‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 28 sur 122 · PAIX AVEC LA RUSSIE. — 1801. ISS · texte numérisé non relu

PAIX AVEC LA RUSSIE. — 1801. ISS

préliminaires, les ministres angolais n'entendaient nullement reconnaître les nouveaux établissements de la République. Ils se réfugièrent dans l'équivoque et s'arrêtèrent à cet expédient : restreindre les préliminaires aux seuls articles indispensables, ainsi que Ton fait en un armistice, où les positions respectives ne sont déterminées que sur le front des deux armées et sur les points de contact immédiat, le reste, c'està-dire tous les espaces en arrière, sur les côtés, et tous les mouvements qui s'y opèrent, demeurant imprécis et abandonné à l'imprévu.

Bonaparte avait le même intérêt à écarter de la nég^ocîation des articles qui eussent rendu la sig^nature impossible. Il voulait la paix ; il voulait aussi la réunion du Piémont, clef de l'Italie, et il savait que l'Angleterre n'y donnerait jamais son consentement explicite. Il savait que l'Angleterre réclamerait un traité de commerce, et il était bien décidé à le refuser. Ajourner lui suffisait. Il se figurait que la paix, si incertaine qu'elle fût, paraîtrait si douce, puis si nécessaire aux peuples, que les gouvernements n'oseraient de longtemps la rompre. Dans l'intervalle, étant maître du continent et arbitre de l'Allemagne, il organiserait l'Europe de telle sorte que toute coalition contre la France y deviendrait chimérique ; bien plus, si l'Angleterre menaçait de reprendre la lutte, il coaliserait le continent contre l'Angleterre. Si, par corruption ou cabale, l'Angleterre entraînait quelque puissance dans sa querelle, il écraserait cette alliée des Anglais par la masse de toutes les autres puissances, alliées de la République.

Il lui importait donc assez peu que la convention de Londres reconnût telles limites ou telles dépendances à la République. Raisonnant sur les dispositions du peuple anglais aussi gratuitement et sur des renseignements aussi erronés que faisaient les ministres anglais à propos de la France, il se flattait de trouver dans l'opinion, dans le parti libéral, dans les commerçants, gens intéressés et à courte vue, des auxiliaires plus ou moins inconscients de sa politique, qui s'opposeraient à tout retour de Pitt aux affaires et à toute reprise des hostilités.

Cette disposition commune à ne rien déterminer, définir ou approfondir facilita sing^ulièrement les choses. Mais on ne s'entendit, en réalité, que sur un malentendu. On ne rédigea qu'une convention trouée, en quelque sorte, où la paix s'échappait entre toutes les lignes, qu'on ne concluait que dans l'arrière-pensée de la rompre, qu'on ne devait ratifier que dans les restrictions mentales. Elle excluait de l'entente superficielle les causes profondes de discorde qui avaient amené et entretenu la guerre ; elle passait sous silence les conflits qui avaient rendu la paix si longtemps impossible et qui, subsistant, la devaient si vite détruire.

Ces préliminaires fallacieux furent signés à Londres le 1*' octobre 1801 . L'Angleterre devait, à la paix, garder Geylan prise à la Hollande, la Trinité prise à l'Espagne. Elle posséderait le Gap, en condominium avec les Hollandais. Elle restituerait les autres colonies conquises sur la France et sur ses alliés. Malte serait rendue aux chevaliers, sous la garantie d'une grande puissance. Les points occupés par les Anglais sur les côtes de l'Adriatique et de la Méditerranée seraient évacués. L'Egypte serait restituée aux Turcs. L'intégrité du Portugal serait garantie; l'indépendance des îles Ioniennes reconnue. La France évacuerait Naples et les États romains. La question des pêcheries de Terre-Neuve serait réservée. Rien sur le commerce. Rien sur les limites de la France, telles que la paix de Lunéville les avait reconnues ; rien sur Saint- Domingue ni sur la Louisiane; rien sur le Piémont, ni sur l'établissement des Français à Flessingue, ni sur l'occupation militaire de la Hollande, de la Cisalpine, de la Suisse ; ni sur le Hanovre, ni sur la réorganisation de l'Allemagne.

La part des sacrifices pour la France, c'était la renonciation aux grands desseins sur l'Orient; la perte des îles Ioniennes, de Malte, de l'Egypte, des positions prises dans la Méditerranée, sur la route des Indes. Mais elle avait acquis la Louisiane, augmenté la Guyane, et, tout aussitôt, Bonaparte y chercha des diversions. Saint-Domingue reprenait, dès lors, une importance capitale. Le 6 octobre, Bonaparte organisa lef

Page 1