J60 L'EUROPE ET LA QUESTION D'AUTRICHE
ment la situation. Seuls les Pangermanistes n'ont point voulu faire trêve (V. p. 137) ; mais pendant quelques jours les deux tiers au moins des Allemands de Gisleithanie ont oublié leurs divisions pour témoigner dans un même élan avec les Slaves leur dévouement à l'empereur. Ces sentiments subsisteront aussi longtemps que leurs raisons d'être. L'Autriche est une patrie pour l'Allemand de Gisleithanie aussi bien que la Belgique ou la Suisse pour l'habitant de Bruxelles ou de Genève. Si l'on proposait à l'un ou à l'autre de se laisser annexer par la France, sous prétexte qu'il parle français, il refuserait avec indignation. Le cas de l'Allemand de Gisleithanie est le même. La similitude des langues n'est qu'une illusion, au fond assez grossière. Ge qui fait la patrie dans le droit moderne, c'est la volonté des peuples de vivre en commun. Or, tous les peuples cisleithans, germains ou slaves, ont des intérêts durables, générateurs permanents de cette volonté. La parole de Schiller reste donc vraie : « L'Autrichien a une patrie, il l'aime, et, à cela, il a de bonnes raisons. »
§ 3. — Si les peuples de Gisleithanie ne peuvent subsister qu'à la condition de rester unis, l'existence des Habsbourg, en tant que maison régnante, est de même étroitement subordonnée à celle de l'Autriche. Cette existence, seul le Pangermanisme la menace. S'il triomphait, le monarque autrichien serait réduit devant l'empereur allemand au rôle de vassal d'un roi de Saxe ou d'un roi de Bavière. Pour que François-Joseph ou son successeur se laissât amener à un tel état de déchéance, il lui faudrait méconnaître tous les enseignements de l'histoire.
Depuis des siècles, les Hohenzollern sont les rivaux des Habsbourg. Geux-ci, jusqu'au congrès de Vienne, ont réussi à maintenir une écrasante suprématie sur les descendants ambitieux de l'électeur de Brandebourg. Après 1815 l'Autriche n'a pu que faire obstacle aux sourdes ambitions de
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la Prusse. Metternich ne voulait pas la voir dépasser le Mein(l). a La Saxe au pouvoir de Frédéric-Guillaume, c'était, à son sens, l'équilibre germanique détruit, les défilés de Bohème et la route de Vienne ouverts aux plus dangereux et aux plus constants ennemis des Habsbourg (2). » Schwarzenberg continua la tâche de Metternich, et lorsque Frédéric-Guillaume tenta de créer cette union restreinte qui devait donner la prépondérance à la Prusse, le ministre de François-Joseph le contraignit à envoyer von Manteuffel s'humiliera Olmutz (29 novembre 1850). L'avènement de Bismarck au pouvoir changea la face des choses. L'affaire des duchés éclata. L'Autriche ne voulait pas que la Prusse se les appropriât. Les manœuvres du ministre du roi Guillaume tournèrent bientôt toutes les difficultés. Il expulsa d'abord la Confédération de l'administration des duchés, puis par la convention de Gastein (14 août 1865), il établit sur eux le condominium de l'Autriche et de la Prusse. Dès lors, il avait lié la partie. Au moment où François-Joseph se débattait au milieu de difficultés intérieures que les agents prussiens attisaient, Bismarck accusa la cour de Vienne de ne point remplir ses engagements. La Prusse arma en silence, mais activement. Jusqu'au dernier jour, le futur chancelier multiplia les protestations de paix. « Rien n'est plus éloigné des intentions de S. M. lelloi, qu'une attitude offensive contre l'Autriche, » déclarait-il au ministre de François-Joseph. « Ces lignes étaient écrites le 5 avril; et trois jours après était signé le traité d'alliance offensive et défensive de la Prusse avec l'Italie (3) ! » A la fin de juin 1866, deux armées autrichiennes entraient en Bohême, Sadowa avait lieu, et d'un seul coup M. de Bismarck
(1) A. Debidoub, Histoire diplomatique de l'Europe, t. I, p. 21* Alcan, Paris, 1891.
(2) Op. cit., t. I, p. 20.
(3) Op. cit., t. II, p. 298.
arrachait la Vénétie aux Habsbourg et les subordonnait aux Hohenzollern.
Le monarque autrichien oubliera-t-il ce drame? Ne comprendra-t-il point que, cette fois, il s'agit de l'existence de sa maison? Il montrerait dans ce cas une complète inconscience ae sa haute mission, de ce que lui réserve l'avenir, et des services qu'il peut rendre à l'Europe. Placé à la tête d'une confédération qui préserverait le continent des envahissements de l'Allemagne, il s'acquerrait des titres sûrs à l'appui de ceux (et ils sont nombreux) qui redoutent ces envahissements et il obtiendrait en même temps les moyens de reconquérir dans une paix glorieuse le prestige perdu. Cette conception n'est-elle pas digne de tenter celui qui règne à Vienne? Pourquoi ne séduirait-elle pas le successeur de l'empereur actuel? Sans doute, les « poussées » de « germanisme » ont déterminé la politique vacillante de François-Joseph, mais les paroles qu'il adressait à ses peuples, à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire, montrent que s'il a été victime des erreurs du germain, il comprend cependant tous les devoirs du monarque cisleithan : « Que mes peuples le sachent bien: j'ai consacré ma vie à leur bien-être ; je me félicite de contribuer à leur prospérité, et je vois dans leur loyauté et leur patriotisme, et aussi dans la confiance réciproque qui règne entre eux et moi, les plus fermes bases sur lesquelles repose l'avenir de la patrie. » Ces paroles ne renferment-elles point la formule de l'Autriche nouvelle ? N'impliquent-elles pas une opposition résolue à la propagande prussophile? Sinon, comment maintenir « la confiance réciproque » qui règne entre « les peuples d'Autriche et leur souverain » ? Comment « assurer l'avenir » de cette patrie que les Pangermanistes ne songent qu'à détruire ?
§ 4. — L'intérêt de l'Autriche, considérée dans son ensemble, domine les intérêts de ses peuples et de sa dynastie ; or à notre époque réaliste, cet intérêt général se
traduit par une orientation économique déterminée, dont l'objectif est d'assurer la sauvegarde des biens matériels du pays.
Si l'extension du Zollverein allemand à la Cisleithanie comporte véritablement des avantages considérables pour le commerce et l'industrie autrichiens, on devra admettre comme probable que, peu à peu, la tentation des jouissances matérielles aura raison des résistances nationales et qu'en fin de compte l'Autriche entrera dans l'Union douanière allemande, acte qui serait décisif, car l'histoire démontre que toutes les unions douanières ont abouti à l'absorption politique du plus faible des États contractants par le plus fort. Au contraire, si le projet d'extension du Zollverein est défavorable aux intérêts autrichiens, c'est une garantie de plus, et non la moins forte, de l'échec des Pangermanistes. Il est donc capital de rechercher dans quel sens incline l'intérêt de l'Autriche.
Pour déterminer cette direction, la situation économique présente de la Cisleithanie doit servir de point de départ au raisonnement. L'appréciation du secrétaire du syndicat central de l'industrie autrichienne offre à cet égard des garanties de compétence et d'impartialité. « Les rapports des chambres de commerce et des syndicats industriels, dit le Dr Grunzel, font un tableau effrayant de la situation ■actuelle de l'industrie autrichienne. Les États voisins, l'Aliemagne, l'Italie et la Russie, montrent un brillant développement. Notre grande industrie se trouve, au contraire, dans un état de stagnation et même de recul. Qu'y a-t-il de plus significatif à cet égard que le rapport de la chambre de commerce de Prague, qui, l'an dernier, abstraction faite d'une brasserie, n'enregistre pas une seule création d'un établissement industriel dans son riche district (1). » « Les
(1) « Die Berichte der Handelskammern und industriellen Vereinigungen entwerfen von der gegenwàrtigen Lage der osterreichischen Industrie ein erschreckendes Bild. Unsere Nachbarstaaten : Deutschland, Italien und
exportations de l'Autriche vers l'Orient baissent d'année en année (1). » « A l'intérieur de ses propres frontières douanières, l'industrie autrichienne perd chaque jour du terrain. L'émancipation de la Hongrie et la diminution des facultés consommatrices de la population en sont les causes (2). »
Le Dr Grunzel est très net, mais il ne dit pas tout. Il oublie, peut-être parce qu'il est plutôt de tendance prussophile, d'indiquer la cause la plus importante de cette « stagnation » et même de ce « recul » . Cette cause réside essentiellement dans l'essor industriel et commercial de l'empire allemand. Incontestablement, c'est lui qui, de tous les États du continent, dispose du meilleur outillage économique. Ses produits se trouvent ainsi dans de meilleures conditions pour lutter avec ceux que vend l'Autriche en Hongrie, dans les Balkans et en Orient. L'organe du Dr Hasse, les Alldeutsche Blàlter le constatent expressément : « Présentement, l'Allemagne concurrence l'Autriche- Hongrie, dans la majorité des cas avec succès, pour les articles d'importation les plus importants (3). » De son côté, le Vaterland de Vienne faisait remarquer, en août 1899, qu'en présence des efforts faits par l'Allemagne pour acca-
Russland weisen auf eine glànzende Entwikelunghin, unsere Grossindnstrie befindet sich dagegen mit wenigen Ausnahmen in einer Stagnation, ja sogar im Riickgange. Was konnte hierfur bezeichnender sein, als die Mittheilung der Prager Handelskammer, dass in ihrem grossen und reichen Bezirke im verflossenen Jahre — abgesehen von einer Brauerei — nichteinzige Neugriindung oder Vergrbsserung eines Etablissements zu verzeichnen war! » Dr J. Grunzel, Secretàr des Centralverbandes der Industriel len Oesterreichs. Die wirtschaf (lichen Verhàltnisse Kleinasiens, p. 3. Dorn, Vienne, 1897.
(1) « ... leider seinen Export nach dem Oriente von Jahr zu Jahrsinken sieht... » Op. ci(., p. 57.
(2) « Die bsterreichische Industrie verliert im eigenen Zollgebiete tagtà^lich an Terrain durch die fortschreitende Emancipation Ungarns und die sinkende Gonsumkraft der Bevblkerung. Op. cit., p. 3.
(3) « Da Deutsebland gegenwàrtig in allen wichtigeren Einfuhrartikeln mit Oesterreich-Ungarn, und zwar zum grbssten Teile erfolgreicli konkurriert... » Alldeutsche Blàtter, 1898, p. 238.
parer le commerce de l'Asie Mineure, l'Autriche devait prendre ses précautions contre cette cause nouvelle d'affaiblissement de son commerce.
D'une façon générale donc, l'Allemagne a chassé l'Autriche de débouchés qui, jusqu'ici, contribuaient à absorber sa production d'objets fabriqués. Nul fait ne peut mieux établir que les intérêts industriels allemands et autrichiens sont en complète opposition.
L'offensive économique des Allemands exige la défensive des Autrichiens, ce qui implique pour ces derniers l'obligation de conserver et même de créer tous les obstacles de nature à entraver la concurrence de l'empire allemand (1). Or, précisément, la barrière douanière qui sépare l'Autriche de l'Allemagne, en raison des différences de tarifs et des formalités de douane qu'elle justifie, est l'un des freins les plus efficaces qui se puissent concevoir. Cette constatation suffirait presque à démontrer que le maintien de la ligue douanière s'impose pour la protection des intérêts autrichiens, mais le point est assez délicat pour mériter d'être exposé avec plus de détail.
L'idée de supprimer toute barrière économique entre l'Allemagne et l'Autriche est née, il y a plus d'un demisiècle, d'un état de choses très différent de celui qui la fait revivre aujourd'hui.
Le 26 octobre 1849, Bruck, ministre du commerce à Vienne, fit publier dans la Wiener Zeitung un projet d'union douanière austro-allemande. Ce projet fut assez
(1) C'est ce que demande formellement l'Union générale (Centralverband) des industriels autrichiens dans le programme électoral qu'elle vient de publier à Vienne, le 15 octobre 1900.
« ... handelt es sich darum, Lebensfragen der Industrie Oesterreichs zu Ibsen, ihr die Erhaltung des heimischen Marktes %u sichern, ausreichenden Schutz vor der auswàrtigen Concurrenz zu chaffen und gleichzeitig mitzuwirken, dass sie auf dem Weltmarkte, gest'utzt durch eine methodische und ausgiebige Fbrderung îhrer Exportinteressen, in einer ihrer technischen Vervollkommung und Leistungsfàbigkeit entsprechenden Weise erscheinen kbnne. a
mal accueilli à Berlin. La Prusse avait alors une industrie moins bien outillée que celle de l'Autriche, et, à Potsdam, on comprit aussitôt que l'Union douanière réalisée permettrait aux Habsbourg d'établir solidement leur suprématie sur le monde germanique.
La réponse du gouvernement de Berlin fut donc réservée et dilatoire. Le 21 juillet 1850, la chancellerie de Vienne revint à la charge. Personnellement, le président du conseil des ministres prussien von Manteuffel eût été assez disposé à répondre favorablement; il invita même le plénipotentiaire de François-Joseph à venir discuter à Berlin les bases de l'Union douanière. Mais l'opinion de Manteuffel ne fut pas partagée par son prince, et, dans les conférences qui eurent lieu à Dresde en 1851, la Prusse accentua sa répugnance à accéder aux propositions de la cour de Vienne. Celle-ci insista encore l'année suivante, puis finit par se résigner, comprenant enfin que la résolution de ne rien faire, prise à Berlin, était inébranlable.
Aujourd'hui, les rôles sont renversés. Vienne ne domine plus Berlin, mais Berlin domine Vienne, et les Hohenzollern écrasent les Habsbourg de leur puissance. Ce sont eux maintenant qui veulent établir leur hégémonie sur le continent germanique; aussi, sont-ce les Pangcrmanistesr fidèles serviteurs de la Prusse, qui reprennent au profit de cette puissance le projet d'union douanière austro-allemande. Les Autrichiens peuvent-ils l'accepter?
La supériorité de l'outillage allemand sur leur outillage n'est pas douteuse. Qu'âdviendrait-il de leur industrie si l'Europe centrale, depuis la mer du Nord jusqu'à l'Adriatique, ne formait plus qu'un seul territoire économique?
Sans doute, les régions agricoles de la Cisleithanie auraient un débouché plus vaste pour leurs produits ; mais, précisément, ces régions à excédents agricoles comme la Galicie et le pays slovène sont habitées par des Slaves fédéralistes ; un simple avantage commercial ne les ferait point
consentir à une réforme qui, sous une apparence économique, comporterait, à brève échéance, le renoncement à leur idéal politique.
Assurément, l'industrie autrichienne aurait, en principe, la faculté de vendre ses produits, elle aussi, dans toute Tétendue de l'union douanière, et d'utiliser les ports d'expédition de la mer du Nord ; mais ces avantages ne seraient-ils pas rendus pratiquement illusoires par le seul fait que les conditions moins favorables de la fabrication autrichienne ne lui permettraient pas de concurrencer utilement l'industrie allemande? Ce serait celle-ci, au contraire, qui, sans obstacles, atteindrait la Méditerranée, les pays balkaniques et l'Orient. Les produits des sujets de Guillaume II feraient alors un mal plus grand qu'aujourd'hui à l'industrie cisleithane, d'abord sur le sol même de l'Autriche, et ensuite dans les pays qui constituent encore ses débouchés extérieurs. L'industrie autrichienne non seulement perdrait ainsi les places qu'elle a su se conserver en Hongrie et dans les Balkans, mais il lui faudrait renoncer même à l'espoir de retrouver au loin les débouchés qu'elle vient de perdre sur le continent, a Ce que nous avons perdu dans les Balkans, dit le Dr Grunzel, nous pouvons le retrouver largement en Asie Mineure. Aucun Etat n'est mieux situé que l'Autriche pour exploiter ce pays (1). » Cette vue est juste, et elle le restera tant que l'Autriche conservera les avantages de sa situation territoriale; mais ce serait les perdre que de donner aux produits de l'empire allemand le libre accès de l'Adriatique, puisque ce serait leur permettre d'atteindre l'Orient comme ceux de l'Autriche, mais en bénéficiant en plus de l'avantage d'une fabrication moins onéreuse.
L'industrie autrichienne a donc, semble-t-il, des raisons
(1 h Was wir am Balkan verloren haben, konnten wir in Kleinasieft reichlich wieder einbringen — undkein Staat ist in Folge seiner Lage beru; fener, dort als Pionnier aufzutreten, als gerade Oesterreich. » Dr Grunzel : Die wirtschaftlichen Verhàltnisse Rleinasiens, p. 4. Dorn, Vienne, 1897.
capitales de rester abritée derrière la douane austro-allemande, ce qui revient à dire que la Gisleithanie n'a pas d'intérêt décisif à entrer dans l'union douanière allemande. En réalité, le projet de F. List, repris par le Dr Hasse, profiterait presque exclusivement à l'empire allemand. Ceux-là mêmes qui le préconisent l'avouent parfois indirectement « Il nous est certainement possible de créer en Europe un territoire économique fermé qui se suffise à lui-même (1) . . . » « Si nous réussissons à étendre nos frontières en Europe, il nous sera possible de rendre la prospérité à notre agriculture. Les parties de l'Autriche qui peuvent tomber dans notre lot sont plus fertiles et bien plus propres que celles de l'Allemagne à une culture intensive (2)... »
Ces déclarations imprudentes établissent l'égoïsme notoire des propositions économiques des Prussophiles. Elles suffisent à mettre les Autrichiens en garde contre le projet d'union douanière. Assurément, il peut se faire que, pour certaines industries spéciales, l'union avec l'Allemagne soit avantageuse, mais pour l'ensemble, elle serait détestable. C'est ce que déclare, avec beaucoup de sincérité, un fabricant autrichien qui, lui, personnellement, aurait intérêt à la fusion économique des deux pays.
« Au point de vue industriel, en général, je dois constater qu'une union douanière serait extrêmement dangereuse pour beaucoup d'industries autrichiennes. La principale raison en réside dans les mauvaises conditions dans
(1) « Mbglich ist es uns gewiss, ein grosses, geschlossenes Wirthschaftsgebiet zu schaffen in Europa, das sirli selbst geniigt... » Deutschland bei BeginnclesZO. Jahrhunderts,?. 156. Militàr-Verlag R. Félix, Berlin, 1900.
V. encore Dr K. Meubmann, Deutsche Welt-und Wirtschafts-Politik, p. 61. Deutschvblkischer Verlag « Odin » , Munich, 1900.
(2) « Aber wir kbnnen einen gewaltig frischen Zug in unsere Landwirthschaft bringen, wenn es uns gluckt, unsere Grenzen in Europa auszudebnen. Die Theile Oesterreichs, die uns zufallen kbnnen, sind fruchtbar und vielfach noch extensiv bearbeiteit im Vergleich zu Deutschland... » Deutschland bei Beginn des 20 Jahrhunderts, p. 155. Militàr-Verlag R. Félix, Berlin, 1900.
lesquelles se trouvent ces industries, par rapport à l'état de prospérité et d'avancement dont jouissent celles de l'empire allemand (1). »
Cette raison est si forte que le « Club industriel » et 1' « Union des industriels autrichiens » se sont très nettement prononcés contre le Zollverein (2).
En définitive, si l'on veut résumer ces divers points de vue, on peut dire que l'Autriche se trouve amenée aujourd'hui à repousser le projet d'union douanière, pour les mêmes motifs qui ont décidé le gouvernement prussien à laisser tomber, en 1850, les avances de la cour de Vienne
Une considération économique générale se superpose donc aux considérations politiques particulières et renforce puissamment les raisons concordantes que les peuples slaves et les Allemands de Cisleithanie ont de vivre fédérés ensemble, au sein d'un même État, gouverné parla maison des Habsbourg.
C'est cet ensemble qui permet de conclure : l'Autriche a en elle-même des sources de réelle vitalité ; l'évolution naturelle des choses ne tend pas à sa dissolution; son démembrement ne saurait résulter que d'un coup de force extérieur.
Le devoir du gouvernement de Vienne découle de ces constatations ; en arrêtant résolument la propagande prussophile et en se refusant à toute union douanière avec l'empire allemand, il assurera son avenir et rendra impossible le seul véritable danger qui le menace.
(1) « Vom allgemein industriellen Standpunkte muss ich noch konstatieren, dass eine Zollunion mit Deutschland fur viele Industriel! Oesterreichs ausserordentlich gefàhrlich wàre. Die Hauptgr'dnde liegen in unseren gegenûber der deutschen Industriefreundlichkeit und Industriefbrderung entschieden zuruckgebliebenen Zustanden. » Alldeutsche Blatte/, 1900, p. 280.
(2) « Einen der Zollunion sehr feindseligen Standpunkt nehmen der « Industriellen-Klub » und der Bund bsterreichischer Industriellen ein... » Idem.