‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 101 sur 122 · PITT ET ALEXANDRE · texte numérisé non relu

PITT ET ALEXANDRE

aussi sur l'exécution du traité d'alliance * « qui lie tellement la destinée des deux empires que, dès qu'il s'agit de l'existence de l'un, les devoirs de l'autre n'ont plus de bornes » . On ne fera la paix que de concert; « après avoir purgfé le nord de l'Allemagne de la présence des troupes étrangères » , on avisera à y établir un ordre de choses qui la préserve des inconvénients dont elle a eu à souffrir depuis le commencement delà guerre actuelle.

C'était un pas vers la coalition; mais ce n'était point encore le pas décisif. La déclaration reconnaissait le fait accompli en Hanovre; le casus fœderis ne se poserait que si Napoléon passait le Weser. Frédéric-Guillaume espérait décider Napoléon à s'arrêter au Weser et, protégé désormais contre une attaque de la France, il ne désespérait pas de reprendre, plus avantageusement, les propos sur le Hanovre.

Ses sentiments, la force des choses, l'influence de la reine, des princes, de la plupart des généraux le portaient vers la Russie. Le Hanovre le tentait, le Hanovre le tenta jusqu'à la fin. Mais il en ressentait le péché, la « coulpe » ; il attendit toujours que le tentateur lui fît violence, il ne sut jamais céder à la tentation dans le moment opportun : elle le sollicitait, il détournait les yeux, plein de confusion, et l'instant d'après, la convoitise le travaillait de nouveau, tour à tour bourrelé de scrupules et honteux de sa timidité. De même du côté de la Russie, il ne signerait l'alliance que la main forcée. Alexandre le comprit, u Frédéric H, écrivait finement Metternich *, n'eût point perdu l'Europe entière par la paix de Râle, mais serait sorti de la lutte inégale, qui en a été le résultat, le roi le plus puissant du continent. » C'est ce que va essayer l'auteur même de la paix de Bâle, Hardenberg, qui arrive alors au ministère, où il remplace Haugwitz; mais gauchement, timidement; entreprenant cette tâche qu'un Frédéric seul aurait peut-être pu accomplir, de se faire le plus fort en jouant au plus fin avec deux politiques aussi rusés que Napo-

' Celui du 28 juillet 1800. Martkss, t. VI, p. 270 etsuiv. ' Rapport du 14 septembre 1804. Oitgkeit.

léon et Alexandre, et de chercher à s'ag^randir en s'interposant entre ces deux masses, TEmpire russe et l'Empire français, l'Orient et l'Occident, prêts à en venir aux mains.

Toute la politique, tous les préparatifs militaires de Napoléon se tournaient à deux fins : empêcher, retarder la coaUtion; tenir, à coups de prestige, à coups de promesses l'Europe en suspens, jusqu'au jour de passer en Angleterre; ou s'il n'y pouvait passer, s'il se jugeait menacé sur le continent, prévenir les ennemis, se rejeter sur l'Allemagne, s'en rendre maître, écraser l'Autriche avant l'arrivée des Russes, rendre à jamais toute coalition impossible contre la France, et puisqu'il n'ayrait pu anéantir la puissance anglaise à Londres, enlever aux Anglais toutes prises sur le continent, les reléguer dans leur île et retourner contre eux la coalition. Il tirera des alliés de la France « tout ce qu'on en peut tirer * » , enchaînera et bâillonnera les ennemis sournois.

Au moment de recommencer la guerre de 1798, il veut immobiliser les Napolitains. Alquier lui dénonce leurs armements secrets, la perfidie d'Acton, plus anglomane que jamais; une correspondance avec Vienne et avec Madrid; une conspiration de femmes, Marie-Caroline avec ses filles, l'impératrice d'Autriche et la femme de Ferdinand prince des Asturies; avec Marie-Louise d'Espagne enfin, du même tempérament et agitée des mêmes passions *. Kapoléon exige le départ d'Acton. Les Anglais et les Russes conseillent de céder. Acton part pour Palerme le 31 mai, décoré du titre de prince, avec une pension de 30,000 ducats. Alquier est reçu, le 31 juillet, en sa qualité de ministre de l'Empereur Napoléon. Il inaugure

* A Talleyrand, 2, 27 août 1804. — Lif^rie, Hollande, Cisalpine,

* LeUr«8 d« Mari«-Caroline, 16, 24 avril 1804. Helfert.

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