoir si notre suprématie ou celle des Slaves s'implantera en Autriche (2)... » « On parle toujours d'égalité entre les Allemands et les Slaves ; c'est comme si l'on comparait un lion à un pou, parce que

(1) Louis Léger, Histoire de l'Autriche-Hongrie, p. 594. Hachette, Paris, 1895.

(2) « Eine Verslàndigung mit den Cechen heibeizufùhren, halte ich flir ein vergebliches Bemiihen. Es handelt sieh einfach um unsere oder die slavische Vorherrschaft in Oesterreich... » lettre à M. Schbnerer. V la Politik du 19 janvier 1900.

tous les deux sont des animaux (1), dit M. Schônerer. Dans les affaires nationales, je ne puis me placer sur le terrain de l'égalité (2). » Son lieutenant Iro est encore plus explicite : « Nous ne voulons point d'ordonnances sur les langues, point de compromis, point de division de la Bohême, mais une pleine reconnaissance de la prédominance des Allemands en Autriche (3). »

Cette prédominance, les Pangermanistesne se contentent pas de l'avoir en fait, ils exigent que des signes extérieurs la manifestent. Dans le programme revisé le jour de la Pentecôte de 1900, la reconnaissance de l'allemand comme langue d'État de l'Autriche est inscrite parmi les principales revendications. La seule concession qui ait été faite consiste à dire : « Langue de communication (Vennittelungssprache) au lieu de langue d'État [Slaatssprache). » Encore M. Schônerer proteste-t-il contre cette fâihlesse. Or, si les Slaves, en raison de la prescription séculaire, peuvent admettre que l'allemand reste pratiquement la langue des administrations communes à tous les pays de la Gisleithanie, il leur est impossible de reconnaître cet idiome comme langue d'État par la simple raison qu'ils sont quinze millions dans le pays et les Allemands seulement neuf millions.

Des prétentions aussi excessives garantissent donc aux Prussophiles la possibilité de continuer indéfiniment l'agitation qui est leur raison d'être. « Nous ne permettrons pas que la paix existe en Autriche avant que la langue alle-

(1) V. la Pensée slave de Trieste, 17 mars 1900.

(2) «... ich bekanntlich in nationalen Angelegenheiten nicht auf dem Standpunkte der Gleichheit stehen kann. » Cité par la Politik du 25 janvier

(3) « Wir wollen keine Sprachenverordnungen, keinen einseitigen « Ausgleich » , keine Zweiteilung Bohmens — sbndern eine voile Anerkennung der Vorherrschaft der Deutschen in Oesterreich, oder nach vollzogener Sonderstellung Galiziens eine friedliche Aenderung der Verfassung im Sinne der Angliederung der einstmals deutschen Bundeslànder als Bundesstaat an das « Deutsche Beich. » V. Unverfàlschte Deutsche Worte. 1er janvier

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mande ait été érigée en langue d'État (1), » assure leur grand chef; en réalité, ceci équivaut à dire : avant que l'Autriche ait été incorporée à l'empire allemand.

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