DOUBLE PLAN DE NAPOLÉON. — I8OI
Il se sait le plus fort; il deviendra le plus auguste. Il va se procurer la consécration suprême, l'onction de l'Église universelle qui manquera toujours à ses rivaux : le tsar de Moscou qui n'a que le sacre d'un évêque schismatique; l'Empereur de Vienne, Empereur de protocole en Autriche ; l'Empereur prussien, s'il éclot. Empereur de complaisance, de troisième classe, hérétique. Depuis le mois de mai, Talleyrand négocie avec le Saint-Siège ' ; il s'agit d'inviter le pape à venir à Paris pour sacrer l'Empereur ; sacrer et couronner^ écrit le légat Caprara*; la nuance ne laisse pas d'avoir son importance et d'emporter ses difficultés. Sacrer, c'est imposer les onctions saintes; commander aux peuples et aux rois la révérence souveraine envers l'Empereur; transformer la lèse-majesté en sacrilège; couronner, c'est placer l'Église au-dessus de l'État; déclarer, par la voix du seul représentant de Dieu, l'œuvre de la Providence. Napoléon ne l'entend point de la sorte; comme les Empereurs du moyen âge, il veut ne tenir sa couronne que de sa propre main et ne relever, sur terre, que de lui-même, lieutenant de la Providence qui l'a délégué au règne, et l'a proclamé par la voix du glaive : ore gladii. Il en pensait, comme Louis XIV' : « Gharlemagne, dit ce roi en ses mémoires, était monté à un si haut point de gloire, non par l'élection de quelque prince, mais par le courage et par les victoires qui sont l'élection et les suffrages du ciel même, quand il a résolu de soumettre les autres puissances à une seule. » Napoléon confond, à dessein, les deux consécrations, comme naguère, lors du Concordat, quand il s'agissait de la religion dominante. Le double caractère de la cérémonie décidera le pape à faire le voyage; puis à Paris, on lui démontrera que s'il doit officier dans l'une, il ne saurait qu'assister à l'autre. Caprara n'avait point laissé d'ailleurs d'alléguer
* Lefrbvre, t. I, chap. x. — D'FÏArssoNVtLLE, Vnglise romaine ei le premier Empire, t. I, chap. xv : négociations du sacre, et appendice.
' Lettres du 10 mai 1804, de Caprara. Napoléon lui aurait dit •• « Toutes let •utoriiés conàtiiuces me font sentii co^jibicn il sérail glorieux <{\xe mon sacre et mou couronnement fussent faits par les mains du Pape. •
• Voir t. I, p. 12-13.