‹ L'Europe et la question d'Autriche au seuil du 20e siècleChapitre 39 sur 66 · COMMENT PEUT SE POSER LA QUESTION D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

COMMENT PEUT SE POSER LA QUESTION D'AUTRICHE

I. Dans la paix. — § 1. Par la continuation de la propagande pangermaniste : son objectif est la destruction totale du loyalisme autrichien.

— § 2. Par une action politique plus intense exercée à Vienne à la faveur des événements qui suivront l'ouverture de la succession d'Autriche : les successeurs éventuels de François-Joseph. Les incertitudes prolongées.

— § 3. Par l'application du procédé de la Sonderstellung ; c'est-à-dire par l'exclusion de la Galicie, de la Bukovine et de la Dalmatie de la Cisleithanie : conséquences qui en résulteraient. — § 4. Par l'adoption de mesures économiques successives tendant à faciliter l'entrée de l'Autriche dans le Zollverein allemand : unification de tarifs, exécution des canaux de l'Elbe et de l'Oder au Danube, etc.

II. Dans la guerre. — § 1. Cas de la succession d'Autriche : ce que suppose cette hypothèse. Ses phases de réalisation. — § 2. Cas de 1' « occasion unique » résultant de circonstances concordantes : la déchéance militaire de la France, guerre franco-anglaise, accord Chamberlain- Guillaume II, suites continentales d'événements extérieurs à l'Europe. Action personnelle de Guillaume II dans cette hypothèse. — §3. Des possibilités techniques d'exécution : les préparatifs militaires allemands. La Bohême au point de vue stratégique. L'armée autrichienne. Calcul des probabilités. Les pouvoirs militaires de l'empereur Guillaume. L'état d'esprit du peuple allemand rend-il possible une brusque mobilisation?

— § 4. La puissance des faits accomplis : l'Europe après les jours décisifs.

III. De la nécessité de prévoir les diverses hypotfièses. — § 1. Les signes précurseurs y invitent : l'exemple de 1870. — § 2. Le principe fondamental de la politique étrangère le commande : la « prévoyance », base de la méthode politique des Allemands, a causé leurs succès.

A l'intérieur de l'Autriche, rien ne menace sérieusement la paix européenne; le danger de la voir troublée existe cependant, mais sa cause est extérieure aux frontières de la Gisleithanie. Le mouvement pangermaniste, conséquence

des traditions conquérantes de la Prusse, établit qu'il réside dans la nouvelle « poussée » des ambitions allemandes.

Tout indique l'approche des temps annoncés, dès 1875, dans un mémoire technique sur la réorganisation de l'artillerie autrichienne que les plus sérieuses investigations permettent d'attribuer au général autrichien, l'archiduc Johann Salvator.

« En dépit de toutes les protestations d'amitié, écrivait-il, nous devons voir avec une entière clarté que les efforts d'expansion de notre voisin, l'empire prussien allemand, menacent l'intégrité de la monarchie.

«Union nationale et annexion nationale sont devenues les principes de la formation moderne des Etats. De toute évidence, ce sont eux qui ont déterminé les grandes guerres de ce temps. Qui pourrait ne pas ressentir les craintes justifiées qui en résulteront pour notre cher et malheureux pays?... On prétend que la ruine de l'Autriche est seulement une question de temps et qu'une guerre n'est pas nécessaire. Cela n'est pas : il faut une guerre et elle viendra ; un jour nos voisins auront envie des belles terres du pays du Danube et l'Allemagne aura besoin d'étendre ses frontières vers l'Orient.

«De même que l'Autriche a combattu dans le passé pour son bon droit, elle luttera alors pour l'existence ; il s'agira d'un combat décisif... Puisse le temps qui nous reste être utilisé, au moins, pour créer les préparatifs d'une heureuse défense (1) ! »

(1) Betrachtungen ùber die Organisation der ôsterreichischen Artillerie. Mémoire du général archiduc d'Autriche Johann Salvator, 1875.

« Trotz aller Freundschaftbetheuerungen m'ùssen wir uns dessen vollkommen klar sein, dass die expansiven Restrebungen des benachbarten preussich-deutschen Reiches die Inlegritàt der Monarchie gefàhrden. Nationale Einigung und nationale Annexion sind zum Principe dermodernen Staatenbildung geworden und haben unverkennbar den Impuis zu den grossen Kriegen der Neuzeit gegeben. Wer kbnnte sich angesichts dieser Thatsache gegrùndeten Refurchtuugen hinsichtlich unseres theueren, aber ungliicklichen Vaterlandes verschliessen? der Zerfall Oesterreichs sei nur eine

L'ensemble des dernières dispositions militaires et politiques récemment prises par le gouvernement de Berlin établit le caractère véritablement prophétique des vues de l'archiduc Johann Salvator. L'éventualité d'une intervention de l'empire allemand dans les affaires d'Autriche est donc de celles qu'on ne saurait se dispenser plus longtemps d'envisager avec résolution.

Sous quelles formes peut-elle se produire? Gomment la transition s'opérera-t-elle entre la préparation sourde, exposée plus haut, et l'action politique décisive? Sous l'influence de quels événements la « question d'Autriche » est-elle susceptible de se poser devant l'Europe? Voilà autant de points sur lesquels il convient d'être fixé.

Sans doute, on est contraint ici de raisonner sur des hypothèses qui, certainement, ne se réaliseront pas sous une forme identique à celle qu'on leur aura attribuée; toutefois, l'exposé des « cas » probables offre l'avantage de tracer les limites du vraisemblable et de contraindre à préciser des dangers dont on sent bien l'approche, mais qui restent dans l'esprit à l'état de vagues conceptions.

L'étude de l'œuvre et de la méthode des Pangermanistes permet de constater qu'avec cette merveilleuse prévoyance que les Allemands savent mettre en toute chose, ils se ménagent la possibilité de réaliser la mainmise sur l'Autriche, soit dans la paix, soit dans la guerre.

Frage der Zeit und es bedurfe hiezu keines Krieges.Es bedarf eines Krieges und dieser muss kommen, da es einmal unseren Nachbarn nach dem schbnen Lande an der Donau geliistet und Deutschlands Grenzen auch nach Osten einer Erweiterung bedurfen. So wie Oesterreich seit jeher fur sein gutes Recht eingestanden ist, so wird es seinerzeit um seinen Bestand ringen ; es gilt dann den letzten entscheidenden Kampf. Mbge die nocb vorhandene Zeit beniitzt werden, um vvenigstens die Vorbedingungen einer glucklichen Vertheidigung zu schaffen. » V. la Politik de Prague du 28 décembre 1899 et du 6 février 1900.

AU SEUIL DU XXe SIECLE 283

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