‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 44 sur 122 · SIGNATURE DE LA PAIX. — 180Î. 1Ô · texte numérisé non relu

SIGNATURE DE LA PAIX. — 180Î. 1Ô

leur a pris le Canada : c'est pour les voir maintenant établis à Anvers, à la Nouvelle-Orléans ! Que reste-t-il du traité de 1 763, le seul, le vrai traité de la paix britannique? Si encore, et pour compensation, ils se prêtaient à renouveler le traité de commerce de 1786, qui vaudrait, aux yeux des Anglais, un autre empire des Indes et un autre Canada ; si cette vaste étendue de côtes, qu'il leur faut reconnaître à la France, s'offrait comme un filtre absorbant; si ces embouchures de fleuves s'ouvraient comme autant d'entonnoirs énormes aux produits anglais? Mais Bonaparte s'y refuse.

Bonaparte, héritier de l'esprit de domination du Comité de salut public et du Directoire, l'est aussi de leurs systèmes économiques. En même temps qu'il fait des « limites naturelles » une loi de l'Europe, il maintient la loi draconienne du 10 brumaire an V, reproduction aggravée, si c'est possible, de la loi terroriste du 19 vendémiaire an II, cette loi des suspects économique, qui assimile les négociants anglais aux émigrés, déclare leurs marchandises ennemies et en prohibe l'importation et la vente « dans toute l'étendue de la République française * » .

Addington et ses collègues se persuadent qu'ils n'obtiendront pas du Parlement la 'ratification du traité, s'ils n'obligent pas les Français à abandonner quelques-uns des articles essentiels des préliminaires, et ils croient pouvoir les y contraindre par le péril où une brusque reprise de la guerre placerait, sans secours possible, la flotte française en route pour les Antilles.

Bonaparte voit le péril ; mais il préfère la guerre immédiate à une transaction chimérique qui remettra aussitôt tout le traité en question; car, à la moindre coupure sur les bords, la trame se déchire, et les Anglais tireront toujours plus fort, jusqu'à rompre l'étoffe*. Il mande à Joseph de rédiger un projet ne varietur et de s'y tenir aussi près que possible des

' Voir le précédent du Directoire lors de la négociation de Malmeibury, tome V, p. 116.

' Journal de Malmesbury, Note* du 3 mai 1802, sur Ie« propos tenus par Jackson, qui était à Paris au temps des négociations. — Bottlat di la Mvobtrk, t. V. p. Î20, note.

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préliminaires. Il écrit ou dicte des notes sur Malte, sur la Porte, sur les Barbaresques, pour servir d'instructions dernières à Joseph et à Otto '. Dans l'une, il pose le principe, qui est, qui sera un des principes directeurs de sa politique, et qu'il tient de Golbert et du Comité de salut public : « La Méditerranée est à la France et à l'Espagne par leur position topographique. » Mais il se montre accommodant pour les arrangements de Malte ; il cherche un mezzo termine pour la remise de l'île à l'Ordre, sous la protection du roi de Naples. «L'Angleterre pourrait garder cette île encore six mois après la signature du traité; bien entendu que, de notre côté, nous garderons Tarente. »Il ne parle plus des comptoirs des Indes, du Gange ni de Terre-Neuve. Quant aux États nouveaux de l'Italie, la République italienne, la Ligurie, l'Étrurie, il n'insiste plus; mais il avertit : l'Angleterre peut les exclure du traité, soit; ils seront exclus de la paix*.

€ Si l'Angleterre refuse de reconnaître trois puissances qui tiennent une place aussi distinguée, elle renonce donc à prendre aucun intérêt aux peuples qui composent ces trois Etats. Cependant, comment admettre que le commerce anglais soit indifférent au commerce de Gênes, de Livourne, des bouches du Pô et de la République italienne? Et si son commerce souffre des entraves dans ces trois États, à qui Sa Majesté Britannique aura-t-elle à s'en prendre?

« Et si ces trois puissances, frappées de voir qu'elles ne sont pas reconnues par les grandes puissances, font des changements dans leur organisation et cherchent un refuge dans une incorporation avec une grande puissance continentale, Sa Majesté Britannique se refuse donc aussi le droit de s'en plaindre? »

Il terminait par ces mots, gros d'avenir et qui rappellent ses déclarations à Cobenzl, lorsque, à Lunéville, l'Autriche se dérobait encore : « Ne considérerait-on la paix que comme une trêve ? Perspective affligeante , décourageante pour l'homme de bien, mais qui aurait pour effet infaillible

' Talleyrand à Joseph; notes de Bonaparte pour Ottoj Bonaparte à Talleyrand, 19 février 1802.

* Projet de note pour Joseph, ^ insértr au protocole, 19 férrierlSOâ. Elle «tt au protocole du SI, en substanoe.

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