VUES DE BONAPARTE. — 1800 T
Franconie, des évêchés de Bamberg et de Wlirzbourg, ou tels autres pays à sa convenance ^ Pour la première fois, la Prusse laissait percer la velléité de se faire offrir cette alliance et ces bénéfices que, depuis 1792 et 1795, les gouvernements de Paris ne cessaient de lui proposer et qu'elle avait toujours écartés.
La passion de la terre qui travaillait les Prussiens avait gag^né les Espagnols. Charles IV s'était décidé à traiter pour conserver à sa dynastie un pied en Italie. Des articles préliminaires furent signés à Saint-Ildefonse, le 1" octobre : l'Espagne cédait à la République la Louisiane avec six vaisseaux de guerre; Bonaparte promit de donner à l'infant de Parme les Légations ou la Toscane, et de lui en faire un royaume. Les articles ne stipulaient rien au sujet du Portugal. On en parla cependant. Bonaparte y pensait toujours, disposé à démembrer ce royaume afin d'en chasser les Anglais. La reine d'Espagne se fût prêtée à détrôner son gendre pour donner un morceau d'État à son amant : Godoy rêvait d'être un vrai prince, non plus un prince de la paix, un prince sur du parchemin, mais un prince sur la terre, avec des âmes? Les ministres espagnols ne consentirent point au marché, et l'affaire fut encore une fois ajournée.
Dans la pensée de Bonaparte, la Louisiane serait une compensation à l'Egypte, dans le cas où la France serait décidément forcée d'y renoncer. A défaut de la Méditerranée, il se retournerait vers le golfe du Mexique, et il songeait déjà à reprendre possession de Saint-Domingue. Une convention signée à Paris, le 30 septembre, rétablit les relations entre la République française et les États-Unis : les deux républiques reconnaissaient les grands principes maritimes contestés par l'Angleterre : le pavillon couvre la marchandise, les bâtiments de commerce convoyés par des bâtiments de guerre sont affranchis de toute visite.
C'étaient les approches de la paix; mais la paix n'avançait point. L'Autriche faisait la muette.
' A Luccliesini, 27 octobre 1800. Baille».
Bonaparte savait, depuis Gampo-Formio, que la seule question entre l'Autriche et la République, c'était le prix de la paix : triple, à vrai dire, car l'Autriche prétendait être payée et pour la cession des Pays-Bas et de la Lombardie, et pour sa défection à la cause de l'Empire, et pour sa défection à l'alliance anglaise. Il avait un moyen, un seul, de l'amener immédiatement à composition, c'était de lui livrer l'Italie. Ce moyen, il ne voulait, à aucun prix, l'employer, et il ne le pouvait pas sans ébranler son pouvoir. C'est ici un point capital dans cette histoire, et, pour en juger en pleine intelligence, il faut dépouiller le Français d'après 1815, d'après 1870, en retraite ou arrêté sur toutes les frontières continentales, réduit à la défensive, revenu des grandes aventures, désillusionné des magnificences; il faut évoquer le Français de 1800, après la formidable offensive de la Révolution, la conquête des limites naturelles et de la Hollande, l'invasion de l'Italie : l'enthousiasme de la liberté tourné désormais à l'élan de la gloire; le prosélytisme confondu avec la suprématie; des armées triomphantes et fîères; le mépris des rois; pour mener les affaires, un consul de trente ans, que le prestige de ses victoires a fait maître de la République; et la République comptant qu'au nom de la grande nation il fasse la loi aux rois et dispose l'avenir des peuples de l'Europe.
Quel Français de ce temps-là — en dehors de là « faction des anciennes limites » et de la coterie des « amis de l'Angleterre » — eut consenti à restituer la moindre des conquêtes de la République? On fermait les yeux sur le trafic des territoires de l'Empire et des âmes allemandes : ces gens n'étaient pas conquis; ils n'étaient pas « affranchis»; ils ne feraient que changer de maîtres; en les transfe'rant à des laïques, on suivait encore « les lumières du siècle » , et les apparences des Droits de Chouune seraient au moins gardées. Mais ritalie d'où les armées républicaines avaient chassé les rois, les grajuls-ducs, le Pape, les oligarques, les rendre ou les vendre, c'eût été prévariquer. Les Français se croyaient toujours, et très sincèrement, libérateurs et rénovateurs du vieux