‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 53 sur 122 · ACHEMINEMENT A L'EMPIRE · texte numérisé non relu

ACHEMINEMENT A L'EMPIRE

rien, homme d'État, homme de Tancienne France et serviteur de la nouvelle : * Ces quatre années sont, avec les dix années du règ^ne de Henri IV, la meilleure, la plus noble partie de l'histoire de France '. » Les diplomates étrangers, si volontiers prophètes de mésaventures, ruines et banqueroutes, sont forcés d'en convenir : « H connaît et juge à merveille la nation qu'il gouverne, écrit Lucchesini. Il les contient et les maîtrise tous les uns par les autres. »» — «On parle de partis, de factions, de haines et de jalousies, écrit Markof. Mais tout est muet, tout fléchit sous la volonté du maître le plus ibsolu... M Aucune faction n'est capable de culbuter Bonaparte, aucun factieux de taille à prendre sa place.. On croit, 2n Europe, facile de le renverser; à Paris, on ne le croit Das : " Il est l'homme de la Révolution » , et, par là, « le prenier homme de France * » .

Mais cet ouvrage qui est, en partie, l'effet de la paix veut, }0ur se consolider, le maintien de la paix. Personne n'en tira )lus grand parti que Bonaparte ; personne n'a plus d'intérêt à a conserver, à la consolider, à en obtenir tous les avantage» {u'elle comporte.

Pour prolonger et exploiter la paix, la première opération ttûit d'étendre et consolider autant que possible les contreortset postes avancés de la France en Allemagne. Il s'agissait e reprendre, en grand, l'ouvrage de la paix de Westphalie et

* Souvenirs, t. I, chap. i. Comparez Pasquier, Mémoires^ t. I, cliap. vu : Jamais Bonaparte ne m'a paru plus grand... « — Roederer, Tableaux de V an X^ lU, p. 385 et suiv. — « Il avait usé de son autorité de manière à la rendre tile, même à la faire aimer. L'influence salutaire qu'il avait acquise donnait au onsulat, en Europe, la consistance d'un gouvernement ancien. » Talleyràso, témoires^ t. I, p. 287, — Voir Saikïe-Beuve, Nouveaux Lundis, t. XII, article amille Jordan, p. 284. — Ngrvins, t. I, p. 295 et suiv., prospérité publique: La plus glorieuse année de l'histoire », etc. ■ Rapports do Lucchesini, avril 1802 ; de Markof, 13 octobre, 25 décembre 1801.

de le consommer selon « les lumières du siècle » , pour la plus puissante suprématie de la République. « Voulez-vous, disait Turenne, défendre la rive g^auche du Rhin, passez sur la rive droite. » Mazarin avait combiné saLig^uedu Rhin pour garder l'Alsace. Bonaparte, suivant les desseins du Comité de Tan III et du Directoire, entendait, par la confiscation des territoires ecclésiastiques, constituer à la République un système d'alliés, de clients, d'enrichis et d'arrondis, quelque chose comme les ci-devant ré^jiments du Royal-Bavière, du Royal-Deux-Ponts et autres mercenaires de qualité, transformés en armée du dehors, en armée de confins militaires, montant, pour le compte de la République, la {^arde sur leur propre territoire. Tous tendaient la main; Paris devint une immense Bourse de terres ecclésiastiques, où les princes d'Allemag^ne mirent aux enchères les dépouilles du Saint-Empire. Bonaparte sig^na, le 23 mai, avec la Bavière, qui fît une opération, un «arbitrag^e» mag^nifique : elle abandonnait sur la rive g^auche 12,000 kilomètres carrés et 700,000 habitants, détachés de son corps d*État, exposés aux prises de la France ; elle recevait, sur la rive droite, 17,000 kilomètres carrés et 900,000 habitants, contig^us, homog^ènes *. Ainsi le Wurtemberg[^, qui reçoit neul villes libres et nombre d.'abbaves. Ainsi Bade et la Hesse. Ainsi et surtout la Prusse : pour se payer de 2,750 kilomètres carrés et d'environ 125,000 sujets, disséminés, en petits paquets, sur le bas Rhin, loin de la capitale et du g^ros de h monarchie, elle s'incorpore, au cœur de l'Allemag^ne, formant, en Westphalie, comme une seconde Prusse, satellite de^' l'autre, enveloppant, tournant toute l'Allemag^ne du Nord^ menaçant l'Allemagne du Sud, 12,000 kilomètres carrés el 500,000 habitants; plus pour sa cliente, la maison d'Orange, Fulda, Dortmund, 2,600 kilomètres carrés et 120,000 habi^ tants. Il n'aurait tenu qu'à Frédéric-Guillaume, assoui d'évêchés et d'abbayes, d'acquérir encore davantage. Talley-j rand, reprenant le thème que, malgré les refus réitérés de

' Voir HiHLY, Histoire de la formation Urritoriale des États de l'Europe eeni Utile, t. II.

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