‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 100 sur 122 · PITT ET ALEXANDRE. — 1804. S · texte numérisé non relu

PITT ET ALEXANDRE. — 1804. S

muns de l'Europe... » Il s'engage à ne traiter de la paix que d'un commun accord.

C'était aller trop vite, au gré des Autrichiens. « Les Français ne m'ont rien fait, et je suis fort content d'eux » , dit François à Rasoumowsky. D'ailleurs, il n'était pas prêt, et, pour se préparer, il lui fallait endormir les Français. Il considérait, cependant, que Napoléon ne lui donnerait jamais rien en Italie. Si donc la Russie et l'Angleterre entraient en guerre contre la France, il importait que l'Autriche fût dans l'affaire et il convenait qu'elle s'assurât, à cet effet, et les subsides de l'Angleterre et <« une indemnisation convenable aux dépens de l'Italie » . C'étaient, depuis 1791, les prolégomènes de toute alliance autrichienne. François demandait, en outre, qu'on ne signât point de traité formel, qu'on se contentât d'une déclaration ministérielle, permettant d'affirmer à Napoléon qu'il n'existait point d'alliance. Enfin, il réclama 150,000 Russes au lieu de 100,000'. Le sort futur de la République italienne sera, aux yeux des Autrichiens, la pierre de touche des intentions de Napoléon. S'il la réunit à son Empire ou s'il l'attribue à un de ses frères, ce qui reviendrait au même, toute l'Italie y passera, et « la planche serait mise à l'envahissement de la Grèce et de l'Egypte » En ce cas, il est indispensable de s'assurer de la Prusse*.

Les Russes s'y emploient, mais les vues diffèrent singulièrement entre l'Empereur et son ministère. Alliance ou contrainte? Alexandre préférerait l'alliance, avec ses spectacles chevaleresques, une entrée impériale dans Berlin, une chevauchée triomphale en Allemagne, ayant à ses côtés son ami de cœur, le roi Frédéric-Guillaume, et la belle reine de Prusse, héroïne delà croisade. Czartoryski pense surtout à la Pologne; il préférerait la guerre qui permettrait d'envahir, sous prétexte de soutenir la Prusse, les provinces acquises par elle en 1793

* Rapport de Rasournowclty, 3 juin 1804.

* Mémoire sur un rapprochement avec la Prusse, l" septembre 1804. Fournie», Geniz und Cobenzl. — Oncken, O. und P., t. II : rapport de Mett«rnichj 24s«ptembre 1804.

et en 1795, d'arracher Varsovie à ces Prussiens plus exécrables à un Polonais que les Russes mêmes, et de restaurer entre les mains d'Alexandre le royaume des Jagellons. C'est pourquoi l'on verra, durant toute une année, Gzartoryski dénoncer la duplicité prussienne, les armements prussiens, pousser aux menaces, puis aux mesures d'exécution; Alexandre, méfiant du ministère de Berlin, mais, confiant en « son frère et ami » , désireux de l'associer à sa gloire, et travaillant directement par ses lettres intimes, à nouer l'alliance que son ministre, par ses négociations officielles, travaille à empêcher.

Ce sont des « pourparlers sans fin » pour obliger Frédéric- Guillaume à se compromettre avec lui-même, à s'arracher à sa neutralité * . Mais si Alexandre promet un secours. Napoléon passe la frontière avec une armée. Une guerre exposerait l'existence même de la monarchie : une médiation opportune entre Alexandre et Napoléon pourrait peut-être, sans endommager les superbes grenadiers et la somptueuse cavalerie prussienne, procurer le Hanovre et l'hégémonie de l'Allemagne du Nord. Le roi se mit secrètement « en état d'attendre les événements de pied ferme » . Il n'eut garde de décliner les garanties que lui offrait Alexandre, mais il se ménagea de façon à passer, le cas échéant, du rôle de garanti à celui de médiateur. Pour les mêmes motifs de duplicité que François II, il recourut au procédé des déclarations. L'échange en eut lieu à Berlin, le 24 mai, dans le plus grand secret*. «On s'opposera de concert à tout nouvel empiétement du gouvernement français sur les États du nord de l'Empire, étrangers à la querelle avec l'Angleterre, î) C'était accepter le fait accompli, « l'occupation du Hanovre et son résultat indirect, la clôture du fleuve w . Si une nouvelle usurpation se produit, point de « demi-moyens », mais une marche commune « avec des forces proportionnées à la puissance immense de la République » . La Prusse compte sur les 50,000 hommes offerts par Alexandre, et

* Alexandre à Frédéric-Guillaume, 2 mai 1804.

• MiBTEKs, t. VI, p. 341 et 8uiv.

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