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de chose aux yeux de ce Moscovite. D'ailleurs très retors, très insinuant, merveilleusement adroit aux manèges mondains et aux mécaniques d'espionnage, et d'autant plus redoutable qu'il payait moins de mine. A le considérer en face de Talleyrand, c'était le ci-devant secrétaire d'État de Reubell et de Barras, le défroqué et le déclassé qui eût trahi le grand seigneur d'autrefois ; c'était l'ambassadeur impérial qu'on eût, selon les préjugés des cours, désigné pour le sans-culotte parvenu, le terroriste décrassé, le révolutionnaire passé à l'autocratie. « Son visage lacéré par la petite vérole exprimait constamment l'ironie et le dédain ; ses yeux ronds et sa bouche aux coins abaissés tenaient du tigre. Il avait adopté le langage et les grands airs de l'ancienne cour de Versailles, en y ajoutant beaucoup de hauteur; il n'y avait dans ses manières que peu de politesse et aucune aménité. Il s'exprimait parfaitement en français; mais sa parole était, en général, acerbe, tranchante et désagréable ; elle ne trahissait jamais une ombre de sentiment. » Sarcastique, au contraire, la pire langue du monde, dans les salons, et la parole la moins sûre dans les entretiens d'affaires. « La perle des diplomates russes » , dit Adam Czartoryski. « Il faut, écrivait Joseph de Maistre, offrir à chaque chancellerie l'appât qui lui convient; si l'on a besoin d'un corbeau, quel mal y a-t-il à lui présenter une charogne? » « C'était, disait le Suédois Stedingk, un scélérat avant qu'il eût fait fortune ; mais, depuis, je crois qu'il a changé de maximes. * » Gobenzl, qui l'avait éprouvé, dit de lui à Joseph de Maistre : « C'est un grand traître; « et Strogonof qui l'avait connu sous Catherine : a II est faux comme un jeton. »
Voilà l'homme qu'Alexandre adressait à Bonaparte pour lui faire la morale, sur le ton de l'ancien régime, et entreprendre avec lui et plutôt contre lui la restauration des princes et le rétablissement des principes en Europe. Au fond, et pour la dépouiller de tout voile mystique, Markof entendait fort bien
Czartoryski, Mémoires, t. I, chap. x. — Joseph DB Maistre^ Mémoires et correspondance. Lettre du 29 septembre 1803.