‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 50 sur 122 · LES OPPOSANTS EN FRANCE. — 1802. 2JLT · texte numérisé non relu

LES OPPOSANTS EN FRANCE. — 1802. 2JLT

plus tard Napoléon. Et s'ils rêvent de le renverser, c'est pour revenir à un Directoire ouvert aux factions, un gouvernement ajournées et à proconsulats; s'ils pensent à élever l'un d'eux au pouvoir, c'est qu'ils l'estiment mou, aveug^le, débonnaire, prêt à capituler entre leurs mains, comme un roi fainéant de Pologne au milieu des magnats. Quand ils parlent de rétablir la République et de renverser le tyran, ils ne l'entendent point en vue de fonder le règne des lois, ni celui de la tolérance, ni celui de la paix; ils n'ont qu'un objet, rendre aux généraux, par l'anarchie et l'impuissance du pouvoir civil, la prépondérance et la licence que leur ont procurées les factions depuis 1795; en un mot, la dictature de la République ^ La paix! C'est, contre Bonaparte, l'argument sans réplique invoqué par l'auteur des Libelles de 1802^ : a II semblerait que les généraux et les armées qui ont vaincu en Italie, en Helvétie et à Hohenlinden sont disparus et dissipés comme de la fumée : le premier Consul, Lunéville, Amiens; Amiens, Lunéville, le premier Consul : voilà donc tout ce qui constitue la nation française... Soldats! vous n'avez plus de patrie, la République n'existe plus, et votre gloire est ternie, votre nom est sans éclat et sans honneur! » Ces turbulents poussent donc à la guerre ; ils la réclament et ils la rendent nécessaire pour les occuper, débarrasser d'eux la République, et les rejeter dans l'héroïsme et la conquête qui sont leur élément. Si la paix d'Amiens leur déplaît, c'est parce qu'elle est la paix, improfîtable et oisive, et surtout qu'elle ne laisse d'autres aventures à courir que celles des colonies, dont ils ne veulent pas. Ils ont eu assez de l'Egypte. Lorsque Leclerc fut envoyé à Saiiit- Domingue, sa mission, dans le monde des opposants, fut considérée comme un assassinat. Lorsque le général Decaen partit pour les Indes et Tîle de France, Moreau, son ami, le plaignit de partir pour l'exil. C'était une disgrâce quand ce n'était point pris pour une déportation, quelque chose comme le Sinnamari de « fructidorisés » militaires.

' Cf. t. IV, p. 378-381 ; t. V, p. 310, 321, 362, 365, 383.

' Appel aux armées français; es par leur camarade. Mai-juin iSOC.

Mais si Ton frondait, si Ton continua de cabaler dans» l'armée consulaire, ainsi que l'on avait cabale, de tout temps,, dans l'armée royale, la g^rande majorité se ralliait déjà et set rallia de plus en plus au Consul, parce qu'il était la plus haute» gloire de l'armée, qu'il menait l'armée à la gloire, et que la» fortune des militaires leur paraissait intimement liée à lai sienne. A part quelques philosophes à épée comme Paul-Louis» Courier, quelques héros récalcitrants comme Lecourbe, quelques spéculatifs vertueux, à la Catinat, comme Drouot, les^ uns et les autres, d'ailleurs, citoyens et hommes de devoir, ilt ne resta bientôt plus, pour mener cette Fronde militaire, que» les chefs de file, ceux qui se flattaient d'évincer Bonaparte ett de s'attribuer le Consulat. Ceux-là demeurèrent irréconciliables, que Bonaparte les ait proscrits, comme Moreau, oui comblés, comme Bernadotte.

Bernadotte est un Pichegru de belle tenue, et qui a réussi. Cet ancien sergent, devenu ambassadeur et ministre du Direo-toire, se tenait aux aguets, le 19 brumaire, prêt à reprendre»» l'opération, avec les jacobins, et à la retourner en un autre Fructidor. Il se pose en victime du coup d'État ; il se présentei en vengeur de la République; il caresse, il embrigade, il* anime tous les mécontents de l'armée, des anciens clubs, des* salons où l'on intrigue, sauf, le coup fait, à les jouer tous et ài se débarrasser d'eux. D'ailleurs n'ayant garde de se livrer ai un complice ni de se dérober à une faveur. Il est du sang de Gascogne qui, pour trouver les passages, partir à point, arriver à temps, éviter les mauvaises rencontres, découvrirla bonne place, s'y asseoir et s'y tenir vaut tous les sangsdu monde. Moreau ne possède ni cette emphase, ni ce panache, ni cette politique. C'est un Breton hésitant et têtu, qui ruminé son ambition et rêvera toute sa vie d'avoir la main forcée. Il joue la même partie que Bernadotte, sournoisement, de mauvaise humeur, se prêtant aux commérages de ses familiers, mais répugnant à se livrer. Il affecte d'ailleurs, en toute chose, de prendre le contre-pied du Consul. Bonaparte se pose en hr m ne d'État, parle législation, finances, haute politique;

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