‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 109 sur 122 · GUERRE. •— 1S · texte numérisé non relu

GUERRE. •— 1S

Napoléon ne se vantait pas quand il faisait dire par un des accents : a L'Empereur pénètre toutes les vues de ses ennemis et en embrasse d'un coup d'œil rapide les conséquences les plus éloig^nées *. » Avant quatre semaines, il passera en An^oleterre ou il se portera sur le Danube. S'il passe en Ang^ieterre, il lui faut retenir l'Autricbe; s'il lui fait la guerre, il lui faut la prévenir. Dans l'un et l'autre cas, terrifier, gagner, neutraliser la Prusse le temps d'aller à Londres, ou d'aller à Vienne, sauf à l'anéantir ensuite d'un coup de revers. Les trois affaires s'ordonnent dans son esprit sans se confondre *. D'abord, la descente prime les deux autres; puis, peu à peu, à mesure qu'approche le terme fixé et que nul guetteur ne lui signale les voiles de Villeneuve, sa préoccupation se détourne vers l'Allemagne ; le reflux de la grande armée se prépare sourdement, et degré par degré, précautions d'abord, puis ordres de marche se succèdent, se précipitent, et cette combinaison, accessoire encore dans les trois dernières semaines de juillet, devient principale dans les trois premières semaines d'août. Les mouvements ne s'accomplissent avec cette sûreté de méthode, ne se découvrent avec cette rapidité de coup de foudre, que parce qu'ils ont été médités, concertés de longue main. Il n'y eut, en cette évolution, ni jeu de scène, ni coup de théâtre, ni prestige de génie : il y eut clairvoyance, prévoyance, conseil et enchaînement. « Je ne me butais pas à plier les circonstances à mes idées; je me laissais, en général, conduire par elles. Qui peut,

* Paroles de Laforestà Hardenberg, 5 août 1805.

' Le lieutenant-colonel Rousset, l Art de Napoléon. — E. DesbriÈre, Projets et tentatives de débarquement aux îles britanniquen^ 1793-1805, t. III et IV. — ÀLiMBERT et Colin, la Campagne de 1805 en Allemagne,

à IWance, répondre des circonstances fortunes, des accidents inopinés? Que de fois j'ai donc dû changer essentiellement. Aussi ai-je vécu de vues générales, bien plus que de plans arrêtés M »

Le 20 juillet, il appelle devant Boulog^ne Ganteaume resté à Brest*. Tout est préparé..., tout sera embarqué, embossé hors de rade, de sorte que, « maître trois jours de la mer, nous n'avons aucun doute de la réussite... vous nous mettrez à même de terminer le destin de l'Angleterre» . A Villeneuve, le 26 juillet : « Ralliez les Espag^nols à Cadix, au Ferrol et arrivez devant Boulog^ne. Si vous me rendez maître pendant le seul espace de trois jours du Pas-de-Calais, avec l'aide de Dieu, je mettrai un terme aux destins et à l'existence de l'Ang^leterre... » Il estime que cette lettre trouvera Villeneuve à Cadix et que cet amiral rejoindra Ganteaume dans la Manche.

Tandis que les courriers se hâtent vers Brest et vers Cadix, il se reporte vers l'Allemagne. Pour lui, comme pour Alexandre, la Prusse est la pièce principale à pousser, et c'est le même jeu de la part des deux Empereurs : la gagner, sauf à la payer très cher, si elle le,s sert bien, ou à la détruire si elle les contrarie ou les combat.

Talleyrand presse Lucchesini ; il offre le Hanovre : que la Prusse l'occupe pendant la guerre, elle le gardera lors de la paix; Napoléon la défendra avec 80,000 hommes si la Russie et l'Autriche l'attaquent; mais, par compensation, il exige qu'elle reconnaisse l'état dernier des choses en Italie : la réunion de Gênes, la libre disposition de Parme et de Plaisance. Laforest en compose un long mémoire qu'il remet à Hardenberg, le 8 août *. a La Prusse ne doit point espérer de pouvoir rester spectatrice paisible des événements. Entraînée dans

» Mémorial. Corr,, t. XXXII, p. 313.

* A Villeneuve, 16 juillet; à Ganteaume, 20 juillet; & Decrê», S6 juillet, 27 juillet et jours suivants; à Berthier, 25 juillet; à Villeneuve, 26 juillet 1805. — JuRiEN DE L\ Gravière, t. II, chap. X : Mouvement» de Villeneuve du 12 mai an 25 juillet, combat du cap Finistère, le 22, retour au Vigo.

* Rapport de Lucchesini, 29 juillet; Talleyrand à Laforest, 30 juillet 1805. — Mémoire de Laforeit, 8 août 1805.

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