COBENZL ET SPINA EN FRANCE
rintérêt, par l'intelligence aussi des nouvelles conditions du gouvernement des peuples. Il laissait espérer ^ l'Électeur et à son ministre une part dans les dépouilles du clergé allemand. Il pensait déjà à faire de la Bavière une Prusse du Midi, plus docile que l'autre, avant-garde de la France contre l'Autriche. Moreau, par goût, par caractère, par esprit de justice, par politique républicaine, servait ces desseins: les populations bavaroises préféraient le passage des Français, ennemis officiels, à la présence des alliés autrichiens. De toutes parts, d'ailleurs, l'Allemagne princière s'empressait à la paix et se tournait vers Bonaparte, arbitre futur des distributions déterres. La Hesse, le Wurtemberg, Bade, comme là Bavière, avaient leurs émissaires à Paris, protestant de leur hostilité à l'Autriche, mendiant les évêchés, les abbayes et les troupeaux d'Allemands.
Toutes les affaires se tiennent, toutes les négociations s'enchevêtrent : celle du Concordat ne se peut séparer de celle de la paix de l'Italie, qui tient à la paix de l'Empire. Les Légations sont, dans l'une et dans l'autre, l'arrière-pensée commune : l'Empereur afin de les prendre au Pape, le Pape afin de les rendre au Saint-Siège, Bonaparte afin de les réunir à la Cisalpine. Pour les recouvrer, le Saint-Siège consentira des démissions d'évêques français et l'Empereur des confiscations d'ôvêchés allemands. Le cardinal Spina était à Paris depuis le 5 novembre K Bonaparte l'aboucha avec l'abbé Bernier, dont il avait eu à se louer dans la pacification de la Vendée : ambitieux, faisant le gallican, brouillon, mais docile au maître et souple au manège clérical. Dès l'abord, on vit que sur le chapitre essentiel pour Rome, la religion dominante, on ne s'entendrait point. Stylé par Talleyrand et par d'Hauterive, Bonaparte revint sur sa déclaration à Martiniana, s'expliqua sur le mot, et l'on commença de disputer : discussion de juristes et de théologiens, subtile, hérissée comme toutes les discussions de limites, coupée de réticences, semée d'équi-
' BouLAY DK LA Meurthe, t. I, préface. Correspondance» de nov»mbre «t dé«embre 1800. — Tome III, supplément à cette correspondance.
voques, rompue sans cesse et détournée. Pour consentir aux nouvelles circonscriptions diocésaines, au renouvellement intégral de l'épiscopat, à la nomination des évêques par l'État, Spina exig^eait que, préalablement, la relig^ion catholique fût reconnue relig^ion de l'État, qu'elle fût « conservée dans toute la pureté de ses dog^mes et l'intégrité de sa discipline ; que toutes les lois, arrêtés et jugements contraires à son exercice ou à la liberté de ses ministres et à leur rentrée dans le sein de la République fussent considérés comme révolutionnaires et entièrement abolis « . C'était parler en maître et remonter, du coup, au delà de Louis XIV; supprimer du même trait de plume, non seulement les lois révolutionnaires, les lois sur l'émigration et la Constitution civile, mais la Déclaration des droits de l'homme sur la liberté de conscience, et les déclarations du clergé en France, en 1682, sur les privilèges de l'Église gallicane et les droits du roi.
Spina se dérobait, se couvrait, poussait ses approches et menait ses batteries, subtilement et savamment, à la romaine. Il attendait des futurs contingents et des causes fortuites la solution du problème. Il laissait faire la Providence, le hasard, l'intrigue et la guerre. Une victoire des impériaux en Allemagne, une crise de gouvernement à Paris, et tout changeait de face. Bonaparte perça le jeu et atermoya de son côté, convaincu qu'il n'aurait raison de Rome que par le même coup de main qui le rendrait maître de l'Empire, et attendant le jour où il les pourrait assaillir brusquement et réduire à composition. Cette longue procédure se finit selon ses volontés, et le Concordat de 1800 ne diffère que par des d'étails du projet initial de convention que Dernier transmit à Spina le 22 novembre 1800. Ce ne fut donc point le Concordat qui facilita la paix du continent; ce fut la paix du continent qui, par voie de conséquence, emporta le Concordat, et cette paix continentale se disputait, concurremment, par la plume et par l'épée, à Lunéville et sur le Danube. Comme toujours, l'épée en décida.
Le 3 décembre, Moreau battit les Autrichiens à Hohenlindeu