SIGNATURE DE LA PAIX. — 180S
sembla point : le premier chapitre de Thistoire de l'Italie nouvelle étant de vivre, et Bonaparte lui apportait la vie.
Il fut donné lecture de la Constitution. Costituzione délia Republica . . . cisalpiiia?... italiana?... «Voulez-vous» , dit Bonaparte à ces Italiens, les conviant, en leur lang^ue maternelle, à devenir une nation; «voulez-vous que l'on écrive ma/^me ou italienne?...» Quelques-uns, battant des mains, crièrent : «Italienne ! italienne ! » Et le lecteur reprit : « Constitution de la République Italienne. » Elle fut ainsi proclamée, et les patriotes virent en ces mots tout un programme d'avenir, le commencement des temps prédits par Alfieri : Italia virtuosa^ magna-' nima^ libéra è una! — La vertu qui fait les peuples libres, la magnanimité qui les fait illustres, l'unité qui les fait puissants.
a Cette séance a eu de la majesté »> , manda Bonaparte à ses collègues, les consuls Cambacérès et Lebrun. Et les prélats au pape : « Nous avons été appelés à Lyon par le premier Consul, l'immortel Bonaparte, acclamé, pour la gloire et l'avantage universel, président de notre République... ce héros du siècle ! » Bonaparte notifia au Papei'établissement de cette République : « Il a été reconnu que la religion catholique, apostohque et romaine était la religion de l'État... n II nomma Melzi vice-président « pour remplir les fonctions attribuées au président » , et Marescalchi ministre des relations extérieures.
Alors, il se retourna vers Amiens. Mais il éprouva des résistances auxquelles il ne s'attendait point. Tandis qu'il chargeait Joseph de notifier à Cornwallis la constitution de la République itahenne, qu'il la notifiait lui-même à Alexandre; qu'il annonçait à cet Empereur l'évacuation prochaine de la Suisse, la remise de Malte à l'Ordre, la signature imminente de la
i»6 LK TRAITÉ B'AMIENg. — 180S.
paix *, Joseph, malgré son optimisme, était contraint d'écrire, le 12 février : « Mes dépêches précédentes doivent vous avoir mis à portée d'apprécier les difficultés qui retardent la conclusion. L'article de Malte n'est pas réglé. Lord Gornwallis m'a proposé de déclarer le traité de paix commun à la Turquie. » Ces difficultés provenaient de l'effet produit en Angleterre par la Consulte de Lyon, la présidence de la République italienne, l'occupation de l'Ile d'Elbe *, l'expédition de Saint- Domingue, surtout le bruit des préparatifs maritimes en France, en Hollande, et le retentissement des entreprises coloniales dont l'acquisition de la Louisiane annonçait le dessein.
Le» Anglais démêlaient ces desseins de Bonaparte sur la paix, et ils les jugeaient infiniment plus redoutables que la guerre même. Quoi ! il n'obtiendrait ce domaine magnifique des Pays-Bas et de la rive gauche du Rhin, cette suprématie de la Hollande et de l'Italie, que pour développer aux deux Indes la puissance française ! Il ne faisait la paix que pour centupler les bénéfices de la guerre! Après les conquêtes, le commerce; après la terre ferme, des îles, des comptoirs; après l'Escaut et le Rhin, le Mississipi! On chassait les Français d'Egypte, ils s'installaient à Livourne, à Gênes; on rendrait Malte, ils prenaient l'île d'Elbe ! La faiblesse du cabinet de Londres leur avait permis d'envoyer à Saint-Domingue une armée, un de leurs meilleurs généraux, le propre beau-frère du Consul, celui qui avait forcé le Portugal à se fermer aux Anglais; un tel choix trahissait des projets étendus : un futur Clive français, un futur Wellesley, destiné à conquérir un autre Empire, celui des Indes occidentales. Après Saint- Domingue et la Louisiane, la Guyane, la Floride, le Mexique; le golfe immense entamé sur toutes les côtes, entrepris par toutes les îles ! Pour leur interdire les Pays-Bas et les expulser de l'Inde, l'Angleterre a soutenu deux grandes guerres ; elle
' Talleyrand à Joseph, 14 février; Bonaparte à Alexandre, 16 février 1802. " Retenue par Bonaparte lors de l'attribution de la Toscane à l'infant do Parme. De Gieuco, t. I, p. 431. — Ci-dessus, p. 107, 113.