‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 19 sur 122 · RAPPROCHEMENT AVEC LA RUSSIE · texte numérisé non relu

RAPPROCHEMENT AVEC LA RUSSIE

et s'ouvrit la route de Vienne. En même temps, Macdonalrl et Brune reprenaient l'offensive en Italie : le 26 décembre, les Autrichiens étaient repoussés au delà de l'Adige. La veille, ils avaient signé un armistice en Allemagne. Bonaparte était maître des affaires en Italie et dans l'Empire. Si la Russie voulait figurer à l'arbitrage, elle devait l'en solliciter. Tous les États à compensation n'avaient de recours qu'en lui. Le Pape se trouvait à sa discrétion. Le premier Consul disposait des Légations. Il ne s'agissait plus de lui marchander la paix religieuse ; il s'agissait d'être ou de n'être pas le chef des catholiques en France et en Italie, le souverain de Rome. Mais, si la victoire de Moreau produisit des conséquences si rapides et si étendues, c'est que toutes les avenues étaient ouvertes et que la politique de Bonaparte avait tout disposé pour faciliter la victoire en isolant l'ennemi.

II n'était de l'intérêt de la Russie nî que TAutnche fût réduite à l'impuissance, ni que la Prusse dominât dans l'Allemagne du Nord, ni que Bonaparte devînt le seul arbitre de l'Empire : autant de motifs pour le tsar Paul d'intervenir dans la paix et de la faciliter. La prise de possession de Malte par les Anglais passait, à ses yeux, pour félonie. Son penchant pour le premier Consul s'augmenta de tout le poids de son aversion pour l'Angleterre. Il venait de mener à fin cette affaire de la neutralité maritime qu'il avait si fort à cœur; les traités furent signés à Pétersbourg, le 16 décembre, avec le Danemark et la Suède, le 18 décembre avec la Prusse ' . La conclusion en était assurée depuis plusieurs semaines et

^ Martens, t. VI, p. 286 et «uiv. — Lkfebvre,, t. I, p. 128 «t uuir.

lorsque, le 18 décembre, le général Sprcîîjporten arriva à Paris, il put en donner la nouvelle à Bonaparte. Le premier Consul avait déjà manifesté combien il appréciait « le zèle patriotique de Tempereur de Russie pour la cause commune de toutes les puissances continentales » ; il ne traiterait avec TAngleierre que si elle reconnaissait « que la mer appartient à tout le monde » , Il en renouvela les assurances à Sprengporten et loua fort les vues du tsar ^ Il devança les désirs de Paul et lui demanda de nommer un plénipotentiaire « pour concourir à l'arrangement définitif des affaires, tant en Empire que dans les autres parties du monde ». — « Votre ^^ouverain et moi, dit-il à Sprengporten, nous sommes appelés à changer la face du monde. "

L'envoyé russe quitta Paris emportant une lettre de Bonaparte au tsar, datée du 21 décembre* : »< Vingt-quatre heures après que Votre Majesté aura chargé quelqu'un qui ait toute 8a confiance et qui soit dépositaire de ses spéciaux et pleins pouvoirs, le continent et les mers seront tranquilles. Car, lorsque l'Angleterre, l'empereur d'Allemagne et toutes les autres puissances seront convaincus que les volontés comme les bras de nos deux grandes nations tendent au même but, les armes leur échapperont des mains, et la génération actuelle bénira Votre Majesté de l'avoir arrachée aux horreurs de la guerre et aux déchirements des factions. » Bonaparte se flailait alors, comme il en eut l'illusion plus tard, à Tilsit, d'engager à fond la Russie contre l'Angleterre par la gloire de l'arbitrage d'AlIemague , l'extension de la Ligue des neutres, le mirage d'une alliance à l'infini et d'immenses combinaisons en Asie; grâce au concours de la Russie, il atteindrait ce double objet des ambitions françaises : la reconnaissance des limites naturelles par l'Angleterre et la domination de la Méditerranée.

Cependant qu'il amorçait cette grande affaire, Talleyrand

' A Talleyrand, 17 décembre; Talleyrand à Joseph, 19 décembre 1800. — Rappoits (le Sprengporteii, Tràtchkwskv.

« Cf. note de Tallevrand à Rostopchine, 21 décembre 1800.

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