‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 11 sur 122 · LE CONCORDAT, LES PARTIS · texte numérisé non relu

LE CONCORDAT, LES PARTIS

serait philosopher et non g^ouverner'. » Il écrivait aux préfets : <i Les consuls ne demandent que des faits précis et l'exposition la plus simple et la plus vraie de ce qui est. » Les faits ainsi déterminés, il s'en emparait, les groupait, les classait. Le défaut, l'infirmité de ses collaborateurs avait été de prétendre légiférer pour l'homme, en soi ; pour l'État, en soi. Bonaparte ne connaissait que l'État français, en l'an VIII, tel qu'il sortait de la Révolution, et qu'il le fallait organiser selon les besoins de la société nouvelle et les nécessités de la pohtique française en Europe. Qu'il s'agît des impôts ou du Code civil, il ne considérait pas le contribuable en général, ou le principe abstrait de la contribution; il se représentait un bourgeois, un paysan, un propriétaire, un artisan comme il en avait rencontré sur son chemin, et il voyait cet homme-là recevant, expérimentant, vivant la loi ou le décret, gêné ou satisfait. A ce sentiment de la réalité humaine, toute personnelle, ajoutez la conception, toujours présente, de Tensemble des hommes et des affaires; l'habitude et l'art de combiner tous les rouages, de les tourner au mouvement commun; enfin, «ce quelque chose de continuellement conséquent » que l'on admirait dans Pierre le Grand et qui est, à vrai dire, la marque du génie politique*. Tout s'adapta ainsi en bas, et dans le détail d'exécution, à la mesure des petits intérêts, des petites gens, de la petite vie rurale et citadine, aliment de l'État, trésor et armée, et qu'il fallait contenter pour qu'elle servît et payât volontiers ; en haut, et pour la direction d'ensemble, à la mesure des grands intérêts généraux auxquels les autres sont subordonnés. C'est par cette adaptation, très rare, que ces institutions ont duré et que la machine a pu marcher si longtemps, alors même qu'un manœuvre inhabile ou maladroit remplaçait le machiniste supérieur qui l'avait créée. C'est la grande époque de son gouvernement civil qni commence. C'est par là qu'il s'est fait puissant, c'est ainsi qu'il a forgé son instrument de supré-

' MiOT, t. I, {). 323. — Au ministre de rinl'-rieur, ?>6 octohie 1800. * SvUNT-SlMON, t. IX, p. 229.

matie sur l'Europe. « C'est alors, dit un de ses collaborateurs, que j'ai appris à connaître le grand homme*. » Mais, à ce travail de législation, il fallait la paix : elle était aux yeux de Bonaparte la première condition; elle apparaissait à tous comme l'objet définitif du gouvernement.

1 CHAPTàL, Souvenirs. — hOBOKHEH, la Première Année du Consulat^ t. III, p. 387.

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