‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 27 sur 122 · PAIX AVEC LA RUSSIE. ■- 1801. 15T · texte numérisé non relu

PAIX AVEC LA RUSSIE. ■- 1801. 15T

par cette formule que l'Empereur a cédé Mayence à la République et que la France lui a cédé Venise. Il serait absurde de vouloir que le premier Consul disposât de ce qui ne lui appartient pas : il ne le ferait pas, quand les flottes anglaises seraient mouillées devant Chaillot ! Il faut, concluait-il, que les préliminaires soient signés dans la première décade de vendémiaire — du 23 septembre au 2 octobre — ou que les négociations soient rompues ^ »

Le ministère anglais inclinait, pour des motifs analogues et avec les mêmes arrière-pensées, à une transaction du même genre*. Bonaparte avait réduit le Portugal à fermer ses portes aux Anglais ; mais l'Angleterre avait réduit l'armée française à évacuer l'Egypte ^. Bonaparte réunissait à Boulogne et sur les côtes de la Manche des flottilles menaçantes. Nelson, revenu de la Baltique, avait tenté vainement de les anéantir. Le cauchemar du débarquement n'était point dissipé. Convenait-il de risquer cette redoutable aventure? En différant, l'Angleterre fournirait à Bonaparte l'occasion de pousser partout ses invasions. Elle était redevenue seule maîtresse de la mer ; mais la France était maîtresse du continent : Bonaparte pourrait en fermer les côtes au com-

* A Talleyrand, 17 septembre 1801.

' Correspondances des Affaires étrangères; Correspondance de Napoléon; Correspondances publiées par la Société d'histoire de Russie, les archives Woronzof, MM. Boulay de la Meurthe, Bailleu, Bertrand, Lecestre, Pallain; notes de Malmesbury; recueil de Hansard; lettres de Whitworth et de Cornwallis ; mémoires de Thibaudeau, Rœderer, Miot, Norvîns, Méneval, Gourjjaud, le roi Joseph, Mme de Staël, Villemain; ouvrages de Lefebvre, Thiers, Michelet, Frédéric Masson, Ducasse, comte de Bray, comte de Martel, Ernouf, Henri Prentout, Léonce Pingaud, Legrand, de Sybel, Oncken, Fournîer, de Maliens, Browning, Stanhope, Seeley, Green, Mahan, Bernhardi, Roloff, Botta; les études de MM. Philippson, Caudrillier, J. Potrel, Buchholz.

3 27 juin 1801

merce anglais. La guerre serait aussi onéreuse que vaine. La paix permettrait de reprendre les affaires avec le monde entier et de renouer sous main les relations politiques avec le continent. L'Autriche avait cédé, mais elle jalousait la France en Italie; elle convoitait la Lombardie, les Légations; elle frémissait de livrer aux Français cette grande opération des sécularisations allemandes qui minerait sa clientèle et son influence. Qui sait si ce nouveau Campo-Formio ne tournerait pas à un nouvel avortement, à la Rastadt? La Russie devenait nettement hostile; elle entraînerait peut-être la Prusse. Bonaparte fournirait lui-même le prétexte de rompre, Theure venue, et de dépouiller la République des conquêtes qu'on ne lui reconnaissait, momentanément, que pour se donner le temps de les lui reprendre. En attendant, l'Angleterre, par quelques adroites conventions commerciales, obligerait la France à dégorger une partie de ses bénéfices de guerre et travaillerait à l'amortissement de l'énorme dette de douze milliards. Ainsi raisonnaient les politiques, ceux qui possédaient le secret des affaires. La plupart des membres du précédent ministère, Windham, Grenville, entre autres, répétaient que ce serait œuvre stérile, et que l'Angleterre perdrait les avantages de la guerre sans se procurer ceux de la paix. Pitt, au contraire, approuva, estimant que les déceptions de la paix justifieraient la reprise de la guerre, la rendraient populaire et que, dans ces circonstances, la trêve, encore que précaire, permettrait d'entreprendre ces deux grands ouvrages d'État suspendus depuis huit ans : la réforme des finances et la pacification de l'Irlande.

Hawkesbury avait pu se convaincre par les pourparlers engagés avec Otto et par les notes, très inutilement échangées depuis le mois de juin *, qu'avec Bonaparte attendre davantage, c'était précipiter les événements que l'on redoutait. Il ne restait qu'un moyen de l'arrêter, c'était de lui donner cette paix qu'il réclamait si impérieusement. Toutefois, en signant des

I LEFEBVtVK, t. 1, chap. IV. — DUCASSB.

Page 1