‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 36 sur 122 · COMMENT BONAPARTE PRÉPARE LA PAIX · texte numérisé non relu

COMMENT BONAPARTE PRÉPARE LA PAIX

faute que j'aie commise en administration, disait-il à Sainfo- Hélène. J'aurais dû traiter avec les chefs noirs *. »

Mais pour les expéditions, pour les convois, il faut des vaisseaux. Bonaparte en réclame de l'Espag^ne. Il en réclame aussi pour contenir les Anglais dans la Méditerranée, les en expulser, s'il le peut. Enchaînée par un gouvernement vénal, contre ses intérêts, sa sécurité, sa dignité même; tramée à la remorque; ballottée par le remous, dans le sillage, l'Espagne cherche à couper les câbles, à dériver vers la côte, pour s'y échouer sur les bas-fonds. Bonaparte parle en maître, exige, menace. Il soupçonne, il accuse Godoy de tripoter sous main avec les Anglais quelque accord qui permette aux galions de passer, à l'Espagne de désarmer. L'ambassadeur officiel, Lucien, ne s'occupe que de grossir son trésor de pierres précieuses et d'augmenter ses galeries de tableaux. Bonaparte le rappelle et le remplace par un général, Gouvion-Saint-Cyr, qui saura parler. « Je désire, écrit-il le 1" décembre à ce général, que vous fassiez connaître à Leurs Majestés mon extrême mécontentement de la conduite injuste et inconséquente du prince de la Paix. . . Tout ce qu'il a pu faire contre la France, il l'a fait. Si l'on continue dans ce système, dites hardiment à la reine et au prince de la Paix que cela finira par un coup de tonnerre. »

En même temps , l'Italie . Lucchesini écrivait, le 26 novembre : « Les trois républiques, cisalpine, ligurienne et Lucques, sont destinées pour faire partie d'une grande république italique qui, d'après un ancien projet, devait aller jusqu'à la mer Adriatique, aux Alpes de la Garniole et à Trieste. » L'ancien projet appartenait au Directoire, et Bonaparte avait dû, à Gampo- Formio et à Lunéville, en déchirer cette page magnifique : Venise, ses lagunes, ses côtes de l'Adriatique. Il n'attachait que plus d'importance à fortement constituer le reste, à y assurer la domination française, à y rendre impossible tout retour agressif de l'Autriche.

' Notes pour servir aux instructions à donner au capitaine général, 31 octobre 1801. Archives nationales ; texte publié par Roloff, Die Kolonial Politik Napo' leons I.

i7S LES PRÉLIMINAIRES DE L0WDRK5. ~ i»Ot,

Il rég^nait, dans le nord et le centre de l'Italie, une agitahoii sourde, la même qui avait préparé, en 1798 et 1799, la chute de tant de gouvernements improvisés. Les meneurs demeuraient les mêmes : sectateurs ardents de l'affranchissement par la France, transformés en adversaires de la France dès qu'ello avait prétendu, sinon conquérir et annexer, au moins organiser sous sa tutelle les républiques d'Italie, les associer à ses destinées et les employer à sa politique. Ils prétendaient de la France qu'elle fit pour eux, et sans autre sacrifice de leur part, ce qu'elle avait fait pour elle-même, avec tant d'efforts, depuis 1792 : assurer l'indépendance nationale, consommer l'unité politique. Ces unitaires se montraient d'autant plus hostiles aux Français qu'ils s'inspiraient davantage de leur exemple et transportaient plus directement en Italie la révolution à la française, c'est-à-dire violemment nationale et, par suite, antifrançaise. On signalait des menées, des émissaires; on découvrit" un plan horrible», une insurrection de toute l'Italie « pour chasser les Français, détrôner tous les monarques et faire du pays entier une république italienne *.»

« La grandissime majorité revient, avec les anciens gouvernements, à l'estime des Français » , écrivait, le 23 décembre, Cacault qui, de son poste de Rome observait tout le pays; « cependant, comme les Italiens gardent la rancune plus que les autres peuples, nous serons longtemps au milieu de gens irrités, prêts à éclater contre nous, avec zèle, s'ils l'osaient. II leur a été fait, comme il arrive toujours dans la guerre, des maux nécessaires et des iniquités. Il faut maintenant les

» Cf. t. V, p. 317, 321, 362, 41Î.

Page 1