LES PREMIÈRES CONFÉRENCES
objets sont absolument étrangers à nos discussions avec l'Angleterre. »
Ni les Anglais, ni personne, parmi les diplomates, ne conservaient sur ces chapitres la moindre illusion, a Vous me parlez du roi de Sardaigne, écrivait Kotchoubey à Woronzof, à Londres; mais que pouvons-nous faire pour lui?... Si le gouvernement français ne nous écoute point, il faudra en passer par là. » C'est la note que donna le plénipotentiaire anglais, lord Gornwallis, dès son arrivée à Paris.
Philippe Cobenzl, qui avaitremplacéà Paris, en septembre, son cousin Louis retourné à Vienne pour y prendre le ministère, s'étonnait des singulières prétentions des préliminaires: l'Italie, la Hollande, la Suisse, le Piémont! il existait, sans doute, des articles secrets? « Malheureusement, lui répondit Gornwallis, la situation de l'Angleterre se trouvait telle, à ne pouvoir s'occuper des affaires du continent, quoiqu'elle y eût sans doute un très grand intérêt; on ne pouvait plus différer de faire la paix, l'Angleterre se trouvant seule en guerre avec la France ; il était inutile de plaider la cause du roi de Sardaigne, la France ayant résolu irrévocablement de conserver le Piémont. — Mais, objecta Cobenzl, les Français, maîtres du Piémont et maintenant une armée dans la Cisalpine, demeureront maîtres du royaume de Naples et de toute l'Italie. — Je le sens fort bien, répondit Cornwallis; mais comment l'empêcher? Nous ne pouvons rien sur le continent*. » — «Je demandai à lord Gornwallis, écrivait Markof, s'il avait des ordres pour agir en faveur du roi de Sardaigne. Il m'a dit qu'il en avait, mais qui lui prescrivaient une très grande circonspection*. » Il en fut parlé dans un entretien que le premier Consul eut avec Gornwallis; il fut parlé aussi de l'Inde. Bonaparte montra son intention de traiter avec quelque nabab pour la cession d'un territoire autour de Pondichéry. « Il n'y a point, répondit Gornwallis, de nabab avec lequel la France puisse traiter, et l'affaire n'aurait d'autre effet que de brouiller les deux nations.
* Rapport de Cobenzl, 21 novembre 1801. Bouiay dk la. MErRTaiï. ' Rapport ds Markof, 13 novembre 1802.
— Vous êtes bien dur » , répliqua Bonaparte. Quant au Piémont, il ne laissa aucune espérance : ce pays servirait à Tag^randissement de la République française. Cet entretien eut lieu le 28 novembre. Les plénipotentiaires avaient tenu une conférence préliminaire le 24. La nég^ociation fut transportée à Amiens.
Les pouvoirs furent échangés les 3 et 4 décembre. Les conférences commencèrent le 5. Schimmelpenninck, qui devait négocier la paix de Hollande, s'y était rendu ; mais il soulevait des difficultés préjudicielles. Azara, qui devait négocier pour l'Espagne, se faisait attendre, et Gornwallis s'en plaignit. Bonaparte n'entendait point s'arrêter aux réclamations de ces alliés de la République. Il fit inviter Schimmelpenninck à a déclarer par un acte formel que son gouvernement accède aux préliminaires » ; quant à l'Espagne, « la paix y a été publiée » ; la présence d'Azara n'est qu'une formalité, le gouvernemen»t français se déclarant prêt « à faire agréer et exécuter par l'Espagne tant les articles préliminaires que le traité définitif * « .
C'était l'intérêt de Bonaparte de dégager le terrain et de couper court à toutes les interventions qui motiveraient de nouveaux délais, des suppléments de procédure. C'était, an contraire, le jeu des Anglais de compliquer les affaires ; d'at tendre l'Espagnol, et de récriminer sur ses lenteurs; d'écouter le Batave et d'encourager, sous main, ses réclamations; de faire ressortir l'opposition des intérêts entre la France et la Hollande; de faire sentir durement aux Hollandais les sacrifices que l'alliance française leur imposait. Cornw^allis prétendait même appeler un Portugais; Bonaparte refusa : c'eût été transformer une négociation, très simple et toute de forme, en un congrès de puissances maritimes*. Puis on discuta sur la langue diplomatiques, question toujours posée, toujours réservée dans tous les congrès, admirable matière à digres-
' ïalleyrand k Joseph, 7 décembre 1801.
' Cornwallii à Joseph, 13 décembre; Talleyrandà Jo8eph,14, 15, 16 décembre ISOl.