‹ L'Europe et la question d'Autriche au seuil du 20e siècleChapitre 31 sur 66 · L'OPINION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L'OPINION PUBLIQUE

L'état présent de l'opinion publique allemande n'est pas le résultat spontané d'une évolution naturelle, mais d'une propagande exécutée en Allemagne en même temps qu'en Autriche par des procédés analogues, avec cette différence toutefois que la portée en est autrement grave. Pour se persuader qu'on se trouve bien en présence d'agissements voulus, le mieux est d'étudier dans ses éléments principaux et saisissables l'organisation pangermaniste, sans craindre d'entrer parfois dans les détails.

§ 1. — Les Pangerrnanistes ont su mettre au service de leur propagande les merveilleuses facultés d'association des Allemands.

Ils disposent maintenant de groupements puissants, coordonnés entre eux et dont chacun remplit une tâche déterminée. Le plus influent de tous est incontestablement l'Ait-

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deutscher Verband (l'Union pangermanique) (1). Au chapitre II, j'ai posé sa constitution, son programme et son action génc e; dans le chapitre III, j'ai montré ses agissements en Autriche; je vais maintenant établir comment cette active société a réussi à poser la question d'Autriche devant le public de l'empire allemand.

Comprenant que l'esprit national facilite leur action, le Dr Hasse et ses amis s'ingénient à exalter par tous les moyens la grandeur de leur pays et sa puissance militaire. « L'Union pangermanique, pénétrée de la haute valeur qu'on doit attribuer à l'art introduit dans les intérieurs comme moyen d'éducation nationale, a résolu d'éditer les gravures artistiques inspirées par un profond sentiment patriotique et qui, reproductions excellentes des œuvres des grands maîtres, peuvent servir à la décoration (2). »

Le même sentiment a déterminé « un groupe d'hommes profondément nationaux, amis éprouvés de la jeunesse, à se réunir dans le but d'accroître son éducation nationale et d'influer sur la formation des générations qui grandissent...

u Ce qui est grand et noble, ce qui est bon et vrai, ce qui est allemand au meilleur sens du mot, doit s'emparer du cœur de nos enfants. Il faut qu'ils s'enthousiasment pour la

(1) L'Âlldeutscher Verband, Berlin, W. 35, Lïitzowstrasse. Je rappelle que l'action de l'Union s'étend au monde entier. En dehors des groupes locaux qui couvrent d'un réseau serré toute l'Europe, elle a établi des centres pangermanistes en Amérique : à Assomption, Coban, Goncepcion, Espirito-Santo, La Paz, Lima, Managua, Montevideo, San Francisco, Vera- C.ruz; en Afrique : à Port-Elisabeth, Johannesburg, au Caire; en Asie : à Hangkok, Kaïfa, Hong-kong, Jaffa; en Océanie : à Batavia, Jaluit, Melbourne, etc.

(2) « Durchdrungen von der Erkenntniss des hohen Werthes, welcher der Kunst im Hause auch als nationales Erziehungsmittel innewohnen kann, hat sich der Alldeustche Verband zur Herausgabe dieser Kunstblàtter entschlossen, welclie ein tiefes, vaterlàndisches Geftihl offenbaren und als Werke erster Meister, in vorzugleicher Weise vervielfàltigt, jedem Baume Am Schmuckegereichenwerden. » Alldeutsches Werbe-und Merk-Biïchlein, p. 29. Lehmann, Munich, 1899

grandeur du passé et pour les promesses de l'avenir. Le sentiment du devoir doit les dominer (1). »

Dans ce but, toute une bibliothèque a été créée. Parmi les titres des ouvrages qui la composent on trouve au hasard : Un héros brandebourgeois à la côte des esclaves, Le cœur allemand, Le paradis germanique, Le lion des Flandres, Les grands héros du peuple allemand, Aux jours de la détresse allemande, La prise de Strasbourg, etc. (2).

Afin d'augmenter le nombre et d'élever la qualité des volumes de cette bibliothèque, l'Union pangermanique a ouvert des concours d'ouvrages patriotiques pour les enfants ; comme stimulant, elle distribue à leurs auteurs des prix de deux mille, quinze cents et douze cents marks.

Ces petits moyens montrent la profondeur de vue du comité directeur de l'Union; les sentiments hostiles contre l'Autriche qu'il a su créer en Allemagne en établissent sa puissance.

On se souvient comment les ordonnances du comte Badeni (avril 1897) ont été le prétexte de l'intervention duDrHasse en Gisleithanie. Aussitôt, l'Union pangermanique convia les Autrichiens à venir protester contre les ordonnances sur le sol de l'empire allemand. La première de ces réunions eut lieu à Dresde le 9 mai 1897. L'Union, qui n'était pas

(1) « Eine Reihe national gesinnter Mànner und bewàhrter Jugendfreunde hat sich zusammengeschlossen, um auf de Vertiefung nationales Erziehung und Bildung unserer heranwachsenden Jugend einzuwirken...

« Was gross und edel, was gut und wahr, was deutsch im besten Sinne ist, soll die Herzen unserer Kinder erfassen, sie fur das Grosse in Vergangenheit und Zukunft begeistern, und das Pflichtgefiihl in ihnen wachriitteln, ihr ganzes Sein fur die Sache des Vaterlandes einzusetzen in Selbstzucht und tapferer Stàhlung an Geist und Korper. « Julius Lobmeyer's Vaterlàndische JugendbUcherei. Lehmann, Munich, Heustrasse 20.

(2) Quatre ou cinq éditeurs ont en Allemagne le monopole de la « littérature » pangermaniste. Le plus important est Lehmann, de Munich, qu; fait lui-même partie du comité directeur de Y Alldeutscher Verband.

Il a publié notamment le Démembrement de V Autriche et sa reconstitution, plaquette condamnée par six tribunaux différents de Cisleithanie et dont j'ai donné plus haut l'analyse.

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encore certaine des suites qu'aurait sa démarche, n'y était représentée qu'officieusement, mais MM. Zimmermann, Lotze et Fôrster, députés au Reichstag, assistaient au meeting. Le rédacteur autrichien Welker y déclara : « La question des langues en Bohême intéresse tous les peuples de langue allemande, car le peuple allemand n'est point borné par les poteaux-frontières noir, blanc et rouge (1). »

L'assemblée s'associa à ces paroles en votant à l'unanimité une déclaration « dénonçant les ordonnances sur les langues en Bohême comme une humiliation de tout le peuple allemand, invitant tous les Allemands à s'opposer aux convoitises slaves par tous les moyens... et engageant les compatriotes autrichiens à lutter sans aucune considération » .

Pour bien accentuer le caractère de la réunion on envoya, avant de se séparer, des télégrammes d'honneur au roi de Saxe, à l'empereur allemand et au prince de Bismarck.

Encouragée par ce premier succès, l'Union pangermanique profita de sa troisième assemblée générale pour organiser à Leipzig, le 10 juin 1897, une manifestation plus importante encore. Cette fois, les députés au Parlement autrichien MM. Wolf, de Vienne; Dr Funke, de Leitmerilz, et le Dr Schùcker, d'Eger, vinrent en personne, accompagnés de délégués qui prétendaient représenter toutes les régions de l'Autriche allemande. Le résultat fut un appel pressant adressé par l'Union pangermaniqueà tous les Allemands du continent : » Nous faisons nôtres, disait ce document, les victoires et les défaites des Allemands d'Autriche- Hongrie. Nous nous engageons solennellement à faire tous nos efforts pour obtenir que le combat soutenu courageusement par nos compatriotes en Autriche, pour leur bon droit, s'étende de plus en plus et voie s'accroître ses partisans et

(1) <• Das ist eine gemeinschaftliche Angelegenheit aller Volker deutscher Ziinge. Das deutsche Volk ist nicht begrenzt durch die schwarzweissrothen Pfàhle. »

ses moyens d'action; il faut que cette lutte devienne un sujet de préoccupation pour le peuple allemand tout entier (1). M

La police de l'empire, d'ordinaire si soupçonneuse, laissa faire ; mais le gouvernement de Vienne témoigna son mécontentement, en faisant saisir à la frontière le numéro des Alldeutsche Blàtter du 27 juin 1897, chargé de répandre en Autriche 1' » appel » . L'Union pangermanique répondit à cette mesure par une nouvelle démonstration à Leipzig, le jour anniversaire de Sedan. Son succès fut encore plus marqué que celui des précédentes. Les autorités allemandes continuaient à ne mettre aucun obstacle. L'Union pangermanique se vit le champ libre. Elle annonça une nouvelle réunion à Berlin pour le 12 novembre 1897. Les députés autrichiens MM. Prade, Funke et Wolf avaient promis leur concours, mais le gouvernement de l'empereur Guillaume, voyant qu'il allait être cette fois trop ouvertement compromis, interdit l'assemblée. Cette mesure fît une énorme publicité à l'Union pangermanique et lui amena de nouveaux adhérents. L'audace de ses chefs s'accrut, au point que le 15 décembre 1897, son président, le Dr Hasse, n'hésitait pas à demander au Reichstag de voter une motion en faveur des Allemands d'Autriche.

» Il s'agit, dit-il, du combat entre les peuples, de la lutte des Allemands contre les Tchèques et les Polonais. J'estime que notre droit et notre devoir — je fais ici solennellement usage de ce droit et j'espère parler en communion d'idées avec les majorités de tous les partis de celte

(1) « Die Siège und die Niderlagen des Deutschtums in Oesterreich- Ungarn sind auch die unsrigen und wir versprechen feierlich, nach Kràften dahin zu wirken, dass der von unseren Volksgenossen in Oesterreich fur ihr gutes, volkisches Recht mutvoll gefuhrte Kampf in immer weiteren Kreisen Verstandnis, Teilnahme und Unteitutzung nnde und so zu einer Angelegenheit des gesamten deutschen Volkes werde.

« Im Auftrage des Alldeutsehen Verbandstages. « Die Hauptleitung,

« Dr Hasse. »

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chambre — est de dire publiquement dans le Parlement et en dehors du Parlement que nos sympathies sont acquises aux Allemands d'Autriche. Jusqu'en 1866, ils ont appartenu à un État fédéré avec le nôtre. Ils n'ont pas cessé de rappeler notre parenté commune. Ils savent qu'ils sont nos compatriotes, et en luttant pour leur existence nationale ils combattent aussi pour l'avenir de notre peuple (1). »

Naturellement, le Reichstag se refusa, à une forte majorité, à la démonstration inconvenante qu'on lui demandait; mais le seul fait qu'une semblable question ait pu se poser devant une assemblée parlementaire étrangère à l'Autriche est déjà grave en lui-même. Cet échec n'affecta aucunement le comité de l'Union, qui accentua même sa propagande. Le 11 juillet 1898 son secrétaire, le Dr Lehr, venait sur le territoire autrichien, à Eger, prononcer un discours enflammé en l'honneur du prince de Bismarck; le 9 septembre 1898, la quatrième assemblée générale de l'Union avait lieu à Munich, sous la protection bienveillante des autorités bavaroises, et deux jours plus tard elle recevait par dépèche, en réponse aux félicitations du Dr Hasse, les encouragements du prince régent de Bavière (2).

1) « Es handelt sich um die Kampfe der Volker unter einander um die Kampfe des deutschen Volksthums gegen die Angriffe des czechischen und polnischen Volks. Und da, meine ich, ist es unser Recht und unsere Pflicht — und ich mâche vom diesem Rechte an dieser Stelle feierlich Gebrauch und hoffe im Einvcrstàndniss mit der Merheit aller Parteien dièses hohen Hauses zu sprechen, wenn ich sage, dass wir innerhalb und aueserhalb dièses Ilauses es bffentlich aussprechen miissen, dass in diesem Vblkerkampfe unsere, des deutschens Volkes, Sympathien denen gehoren, die bis zum Jahre 1866 mit uns zu einem Bundesstaat gehorten und die noch heute nicht aufgehdrt haben, unsere Blutsverwandten, unsere Volksgenossen zu sein, und die im Kampfe um das Fortbestehen ihres Volksthums auch fur die Zukunft unseres Volkes kàmpfen. » V. Bcrichtc ùber die Verhandlunr/cn des Reichslags. Séance du 15 décembre 1897, dixième législature, cinquième session, premier volume, p. 261.

(2) Texte allemand du télégramme du prince régent de Bavière : Oberstdorf, den 11 September 1898. Seine Kgl. Hohcit der Prinz Régent entbietet den Teilnehmern am Alldeutschen Verbandstagc in Munchen fur die Allerhochstdemselben dargebrachte telegraphische Iluldigung Ihren besten Dank

Ces manifestations affectées n'ont pas nui à une action plus discrète, mais bien autrement dangereuse. Depuis son entrée en ligne, l'Union a établi dans toutes les régions de l'Autriche des « hommes de confiance (1) » , chargés de la tenir au courant des moindres incidents de la vie politique du pays et d'organiser la propagande autour d'eux.

En voici une liste, d'ailleurs fort incomplète. On ne saurait s'en étonner. Ces « hommes de confiance » sont des agents secrets, ce qui est très nettement établi par les quelques lignes dont l'Union pangermanique fait précéder la liste de ses groupes locaux et de ses représentants.

« Pour des raisons faciles à concevoir, nous avons omis de publier les noms de nos hommes de confiance en Autriche-Hongrie. Nous leur transmettrons volontiers les communications intimes de ceux que nous jugerons y avoir intérêt (2). »

Quoi qu'il en soit, parmi ceux qu'on peut connaître, il faut citer :

Vienne M. Anton Schalk, docteur en droit,

Wienstrasse, 28.

Môdling, près Vienne. M. Paul Theune, ingénieur.

Budweis M. Jos. Taschek, négociant.

Oberleutensdorf M. Jos. Biester.

Prague M. Jos. Wagner, commerçant.

Reichenberg M. Franz Vogel, commerçant.

Treibnitz. M. le Dr Jos. Titta.

Villach M. Tschebull, notaire.

Laybach M. J. Binder, professeur.

und hoffen, dass dieselben nach ernster Arbeit recht frohe Stunden in der bayrischen Landeshauptstadt verleben werden. Im allerhbchsten Auftrage, gez. Oberst von Wiedemann, K. Flligeladjudant.

(1) L'Union pangermanique a également un homme de confiance à Paris : M. Fritz Weber, 15, rue des Petites-Écuries.

(2) « Aus naheliegenden Grunden haben wir uns es unterlassen, die Namen unserer Vertrauensmanner in Oesterrich-Ungarn zu veroffentlichen. Zuverlàssigen Interessenten werden wir gern vertrauliche Mittheilungcn machen. » V. Alldeutsches Werbe-und Mevk-Biichlein, p. 13. Lehmann, Munich, 1899

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Graz M. le Dr J. Khull, professeur.

M. le Dr R. v. Planner.

Marbourg M. Franz Schônherr, professeur?.

Ces correspondants dévoués renseignent exactement l'Union pergermanique et lui permettent d'agir efficacement dans un sens antiautrichien.

En même temps que la vaste organisation de Y Alldeutscher Verband fonctionne régulièrement en Autriche et se perfectionne sans cesse, l'Union s'ingénie à tenirdans l'empire allemand l'opinion constamment en éveil sur les affaires d'Autriche. Les réunions récentes de l'Union pangermanique ont montré avec beaucoup d'évidence que c'est bien là le but qu'on poursuit. Le 6 février 1900, dans la réunion organisée à Magdebourg, le Dr Samassa de Berlin déclara : « L'Allemand de l'empire a le devoir de suivre la lutte des Allemands d'Autriche contre les Slaves avec intérêt et intelligence.

a Si le Prince de Bismarck a toujours été partisan de l'intégrité de l'Autriche, c'est qu'il avait devant lui un État dans lequel la suprématie des Allemands était assurée, et pas du tout un État fédératif comme le veulent les Slaves, qui comporte l'abandon de toute politique bismarckiennc basée sur l'unité (1). » Un peu plus tard, les 6, 7 et 8 juin 1900, l'Union pangermanique a tenu à Mayence son assemblée générale annuelle. Le même Dr Samassa y affirma que le maintien du « Germanisme » en Autriche était une question de vie ou de mort pour le peuple allemand. Après lui, dans un discours fanatique, le député autrichien Wolf reprit les principaux articles du programme de Linz : « L'Autriche

(1) « Jedenfalls hat aber auch der Reichsdeutsche die Pflicht, diesen Kampfen mit Interesse und Verstàndniss zu folgen. Denn vvenn auch Bismarck stets fiir die Integritàt Oesterreichs eingetreten ist, so liât er doch entschieden dabei einen Staat im Auge gehabt, in dem die Vormacht der Deutschen sichergestellt war, keineswegs aber einen foderalistischen Staatenbund nach dem Sinne der Slaven, derin derunerbittlichen gegenseitigen Bekàmpfung die Bethatigung seiner ganzen Politik findet. »

nous est indifférente quand elle agit contre les intérêts des Allemands.

« Nous espérons que le système électoral actuel sera bientôt envoyé au diable. Alors, nous serons vingt-huit ou trente hommes résolus au lieu d'être six ou huit. Nous ne voyons notre salut que dans un État régi selon l'esprit de Bismarck (1). »

L'assemblée approuva avec éclat ces déclarations.

« L'Union pangermanique voit dans la conservation du « germanisme » autrichien une question vitale pour le peuple allemand. Elle souhaite que tous les Allemands d'Autriche réussissent par leur persévérance dans la lutte à acquérir la situation qui leur convient dans l'État. L'Union exprime, en outre, le désir que des liens plus étroits s'établissent entre V Autriche et l'empire allemand, ce qui pourrait être réalisé au moyen d'une revision de l'alliance austro-allemande et par l'établissement d'une Union douanière (2). »

A côté de l'Union pangermanique, un grand nombre d'autres groupements travaillent simultanément et d'accord avec elle. L'Odin Verein a un caractère à la fois politique et religieux. Il fut fondé à Munich en 1897. Son programme est le même que celui du Dr Hasse, mais son action se limite à l'Autriche et sa tendance est plus particulièrement protestante. Sapublicationhebdomadaire, YOdin, feuille de combat pour le mouvement pangermaniste (3), comme le dit son

(1) « Der Staat ist uns Wurscht, wenn er gegen die Interessen dei Deutschen handelt. Hoffentlich holt das jetzige Wahlrecht bald der Teufel, dannziehen, wir 28 bis 30 Mann statt 6 bis 8 ein. Nui- in einem Staate, der im Geiste Bismarck's regiert wird, sehen wir unsere Heil... »

(2) « Der Alldeutsche Verband sieht in derErhaltung des osterreiehischen Deutschtums eine Lebensfrage des deutschen Volkes und hofft, dass es den Deutschen Oesterreichs durch standhaftes Ausharren im Kampfe gelingen werde, die ihnen gebuhrende Stellung im Staate zu erlangen. Er wtinscht unter dieser Voraussetzung einen engeren Anschluss Oesterreichs an das Deutsche Reich durch die Aufnahme des deutschosterreichischen Biindnisses in die Verfassung und durch eine Zollunion. »

(3) Odin, Ein Kampfblatt filr die alldeutsche Bewegung. Knorr, Munich.

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sous-titre, ainsi que les brochures de propagande (Flugschriften) qui sortent de ses presses sont si violentes que le gouvernement autrichien a interdit à sa poste d'en opérer le transport. Cette mesure est restée complètement inefficace. h'Odin affirme disposer d'une organisation telle qu'il est en état de faire le service de ses publications, malgré toutes les interdictions officielles (1). h'Odm s'adonne, en outre et tout spécialement, à l'édition des cartes postales illustrées dont j'ai déjà signalé le rôle qui consiste surtout à faciliter la tâche des sociétés purement religieuses. Celles-ci ont commencé depuis fort longtemps leur travail.

Le Gustav-Adolf-Verein, fondé en 1832 par le marchand W. Schild, à l'occasion de l'érection d'un monument, en l'honneur de Gustave-Adolphe, sur le champ de bataille de Lutzen, est doté d'une organisation remarquable. Son action s'étend, en principe, sur tout le monde évangéliste; mais, par un hasard qui n'est certainement pas fortuit, elle se concentre sur le territoire de la future Pangermanie, et notamment sur l'Autriche. Le rapport du Verein pour 1895 établit que l'année précédente 5,900,000 marks ont été répartis entre 623 communes évangélistes de Cisleithanie, dont 150 en Galicie, 163 en Bohême et 91 en Moravie. L'action de ce Verein a été conduite avectantde méthode qu'on évalue ses adhérents en Autriche à 80,000, soit au sixième du total des protestants sujets de François-Joseph. Naturellement, le Gustav-Adolf-Verein a prêté un concours très actif au mouvement Los von Rom. Son rapport de 1900 constate en effet qu'il a envoyé l'an passé en Autriche 40 théologiens dont la mission est suffisamment mise en évidence par le cas du pasteur Everling.

L 'Evang 'élis cher Bund est une société de même nature.

(1) « In Oesterreich trotz Postdebit-Entzuges etark verbreitet ; Versendung an die osterreichischen Bezieher durch entsprechende Massregeln gesichert. » V. la couverture de la brochure intitulée Deutsch.es Farteileben in Oesterreicli. Deutschvolkischer Verlag « Odin » , Munich, 1900.

Son action s'est combinée de même avec celle de l'Union pangermanique. Un rapport publié par le Reichsbote le dit formellement (1). A sa dernière assemblée générale, le Bund a décidé de consacrer en 1901 une somme de 200,000 marks à la propagande en Autriche. Il convient ici de remarquer que la base du mouvement Los von Rom est exlusivement en Allemagne. C'est à Berlin, au commencement de 1899, que YEvangelischer Bund, présidé par le conseiller à la cour (Hofgerichtsrath) von Oettingen, a tenu de véritables conseils de guerre pour organiser la campagne protestante, dresser la liste des pasteurs à envoyer et l'itinéraire à suivre; c est de Municn que furent expédiés des milliers de cartes postales invitant les catholiques autrichiens à passer au protestantisme; c'est le consistoire de Dresde qui, en mai 1899, fut dans la nécessité de faire revenir les pasteurs saxons, pourvus d'emplois dans les autres États de l'Allemagne, pour remplir la charge des titulaires partis en nombre considérable « propagander » en Autriche; c'est le pasteur Muller, de Munchen-Gladbach, président du consistoire évangélique, qui invita les fidèles à soutenir de leurs deniers la campagne. Une circulaire évangéliste, publiée par la Grazer Volksblatt (Journal populaire de Graz), révèle d'ailleurs avec une suffisante clarté l'origine de l'argent employé à la propagande. « Il s'agit, dit ce document, de jeter un pont solide vers la protestante Allemagne (2). » Et, pour rassurer les néophytes qu'on convoite, la circulaire ajoute : « On ne vous demande pas d'argent... Il est pourvu aux moyens nécessaires (3). »

(1) « Abgesandte des Alldeutschen Verbandes und des Evangelischen Bundes bei der Abfassung der Besschlusse zur Organisation des Uebertrittes zum Prolestantismus mithalfen. » Rapport du Reichsbote, V. la Politik de Prague du 31 janvier 1899.

(2) «... feste Briicken miissen nach dem protestantischen Deutschland geschlagen werden. »

(3) « Geldopfer werden nicht beansprucht... Fur die erforderlichen Mittel ist gesorgt. » V. Politik, 17 mars 1899.

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Tout, absolument tout, vient de l'empire allemand; on y a même imprimé les « tracts » évangélistes qui ont été répandus à profusion en Autriche. Le fac-similé ci-joint reproduit la couverture de l'un d'eux, adressé spécialement aux habitants de la région d'Eger, dont on veut flatter ainsi le patriotisme local. Cette brochure est le modèle du genre.

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Sortie des presses de la société « Germania » de Brème, elle s'efforce de démontrer que la cause du » Germanisme » est étroitement liée à celle du protestantisme. La dernière phrase est un pur chef-d'œuvre. « Soyez libres et Allemands et par suite protestants. »

Des incidents fâcheux comme l'arrestation du pasteur Everling (voir page 119) n'arrêtent pas l'ardeur des sociétés évangélistes. Encore maintenant, leurs émissaires sillon-

nent l'Autriche. Certains même s'y sont fixés à demeure (1). L'impunité, qui leur est assurée, les encourage à montrer de plus en plus leurs sentiments prussophiles. Les Mùnchener Neueste Nachrichten ont constaté avec satisfaction que plusieurs pasteurs évangélistes de l'empire allemand assistaient à la conférence que MM. Wolf et Schonerer ont faite en juillet 1900 à Eger et où les comités pangermanistes de Hambourg, de Berlin, de Munich, d'Augsbourg, de Nuremberg, de Darmstadt, de Gassel, de Dresde, de Leipzig ont envoyé des dépêches de félicitations.

Après les sociétés religieuses, vient le groupe des sociétés économiques. Là comme ailleurs, on retrouve à l'origine l'action du Dr Hasse. En 1895, partant toujours des idées soutenues par F. List, il établit tout un plan de voies de communications, propres à faciliter le trafic général allemand. « Il s'agit de réunir une série d'entreprises particulières en un système allemand, » qui constituera plus tard les grandes artères économiques du Zollverein de l'Europe centrale qu'il s'agit de fonder (2). »

La même année, le Dr G. Zœpfl, dont les idées sont identiques à celles du Dr Hasse et qui très probablement est un de ses amis personnels, démontre que « la question des canaux est étroitement liée à la création d'une Union douanière de l'Europe centrale ou tout au moins à une Union douanière austro-allemande (3)» .

En conséquence, dans une conférence qu'il fit à Berlin le 26 avril 1895, le Dr G. Zœpfl demanda la jonction du Mein, de l'Elbe et de l'Oder au Danube au moyen de ca-

(1) Ex. : Le Révérend Friedrich K'iirzenbach est venu de "Westphalie s'installer à Braunau.

(2) Alldeutsche Blàtter, 1895, p. 165.

(3) «... bemerke hier nur, dass dasselbe im engsten Zusammenharj<;e mit den Bestrebungen fur ein milteleuropàische oder wenigstens deutschosterreichische Zollunion steht. » Dr Gottfried Zopfl, Mitlellàndische Verkehrsprojekte, p. 73. Siemenroth, Berlin, 1895.

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naux. Après leur achèvement, l'Allemagne disposera de plusieurs routes fluviales vers la mer Noire.

1° La voie mer du Nord — Baltique par le canal Empereur-Guillaume — Stettin — l'Oder et le canal de l'Oder au Danube.

2° La voie Hambourg — Elbe — le canal de l'Elbe au Danube — et le Danube.

3° La voie Brème — le canal du centre — Elbe — le canal de l'Elbe au Danube et le Danube.

4° Le Rhin, le Mein et le Danube (1).

Pour arriver à la réalisation de ces grands travaux, le Dr Zôpfl conseillait de constituer une fédération de sociétés sur le modèle de X'Allegemeiner Deutscher Handels-und Gewerbeverein, qui, de 1819 à 1823, a mené l'agitation d'où est sorti le Zollverein allemand (2).

L'idée du Dr Zopfl est aujourd'hui une réalité. La fédération des sociétés pour l'exécution des canaux existe; elle comprend trois groupements principaux : l'Union centrale pour l'extension de la navigation allemande sur fleuves et sur canaux, Berlin (3); l'Cnion pour l'extension de la navigation sur les canaux bavarois, Nuremberg (4) ; l'Union du Danube, Vienne (5).

Ces trois sociétés agissent de concert. Elles organisent des

(1) Op. cit., p. 7*

(2) Op. cit., p. 71.

(3) « Centralverein fur Hebung der deutschen Fluss-und Ranalschiffahrt, » Berlin. Cette société publie la Zeitschrift fur Bicnnenscliiffahrl, dirigée par le major Hilken.

(4) « Verein fur Hebung der Fluss-und Kanalschiffahrt in Bayern. »

(5) « Donauverein, » Vienne. Sur cette question des canaux, consulter ; Der Elbe-Moldau-Donan-Kanal als Tratisitstrasse des we^tôstlichen Handels mit besonderer Iiùcksicht auf die Jnteressen des reichsdeutschen Elbgebiete.a und den Hundel der Elbeseehafen Hamburg und Liibeck, par le Dr F. Siewert, secrétaire de la chambre de commerce de L'ubeck. Siemenroth, Berlin, 1899. — Die wirthschaftliclie Bedeutung des Rhein-Elbe-Kanals ; Mit Griiehmigung des Herm Mimsters der ôffentlichen Arbeiten als Privaterurbeit herausgegeben, par Sympher, Kegierungs-und Baurath, 11 cartes, 2 vol. Siemenroth, Berlin.

conférences, comme celle dont j'ai parlé plus haut (l), et déploient la plus grande activité pour préparer la réalisation de la partie économique du programme pangermaniste. Leur action serait-elle d'ailleurs purement commerciale, qu'elle n'en mériterait pas moins de fixer la plus grande attention, car l'exécution des canaux de l'Elbe et de l'Oder au Danube, en modifiant les conditions générales du transit continental, est destinée à entraîner d'incalculables conséquences.

Gomme tous les grands pays, l'empire allemand possède des associations dont le but est de répandre à l'étranger la langue allemande. Il n'y aurait donc rien à en dire si, depuis quelques mois, on ne voyait ces groupements accentuer leur note et faire servir leur organisation à la diffusion des idées pangermanistes. UAllgemeiner Deutscher Sprachverein (Union linguistique générale allemande) (2) est certainement de ce nombre. L'éloge qu'en faisaient les Alldeutsche Blàtter dès la fin de 1894 ne laisse pas le moindre doute (3). C'est encore le cas de Y Allgemeiner deutscher Schulverein (Union générale scolaire allemande) (4), dont les secours en argent pour les écoles allemandes de l'étranger, les jardins pour les enfants, etc., sont toujours régulièrement concentrés sur l'Autriche allemande et particulièrement sur la Bohême, le plus important champ de bataille.

N'est-ce pas cette même société qui, quelques mois plus tard, gagnée par le courant général, lançait cet appel?

« Allemands, soyez sur vos gardes. Les événements bien connus de l'Autriche montrent combien le « Germanisme » y est menacé. A nous, qui voulons jouir des bienfaits d'un empire allemand puissant, une tâche sainte incombe. Nous

(1) Voir p. 179.

(2) Berlin W., Motzstrasse, 78.

(3) « Der Allgemeine Deutsche Sprachverein... ist doch eine echt alldeutsche Vereinigung. » Alldeutsche Blàtter, 1894, p. 152.

(4) Fondé le 18 août 1881. Berlin \V., Wichmannstr., 2 a. Le président de cette société est le professeur Brandi.

devons recevoir nos frères d'origine, menacés en Autriche, les protéger de toutes nos forces dans ce combat pour le bien suprême, les mettre en état de résister aune lutte qui, d'année en année, devient plus menaçante et plus dangereuse. Il faut leur donner les moyens de lutter contre l'insolence des Tchèques, de tous ces Slaves d'une civilisation inférieure. Quand la maison du voisin brûle, la vôtre est menacée. Donc debout, Allemands, hommes et femmes, montrez votre fidélité, votre « Germanisme a , et coopérez au grand œuvre national! »

Cette coopération prend la forme de subsides que le Verein répand fort intelligemment en Autriche-Hongrie. Le rapport lu à Darmstadt, le jour de l'assemblée générale de 1900, constate que cette participation financière a été de 120,000 marks pour l'exercice précédent.

A côté de ces sociétés, on en trouve beaucoup d'autres qui très évidemment sont dévouées aux idées pangermanistes, au moins à un degré quelconque, puisque Y Alldeutscher Verband les recommande chaleureusement. Parmi celles-ci il faut noter :

La Société coloniale allemande (1), grand-duc Albrecht de Mecklembourg, président;

L'Union centrale de Géographie commerciale et de défense des intérêts allemands à l'étranger (2) ;

L'Union navale allemande, prince de Wied, président (3);

L'Union centrale des sociétés navales allemandes à l'étranger (4) ;

L'Union allemande du Schleswig du Nord (5) ;

La banque de crédit de Scherrebek (6);

(1) Deutsche Kolonialgesellschaft. Berlin W., Potsdamerstr., 22 a.

(2) Centralverein fur Handelsgeographie und Fbrderung deutscher Interessenim Auslande. Berlin S W., Hallesches Ufer, 35. Dr Jannasch, président

(3) Deutscher Flottenverein. Berlin W., Wilhelmstr, 90.

(4) Haupverband deutscher Flottenvereine im Auslande. Berlin W., Bulowstr., 74.

(5) Deutscher Verein fur das ndrdliche Schleswig.

(6) Greditbank Scherrebek

L'Union évangélique pour la protection des orphelins de la province de Posen (1) ;

La Société évangélique de l'orphelinat de Kobissau près Danzig (2);

L'Union évangélique des émigrants allemands (3);

La Société Saint-Raphaël pour la protection des émigrants allemands catholiques (4).

Cette nomenclature est encore très incomplète.

Les manifestations diverses faites par cet ensemble de sociétés n'ont été possibles que parce que la plus grande partie de la presse de l'empire allemand les a encouragées par un accueil enthousiaste.

Il existe maintenant de l'autre côté du Rhin un nombre considérable de journaux qui s'ingénient à renforcer le courant pangermaniste et préconisent ouvertement l'absorption de l'Autriche sous une forme quelconque. Parmi les organes particulièrement dévoués à cette politique, on trouve : le Deutsche Michel (5), feuille de propagande récemmentfondée, d'un bon marché extraordinaire et tout à fait nuance Dr Basse; la Hilfe (l'Aide) (6), revue hebdomadaire, dont le directeur, M. Fr. Naumann, leader des sociaux-nationaux, aime les formes adoucies, prudentes et surtout opportunistes ; la J ii g end de Munich, qui va volontiers jusqu'à une poétique violence. Son chant des Allemands d'Autriche, Lied der Deutschen Oesterreichs (7), est tout à fait digne des Alldeutsche Blâtter. La Gegenwart (le Présent), vieille revue, jouissant d'une grande autorité, est si favorable à la Wcltpolitik qu'on y trouve des articles de ce genre : « Jus-

(1) Evangelischer Verein fur Waisenpflege in der Provinz Posen.

(2) Deutsch-Evangel. Waisenhaus in Kobissau b. Danz'g.

(3) Ev;«ngHischer biaupteverein fur deutsche Auswandei r.

(4) St-Raphael-Verein zum Schutze katholisch-deutscher Auswanderer.

(5) Berlin W 57, Gbbenstrasse, 6.

(6) Lire en entier ia brochure de SI. Naumann Deutschland und Oeslerreich, dont j'ai donné plu.« haut quelques extraits.

(7) V. le n° 47 de l'année 1897

AU SEUIL DU XXe SIECLE 213

qu'à présent, l'Allemagne n'a même pas accompli sa mission la plus immédiate, qui consiste à réunir sous l'aile de l'aigle impériale tous les peuples de race et de langue allemandes. Les temps présents sont extraordinairement | favorables à l'obtention de ce but.

a Les Allemands d'Autriche désirent précisément être rattachés à l'empire allemand. Il faut trouver un moyen quelconque de donner une solution satisfaisante à cette grave question qui, non seulement pour les Allemands d'Autriche, mais encore pour l'empire allemand, est une question de vie ou de mort. » (La tâche européenne de l'Allemagne) (1).

Voilà pour quelques-unes des revues pangermanistes. Parmi les organes de la presse quotidienne qui développent les mêmes points de vue, on trouve à Berlin : le Berliner Bôrsen-Kurier } le Berliner Tageblatt, la Deutsche Zeitschrift, la Tœgliche Bundschau, la Vossische Zeitung, la Deutsche Zeitung (2). Ce dernier journal est entièrement adonné à l'œuvre pangermaniste. Il est dirigé depuis cinq ans par le Dr Fr. Lange, membre du comité directeur de YAlldeutscher Verband.

Dans la presse provinciale, le Dr Hasse compte également un nombre considérable de partisans et de défenseurs. Les Miinchener Neueste Nachrichten sont dévouées et les Leipziger Neueste Nachrichten sont ardentes. A la fin d'août 1897, elles déclaraient déjà sur un ton de morgue hautaine : « La Gisleithanie subsistera seulement si la langue allemande

(1) « Deutschland hat bis jetzt nicht einmal seine nâchste nationale Auf- <;abe, aile Vblker deutscher Abstammung und Sprache unter die Fiitiche des Reichsalder zu versammeln, erfullt. Gerade die Gegenvvart ist aber ausserordentlich g'ùnstig fur die Erreichung dises Ziele». Die Deutschen in Oesterreich sehen sich geradezu nach Anschluss an das Deutsche Reich, und es sollte moglich sein, irgendwie eine befriedliche Ldsung dieser schwierigen Frage, die nicht nur fur Deutschoesterreicher, sondern ebenso sehr fur das Deutsche Reich eine Lebensfrageist, zu finden. Die Europaische Angabe Deutschlands, von Wm. Weber. » Gegenwart, n°20, 20 mai 1899, p. 306.

(2) Berlin, Wilhelmstrasse, 9.

est reconnue comme langue d'État et si l'Autriche entre dans une union douanière et commerciale (Zollverein und Verhehrverein) avec l'empire allemand. »

Les résultats déjà si considérables obtenus par la campagne prussophile en Gisleithanie leur paraissent encore insuffisants ; les Nachrichten voudraient renforcer le courant d'immigration artificielle. « Il existe un moyen par lequel nous pouvons accroître la force de résistance vraiment héroïque des Allemands. Nous pouvons leur infuser du sang nouveau. Chaque année vingt ou trente mille fils de l'Allemagne quittent leur pays. La plupart vont chercher leur vie au delà du grand océan, où un grand nombre périclite bientôt et disparaît dans les grandes villes des États-Unis, cloaques de tous les mondes. Ne serait-il pas possible de diriger sur l'Autriche ces émigrants perdus jusqu'ici pour le peuple allemand? L'Autriche pourrait parfaitement les recevoir. Elle n'a que 79 habitants par kilomètre carré, alors que l'Allemagne en a 97. Ces colons allemands, poui 'i plupart paysans, seraient bien reçus de leurs frères allemands dans les régions menacées par les Slaves. Les nouveaux venus travailleraient ainsi à l'œuvre de la civilisation. Le milieu allemand leur fournirait aide et protection. Ils conserveraient alors leur nationalité plus facilement que les autres Allemands qui vont à l'étranger. On obtiendrait finalement un double résultat : le nombre des Allemands s'accroîtrait et la cause du « Germanisme » trouverait de nouveaux défenseurs. »

Je n'ai pas reculé devant la longueur de cette citation parce qu'elle donne une idée de la tranquille impudence des journaux de l'empire allemand à l'égard de l'Autriche ; pour eux c'est un pays conquis qu'il faut traiter ad majorem Germaniœ gloriam.

Aucun journaliste allemand delà majorité ne se demande si la cause des Slaves cisleithans est juste ou non. A toutes les tentatives de raisonnement, ils opposent l'argument

AU SEUIL DU XXe SIECLE 215

inébranlable, croient-ils, de la supériorité de la race. Leur thèse est simple autant que brutale : les Allemands dominent en Autriche depuis des siècles ; ils ont apporté aux Slaves la civilisation; ce serait en compromettre les bons effets que de permettre à ceux-ci de toucher à Tordre de choses établi. Jusqu'ici, les Habsbourg ont été les serviteurs du « germanisme » . C'est à eux qu'il appartient de maintenir les Slaves turbulents dans leur situation passée. Si les Habsbourg échouent dans cette mission, ils se condamnent à disparaître, car alors ils travaillent eux-mêmes à la décomposition de l'Autriche et ils la conduisent à un démembrement qui, de toute nécessité, rattachera les provinces allemandes de la Cisleithanie à l'empire allemand.

Cette thèse, unanimement soutenue par la presse de l'Allemagne, même par les organes qui ne se piquent pas de Pangermanisme, est celle que les agences télégraphiques de Berlin diffusent à l'étranger. Le mécanisme de l'opération, qui peut paraître très compliqué, est en réalité fort simple .

« Les agences télégraphiques sont plus ou moins les instruments officieux des gouvernements, qui ne se font pas faute de leur faire dire ce qu'ils veulent. En outre, une critique serrée des dépèches a lieu avant que celles-ci soient transmises aux intéressés, et il s'opère ainsi dans l'ombre un travail qui n'a rien de particulièrement édifiant. Telle nouvelle qui présenterait un grand intérêt pour le public est soigneusement éliminée. D'autres sont soumises à un maquillage étrange. En résumé, les journaux ne sont pas mis au courant de ce qui se passe, mais bien de ce qu'il convient aux gouvernements de leur laisser savoir (1). »

Or, à Berlin, c'est surtout le bureau Wolff qui est dans la main du gouvernement. Il lui est d'autant plus facile d'impressionner, comme il l'entend, les lecteurs du monde entier, que presque toutes les agences télégra-

(1) L'Art de rédiger, d'administrer et d'imprimer un journal, p. 59. Soullier, Genève, 1900.

phiques, afin de réduire leurs frais, qui sont considérables, échangent entre elles les nouvelles de leurs pays respectifs.

C'est ainsi que les informations sur l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie données aux journaux français par les agences de Paris sont généralement frelatées, alors que cependant la bonne foi et la loyauté de ces agences restent entières. Il y a là très certainement le résultat d'une lacune grave dans l'organisation générale de la presse. Je n'ai pas à chercher ici les moyens de la combler. Il me suffit de la constater et d'en tenir compte.

Ce qui précède établit que, dans tout l'empire allemand, un nombre considérable de sociétés et de journaux prépare les esprits à admettre la réalisation du projet de la Grande- Allemagne. Leur action a été singulièrement facilitée par les encouragements que leur ont prodigués avec ostentation des personnalités d'une notoriété plus ou moins grande. Gomme il est impossible de citer tous les Pangermanistes de marque, je rappellerai seulement quelques noms pris parmi les classes influentes de la société.

Tout comme le Reichsrath de Vienne, le Reichstag de Berlin a son groupe de députés pangermanistes. « Le professeur Hasse, le Dr Lehr, M. Liebermann, le comte d'Arnim, s'attachent à sauver les Autrichiens, » dit l'un des publicistes de Y Odm Verein (1).

Sauver les Autrichiens, on se doute bien que cet euphémisme veut dire : préparer l'extension de l'empire aux dépens de l'Autriche. C'est ce qu'explique fort clairement, dans une de ses poésies, M. Liebermann, déjà cité :

Dieu allemand, laisse arriver Ce que ton peuple implore.

Sois présent dans l'avenir A la lutte des peuples.

(1) Die Deutsche Politik der Zukunft, p. 10. Deutschvblkischer Verlag « Odin » , Munich, 1900.

Reste fidèlement uni à la Pangermanie,

Là où flottera notre bannière,

Depuis le Belt jusqu'à l'Adriatique (1).

Ces invocations et ces agissements compromettants n'empêchent pas des personnages haut placés d'assumer avec le Dr Hasse la responsabilité d" développement de Alldeutscher Verband. Ainsi, l'an dernier, le comte de Stolberg- Vernigerode, ancien premier président de la Prusse orientale et membre du Reichstag, est devenu l'un de ses directeurs. Ce sont là, on l'avouera, des adhésions propres à entraîner celles de simples bourgeois et de commerçants. Des pasteurs fort connus n'ont pas hésité à donner l'appui le plus absolu et le plus ostensible à la campagne. Le pasteur Luthardt, doyen des théologiens de Leipzig, a conseillé d'inonder l'Autriche de brochures protestantes et pangermanistes. Le pasteur Witte, de Berlin, ajouta que si la censure interdisait l'introduction de ces tracts, on saurait bien trouver le moyen de leur faire passer la frontière en contrebande. Le 28 octobre 1900, le conseiller du consistoire supérieur de Dresde, Dr Tibelius, vint à Krammel, près d'Aussig, inaugurer la première église évangéliste fondée grâce au mouvement prusso-protestant.

Le cardinal Kopp, dont les relations personnelles avec l'empereur Guillaume sont bien connues, s'est attaché à montrer que les catholiques pangermanistes ne le cèdent en rien aux protestants. Abusant des pouvoirs spirituels que les traités de 1815 ont laissés au prince-évéque de Breslau sur la Silésie autrichienne, il a fondé (avril 1899) un nouveau séminaire dans le but avoué de former un clergé prussophile pour remplacer celui des séminaires

(1) Deutscher Gott, o lass gelingen,

Was dein Volk von dir erfleht :

In der Zukunft Vblker-Ringea Steh, wo unser Banner weht, Treu geeint Alldeutschland da Von dem Belt zur Adria.

actuels, dévoué à l'Autriche. Trois mois plus tard, il intervint plus audacieusement encore en essayant, d'ailleurs sans succès cette fois, de faire nommer au siège archiépiscopal de Prague le baron de Grimmenstein, d'origine prussienne.

Mommsen, un autre ami personnel de Guillaume II et qui, en écrivant l'histoire romaine, a trouvé l'occasion de faire une apologie de la race germanique, a adressé à la Neue Freie Presse (31 octobre 1897) une lettre contre les Slaves d'Autriche, qui a eu un immense retentissement. On y lisait : « Groyez-m'en, de même que les Allemands d'Autriche regardent vers l'Allemagne, de même les Allemands de l'empire regardent vers l'Autriche (1). » «Un homme de la situation de M. Th. Mommsen qui s'immiscerait aussi audacieusement dans la politique d'un gouvernement allié, et qui le ferait en termes d'une pareille grossièreté, serait chez nous, disait M. Alphonse Humbert, député de Paris, immédiatement hué par la presse tout entière. La lettre de M. Th. Mommsen est accueillie par toute la presse allemande avec un véritable enthousiasme. Les plus grands journaux de Berlin lui consacrent des leaders sympathiques et beaucoup ne craignent pas d'agrémenter les éloges qu'ils en font d'injures et de menaces contre la monarchie autrichienne. »

Depuis ce succès, Mommsen n'a faitqu'accentuer sa note menaçante. En 1900, la municipalité pangermaniste d'Eger envoya à l'historien un exemplaire du catalogue des ar-

(1) Cette lettre, où Mommsen préconisait l'emploi de la violence à l'égard des Tchèques, lui a valu une juste réplique du professeur Balcer, de l'Université polonaise de Leopol. Elle contenait ce passage : « Allons, monsieur, en qualifiant les Slaves d'apôtres de la barbarie prêts à anéantir dans l'abîme de la sauvagerie la culture allemande, vous avez parlé comme un Allemand imbu des idées chauvinistes du Pangermanisme ! Vous avez poussé un cri d'horreur et de douleur à la vue de la suprématie qui s'échappait des mains allemandes en Autriche; mais vous n'avez pas parlé en tout cas en historien, à la façon d'un Schiller ou d'un Rancke ! Des paroles comme les vôtres eussent été au-dessous de la dignité de ces hommes de science éminents. »>

AU SEUIL DU XXe SIÈCLE 219

chives de la ville. Mommsen remercia dans une lettre où il dit : « Puisse votre pays se sauver, grâce à ses fidèles qualite's allemandes, à la faveur des troubles actuels (1). »

Les officiers, qui reflètent le mieux l'esprit du monde militaire, parlent avec une netteté plus grande encore. Le colonel de Bernhardi, ancien chef d'état-major du 16e corps, actuellement attaché au grand état-major, honoré des faveurs particulières de Guillaume II, a donné, dans une conférence sur les éléments de la guerre moderne, à la société militaire de Berlin, «la véritable formule des ambitions allemandes (2) » : « Nous reconnaîtrons que l'empire allemand nouvellement formé n'a pas encore atteint la limite de l'extension possible de sa puissance. Son unification, sa renaissance, lui ont imposé de nouveaux et impérieux devoirs que, jusqu'ici, la Prusse avait dû remplir à elle seule. Nous reconnaîtrons que sa mission historique n'est pas encore terminée, puisque cette mission consiste à former le noyau autour duquel viendront se grouper tous les éléments dispersés de la race allemande, à étendre sa sphère d'influence pour la mettre en harmonie avec ses limites politiques, à donner et à assurer au « Germanisme jj la place qui doit lui revenir sur tout le globe...

a Pour lui assurer cette place, nous devons avoir le courage de nous engager dans des voies nouvelles, où le flambeau de l'expérience ne viendra pas nous éclairer, où, en apparence tout au moins, il nous faudra la plus grande audace. H

Le général von der Goltz, ancien chef de la maison militaire allemande en Turquie, aujourd'hui grand favori de l'empereur Guillaume, soutient identiquement la même

(1) « Moge Ihr Heimatland in seiner treuen deutschen Eigenart sicli durch die gegenwàrtigen St'urme durchretten ? » Ihr ergebenster Mommsen. Chalottenburg, 7 August, 1900.

(2) Ernest Judkt. V. le Petit Journal des 23 et 24 août 1900. On y trouvera de longs extraits de cette remarquable conférence.

thèse : « Travailler sans relâche à perfectionner de plus en plus notre armée et notre organisation militaire nationales, sera encore pour nous la suprême sagesse politique. L'accroissement de notre force morale, de cette puissance qui décide de tout à la guerre, doit marcher de front avec nos progrès matériels ; nous disons accroissement et non maintien, car « les forces morales ne restent jamais à un même niveau ; elles décroissent dès qu'elles cessent de croître » .

« Il est donc nécessaire, avant tout, de nous convaincre nous-mêmes et de convaincre la génération dont nous avons à faire l'éducation que le moment du repos n'est pas venu, que la prédiction d'une lutte suprême, ayant pour enjeu l'existence et la grandeur de V Allemagne, n'est nullement une vaine chimère issue de l'ambition de quelques fous ambitieux, que cette lutte suprême éclatera un jour, inévitable, terrible et grave comme toute lutte de nations, appelée à servir de prélude à de grandes révolutions politiques. Ce sentiment doit nous amener à tout faire, par l'exemple, par la parole, par la plume, pour affermir dans nos cœurs et dans ceux de nos enfants notre inébranlable fidélité à l'Empereur, notre amour passionné de la patrie, notre esprit de sacrifice et d'abnégation. Dans ces conditions, la victoire finale, dans la lutte future, ne manquera pas d'appartenir encore à l'armée allemande, qui doit être et demeurer la nation allemande armée (1). a

Les paroles ou les actes des députés de YAlldeutscher Verband au Reichstag, de Mgr Kopp, de Mommsen, du colonel de Bernhardi, du général von der Goltz, ne procèdentils pas d'une même volonté : préparer l'extension, sous une forme quelconque, des frontières de l'empire en Europe même? Il semble bien que la réponse ne puisse être négative.

Cette revue des principaux moyens de l'action panger-

(1) Baron Colmar von der Goltz, la Nation ai-mée, p. 530. Traduit par H. Monet, capitaine d'infanterie. Westhausser, Paris, 1891.

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maniste, quoique fort incomplète, permet de considérer maintenant dans son ensemble l'instrument de la propagande en Allemagne. Alors seulement on en comprend toute l'importance.

La solidarité, l'action concertée et concordante de presque tous les groupements pangermanistes, est certaine. Les délégations que la plupart d'entre eux ont envoyées à Mayence en juin 1900, à l'assemblée générale de VA lldeutscher Verband, l'établissent matériellement. On y trouvait en effet les représentants d'un grand nombre de sociétés allemandes, notamment de l'Union des étudiants allemands, de la Société nationale des employés de commerce, de l'Union générale linguistique allemande, de l'Union scolaire, de l'Union évangélique, de l'Union des Sociétés navales, de l'Union de la Wartburg, de VOslmarkverein, de l'Odin, de l'Union du Nord du Schleswig, etc. (1). Il est donc indéniable que le Dr Hasse et ses amis sont arrivés à réaliser cette force d'organisation (Macht der Organisation) qu'ils rêvaient de créer il y a si peu d'années encore.

Quand on songe à l'action qu'a eue jadis le Tugendbund et aux procédés relativement rudimentaires avec lesquels M. de Bismarck est parvenu, entre 1866 et 1870, à convaincre les Allemands de la nécessité de reprendre l'Alsace- Lorraine, alors seulement on comprend qu'un ensemble de sociétés politiques, religieuses, économiques, ayant leurs publications, leurs journaux, leurs revues servant des idées communes et obéissant à une impulsion unique, peut exercer une puissance formidable sur le peuple allemand, qui, plus que tout autre, est un peuple enseigné.

§ 2. — Les résultats que cette organisation remarquable

(1) «... der Verein deutscher Studenten, der deutsch-nationale Handlungsgefiulfen Verband, Allgemeiner deutscher Sprachverein, Schulverein, Evantfelischer Bund, Flottenverein, Wartburgbund, Ostmarkverein, Odin und deutscher Verein Nord-Schleswig. »

a obtenus dans l'empire allemand constituent à la fois une preuve nouvelle de sa force et un avertissement précieux pour ceux qui songent à l'avenir.

Dès sa création, l'Union pangermanique a trouvé des adhérents particulièrement dévoués * dans les élèves des écoles supérieures. Au début de 1897, une délégation d'étudiants de l'empire alla à Vienne encourager les camarades autrichiens et leur dire : « Nous n'oublierons jamais la Marche de l'Est, pas plus que nous n'avons oublié Strasbourg. L'avenir le montrera (1). » En raison de cet état d'esprit, les ordonnances du comte Badeni soulevèrent des protestations particulièrement violentes chez les étudiants de l'empire.

La corporation de Leipzig convoqua tous les condisciples, tous les frères allemands de l'empire et du dehors de l'empire (Kommilitonen , Deutsche Slamrnesbruder in und ausser dem Reiche) à une réunion pangermaniste [Alldeutsche Tagung), à un grand banquet pangermaniste (Grosser Alldeutscher Kommers) dont on devine l'objet (2). Au lieu de chercher à arrêter le mouveunent, les professeurs firent tout ce qu'il fallait pour l'accentuer. Lorsque la presse de l'empire attaqua les Slaves d'Autriche et sollicita les manifestations en faveur des Allemands de Gisleithanie, les professeurs (3) ordinaires des Universités d'Allemagne, sur l'initiative de l'Université de Heidelberg, firent une manifestation qui mérite d'être particulièrement retenue. 816 sur 1,100 (soit les trois quarts) envoyèrent, dans l'été de 1897, une adresse aux professeurs de l'Université allemande de Prague pour les engagera lutter vigoureusement contre les Tchèques. On sait combien est considérable en Allema-

(1) « "Wir werden die Ostmark nie vergessen, so wenig wie wir Strassburg vergessen haben ; die Zukunft wird's lehren. » Vienne, janvier 1897.

(2) Cet appel, fait au nom de Y Aussehuss studentischer Korporationen Leipzigs, était signé de Karl Millier, étudiant en droit. Schletterstrasse, 14, I.

(3) On compte plus de trente professeurs dans le comité de l'Union pangermanique»

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gne l'influence des professeurs d'université. On conçoit donc que leur manifestation ait achevé de passionner leurs élèves pour les idées pangermanistes. Il en est de même dans un grand nombre de collèges, où ont été fondés des Jugendbunde, pareils à ceux que le député Wolf a établis en Autriche.

Cet embrigadement méthodique de lajeunesse est un fait capital dont l'importance est très grande pour l'avenir. L'Union pangermanique utilise merveilleusement ces forces jeunes et ardentes." Laissons pendant deux semestres, conseille-t-elle aux parents, nos étudiants de l'empire s'imprégner à l'Université allemande de Graz de l'idéalisme renouvelé d'une population allemande, luttant pour sa liberté nationale (1). » Cette invitation a été entendue. Graz abrite maintenant un grand nombre de jeunes sujets de l'empereur Guillaume, mais c'est surtout à Prague (2) que les étudiants de l'empire se réunissent et se montrent d'une combattivité particulière.

La capitale tchèque possède deux Universités : l'Université tchèque, autorisée par François-Joseph en 1882, est en progrès constants ; l'Université allemande, au contraire, se soutient si difficilement qu'il aurait été question de la supprimer si la campagne pangermaniste n'avait amené les inscriptions en chiffre suffisant des étudiants de l'empire.

Dans une lettre aux Akademische Blâtter de Berlin, l'un d'eux expose, sans réserves, la raison de cet exode : «Nous allons à Prague, dit-il, parce que si, sur les bancs de son Université, on nous donne des cartes où les frontières politiques et nationales sont mal dessinées, la tache qu'y font

(1) « Lassen wir unsere reichsdeutschen Studenten ein paar Semester sich auf der deutschen Universitàt Graz erfullen von dem frîschen Idealismus einer uni ihr Volkstum kàmpfenden deutschen Burgerschaft. » Alldeutsche Blàtter, 1898, p. 165.

(2) La population de Prague, y compris les faubourgs, se compose de 264,000 Tchèques et de 40,000 Allemands, dont 21,000 Israélites. Recensement de 1890.

les Tchèques sur la place de Bohême nous produit le même effet que jadis au jeune Bismarck les couleurs françaises flottant sur Strasbourg... En proclamant la nécessité pow la Prusse de maintenir libre la route de Kœnigsberg à Breslau, Bismarck a vu juste. Aujourd'hui, la nation allemande a peut-être un intérêt plus décisif encore à maintenir libre la route de Breslau à Vienne. Prague est le centre économique du pays et commande la Bohême. Aucune autre ville de la région allemande ne peut le remplacer. Aussi, laisser tomber son Université serait mettre le dernier clou au cercueil du «Germanisme » (1). »

Les Allemands de Prague, estimant très haut la valeur du renfort que leur apportent ces étudiants, les favorisent de tout leur pouvoir. Une série de circonstances a livré aux Allemands l'administration de la Caisse d'épargne du royaume de Bohême. Ils en abusent souvent pour soutenir leur politique, et l'on assure qu'au début de 1899 ils auraient prélevé trois cent mille florins sur les fonds de cette institution, pour installer leurs amis étudiants dans le « Grand Hôtel » , situé près du parc de la ville. Une fois en possession de ce quartier général, les étudiants allemands se sont cru tout permis; ils ont manifesté leurs sentiments prussophiles avec tant de violence que, comme je l'ai dit plus haut, le statthalter de Prague a été contraint de dissoudre leur association la Teutonia. Cette mesure, il est vrai, est restée inefficace, si bien qu'en novembre dernier, dans ce même «Grand Hôtel", une nouvelle assemblée d'étudiants de l'empire et d'Autriche a eu lieu. Le délégué, sujet de l'empereur Guillaume, M. Baumann, de Leipzig, assura « que le but final des Allemands de l'empire était le même que celui des Allemands d'Autriche (2) n .

Les faits de même nature sont très nombreux. Si l'on

(1) Poliuk, ntt 43, 1899

(2) « ... das6 dis Endziele der reichsdeutschen Studentenschaft dieselben seien, wie die der osterreichischen. »

AU SEUIL DU XXe SIÈCLE 22â

veut donc voir les choses comme elles sont, il faut considérer la grande majorité des étudiants de l'empire allemand comme des partisans très zélés de la Pangermanie. D'ailleurs, sous l'influence des brochures, des manifestations faites par des personnalités connues ou des collectivités influentes, sous l'action de considérations économiques, politiques, sentimentales ou militaires, toutes les classes de la société allemande se laissent gagner en grande partie par les théories remises en honneur et modernisées par le Dr Hasse.

Sans doute, tous les Allemands ne sont pas encore entrés dans cette voie périlleuse. Après les premières attaques de l'Union pangermanique contre l'Autriche, un grand nombre de journaux de l'empire ont protesté fort honnêtement contre cette immixtion (Einmischung) dans les affaires d'un État étranger. La Kôlnische Volkszeitung a été l'un des plus constants dans la réprobation. « Tout homme intelligent comprend, disait-elle en janvier 1900 que depuis 1866, les choses se sont modifiées en Autriche, de telle façon que l'ancienne prépondérance du « germanisme » dans l'empire des Habsbourg, formé de nationalités enchevêtrées, ne peut se maintenir sans violenter les autres nationalités et notamment les Slaves. Assurément, chaque peuple a le droit et le devoir de défendre énergiquement sa nationalité, mais il doit reconnaître le même droit aux autres et le leur laisser exercer. Gela est particulièrement nécessaire en Autriche, où des nationalités si diverses se trouvent réunies dans un même État. Elles doivent se respecter et se supporter réciproquement. L'exercice illimité des intérêts d'une de ces nationalités est incompatible avec la conception même de l'État autrichien. Les Allemands doivent se dire : « Personne n'a le droit d'opprimer notre nationalité, mais nous n'avons pas nous-mêmes le droit de comprimer le « slavisme » artificiellement et violemment. » Il faut donc chercher le compromis nécessaire sur la base de la justice.

A côté des journaux, il est aussi des personnalités qui, avec beaucoup de résolution, ont tenté d'arrêter un courant qu'ils jugeaient dangereux pour leur pays. A la fin d'août 1897, le parti allemand du Droit {Deutsche Rechtspartei) a tenu , à Francfort-sur-le-Mein , son quatrième congrès. C'était le moment où la presse de l'empire n'avait pas assez d'injures pour les Slaves d'Autriche. Le baron von Schele de Hanovre crut devoir s'élever contre des attaques qu'il trouvait injustifiées : « Les Allemands libéraux de Bohême, que je connais par moi-même et non par ouï-dire, considèrent les Tchèques comme une nation méprisable. Ils ne craignent pas de les outrager publiquement de la plus grossière façon, en employant des expressions que je ne saurais reproduire ici (1). » Pour sanctionner ces paroles, le comte Bernstorff de Mecklembourg, président du congrès, proposa la motion suivante : « Le parti du Droit salue comme un progrès considérable la connaissance plus complète de la dangereuse situation des Allemands en Autriche, mais il regrette que l'attitude d'une fraction de ces Allemands augmente encore les dangers de la situation.

« Le parti allemand du Droit proteste particulièrement contre les efforts faits non seulement en Autriche, mais aussi en Allemagne spécialement par Y Alldeutscher Verband — l' Union pangermanigue, — dans le but facile à discerner de terminer l'œuvre injuste de 1866 par l annexion à V empire des terres allemandes de l'Autriche (2). »

(1) « Die liberalen Deutscbbbhmen, dass weiss ich nicht etwa aus Schriften, sondern aus eigener Kenntniss, betrachten die Cecben als eine minderwerthige Nation und scheuen sicb nicht, in der grbbsten Art und "Weise mit Ausdrlicken, wie ich sie hier vor diesem Kreise nicht wiederholen mbchte, die cechische Nation als solche zu beschimpfen, und zwar bffentlich... »

(2) « Die deutsche Rechtspartei muss es als einen bedeutungsvollen Fortschriftt begriissen, dass neuerdings die Erkenntniss von der gefàhrdeten Lage der Deutschen in Oesterreich zugenommen hat... Sie beklagt aber, dass

De telles protestations font trop d'honneur au bon sens et à la bonne foi de ceux qui les ont faites, pour ne pas mériter d'être signalées; c'est rendre aussi un hommage à la vérité et au courage tout particulier qu'elles dénotent chez leurs auteurs. Malheureusement, on est bien forcé de cons tater qu'elles ont été très rares; les organes qui, comme la Suddeutsche Reichskorrespondenz, continuent à accuser l'Union pangermanique de « provoquer un mouvement irrédentiste chez les Allemands d'Autriche » restent parfaitement impuissants à arrêter le courant.

L'accroissement du nombre des partisans de la Grande- Allemagne est si sensible parmi les sujets de Guillaume II, qu'un des collaborateurs de YOdin, malgré le caractère insatiable de ses exigences, le constate : « L'existence de journaux, comme la Tœgliche Rundschau, les Munchener Neueste Nachrichten, la Deutsche Zeitung, de Berlin, les Alldeuîsche Blàtter, YOdin et quelques autres, démontre tout au moins que le nombre de ceux qui se réveillent va en augmentant (1). » Un autre journal d'outre-Rhin, qui juge les choses avec plus de calme, se déclare satisfait : « On reconnaît peu à peu en Allemagne que la propre défense (Selbstverteidigung) des Allemands d'Autriche intéresse au premier chef les Allemands de l'empire, garantit d'une ruine complète l'alliance austro-allemande et oppose une digue puissante au progrès du a slavisme » qui nous menacerait

ein grosser Theil derselben in nationaler Ueberhebung dièse gefàhrdete Stellung noch erschwert... Insbesondere legt die deufsche Rechtspartei Verwahrung ein gegen Bestrebungen, welche jetzt schon, nicht nur in Oesterreich, sondern auch im Reiche, hauptsachlich in Kreisen des alideutschen Verbandes, mit der erkennbareu Absicht hervortreten, das Unrecht des Jahres 1866 durch Annexion der dcutschen Lànder Oesterreichs an einen deutschen Einheitsstaat zu vollenden. »

(1) « Nun, das Bestehen solcher Zeitungen wie der Tàglichen Runschau, der Munchener Neuesten Nachrichten, der Deutschen Zeitung in Berlin, der Alideutschen Blàtter, des Odins und mancher anderer, beweist wenigstens, dass die Zahl der Erwachenden im Zunehmen ist. » Die Deutsche Politik der Zukunft, p. 10. Deutschvolkischer Verlag « Odin », Munich, 1900.

plus tard. Non seulement ce changement d'appréciation se manifeste dans la presse de toutes nuances et fixe l'attention sur les événements de la monarchie des Habsbourg, qu'on voudrait changer en un Etat fédéral slavo-magyar, mais encore les sociétés pangermanistes, jadis languissantes, prennent un nouvel et rapide essor. »

La progression du chiffre des adhérents de l'Union pangermanique en est comme l'enregistrement mathématique. L'Union comptait :

En septembre

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