‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 17 sur 122 · COBENZL ET SPINA EN FRANCE · texte numérisé non relu

COBENZL ET SPINA EN FRANCE

prit à part Cobenzl, essaya des flatteries, et comme Gobenzl se dérobait toujours, le Consul, changeant brusquement de ton : « Vous êtes, s'écria-t-il, perfides et sans foi; vous n'êtes autre chose que des satellites de l'Angleterre. L'Angleterre veut éterniser la guerre; si vous continuez à faire cause commune avec elle, je ferai marcher mes armées. » Gobenzl se retira. Bonaparte le retint sur la porte : « Vous auriez pu maintenant avoir la Ghiese ; désormais, vous n'aurez même plus l'Adige. J'ai épargné Vienne, il y a quatre ans, parce que je ne pouvais pas en faire une république ; une autre fois, je n'épargnerai rien. Si vous ne voulez pas de paix séparée, vous aurez un congrès général, auquel prendront part la Russie et la Prusse, avec lesquelles j'entre en relations ; vos exigences auront beau jeu alors ! »

Le lendemain, Talleyrand offrit la ligne de l'Oglio avec Ferrare. « Je n'ai rien cédé, mandait Gobenzl, le 4 novembre, malgré les rudes assauts que j'ai eu à soutenir. » Ge n'était point loyauté, c'était tout crûment marchandage : plus Talleyrand offrait, plus Gobenzl espérait obtenir. Il jouait de la vertu, Bonaparte de la menace. La force devait avoir le dernier mot : Bonaparte se résigna à y recourir, malgré sa répugnance à ménager un grand succès à Moreau; mais un coup d'éclat devenait nécessaire, et Bonaparte ne voulait ni quitter Paris en ce moment, ni risquer sa réputation sur ce terrain d'Allemagne qu'il ne connaissait pas encore. Le 5 novembre, il ordonna de déclarer aux Autrichiens que les hostilités recommenceraient le 22.

Joseph et Gobenzl se rendirent à Lunéville où ils passèrent leur temps à échanger des notes de principe sur l'admission du plénipotentiaire anglais'. Mais plus Gobenzl gagnait de temps, plus il perdait de terrain. Joseph le pressait de conclure, l'effrayant du rapprochement qui s'était opéré entre la France et la Russie, « des liaisons déjà formées ou prêtes à

' Voir ces notes et la correspondance de Joseph, dans Ducasse, t. H, p. 67 et •uiv. — Pour la partie de Cobenzl : Vivenot, Corr. de Thugut ; — SYBEL,t. VI, 'iv. VIII, chap. V . Lunéville.

l'être ». — « La Prusse, ajoutait-il, suit l'impulsion de la Russie ^ »

Les choses, en réalité, n'étaient point aussi avancées. Bonaparte n'avait pas gagné les Prussiens ; mais il les savait prêts à se faire acheter, et, comme le Comité de salut public, comme le Directoire, il était décidé à y mettre le prix. Lucchesini était arrivé à Paris le 28 octobre ^ « Je veux, lui dit Bonaparte, le 9 novembre, lors de sa première audience, la ligne du Rhin, l'exclusion absolue de la maison stathoudéricnne en Hollande ; je la redoute autant que les Bourbons dans un des faubourgs de Paris, et, si des malheurs imprévoyables pouvaient obliger la France à céder sur ces deux points, je préférerais quitter ma magistrature plutôt que de signer des transactions sur ces deux articles. » Il n'y a, lui déclara Talleyrand, le 10 novembre, qu'un moyen d'éviter a les agrandissements monstrueux de l'Autriche » : que la Prusse garantisse à la France la ligne du Rhin, elle sera indemnisée ; mais qu'elle se hâte de répondre, et péremptoirement; si non, « elle aurait à se plaindre, mais sans ressources... » . Le premier Consul n'est pas de caractère « à supporter longtemps le tourment de l'indécision » , et, son parti pris, il y sacrifierait toutes les convenances, toutes les obligations précédentes. La Prusse éluda, une fois de plus, les insinuations d'alliance; elle s'en tint aux arrangements d'août 1796. «Bien que la plume se refuse à l'aveu fatal qui doit consacrer l'immense perte » , écrivait Haugwitz le 19 novembre, ils s'y résignèrent moyennant l'énorme indemnité, la sécularisation en grand et le renversement de la balance de l'Empire au profit de la Prusse, c'est-à-dire la contre-partie des prétentions autrichiennes.

Dans tous ses entretiens avec Lucchesini, Bonaparte protestait de ses bonnes dispositions pour la Bavière. Il discernait en Montgelas un homme à mener par le prestige, par

* Rapports de Joseph et de Cobenzl, 5-12 décembre 1800.

* Bailletj, Rapports de Lucchesini, t. II. — HiJFFER, Lombard, p. 109et8uiv — RxifKE. Ilardenberg^ t. I, p. ^28 et suiv.

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