‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 54 sur 122 · LES SÉCULARISATIONS EN ALLEMAGNE. — 1802. Î · texte numérisé non relu

LES SÉCULARISATIONS EN ALLEMAGNE. — 1802. Î

Prusse, tous les gouvernements de France s'entêtaient à développer depuis 1792, disait à Lucchesini : « Les projets de votre ag^randissement entrent dans nos calculs ; vous devez dominer dans le Nord de l'Allemag^ne... Il faudrait remanier toute cette A.llemagne. » Et Bonaparte écrivant au roi, le 23 mai : «Je regarderai toujours comme politique pour la France et extrêmement doux pour moi de faire quelque chose qui puisse accroître la puissance et la force de son royaume [de Votre Majesté], et de réunir par des lienç plus étroits la Prusse et la France. » Le même jour, à l'Empereur Alexandre, qui devait se rencontrer alors avec Frédéric-Guillaume, à Memel : a Les Affaires d'Allemagne ont été pesées et discutées avec le ministre de Votre Majesté, et je crois que, souj peu de jours, nous présenterons conjointement une note à la Diète de Ratisbonne, dans laquelle nous demanderons le bonnet électoral pour le margrave de Bade et le duc de Wurtemberg, avec tout ce qui peut arranger les différents princes. »

L'acte signé par Markof et Talleyrand le 3 juin fut porté à la Diète le 18 août et forma la base du fameux Recès de V Empire du 25 février 1803 ' Les princes ecclésiastiques étaient supprimés, sauf trois : l'électeur de Mayence, baron de Dalberg, réduit à ses possessions de la rive droite, avec l'évêché de Ratisbonne et la présidence de la Diète ; le grand maître de l'ordre teutonique et le prieur de Malte. Les villes libres étaient réduites de cinquante et une à six, par médiatisation. En revanche, le nombre des électeurs était porté à dix, dont quatre nouveaux : Salzbourg-Toscane, Bade, Wurtemberg, Gassel ; en résumé : six protestants contre quatre catholiques. L'Allemagne sortait de là étrangement concentrée ; la poussière d'État s'agglomérerait entre les mains des princes laïques, et tous ces « nouveaux riches » , gorgés de terres et d'hommes par la République, semblaient à la discrétion de la France.

La considération de la Russie entrait pour beaucoup dans

» Voir HiMLY, t. I, p. 2^2, 321 «t •«!>.

ces accommodements. Bonaparte savait qu'Alexandre et Frédéiic-Giiillanme devaient se rencontrer alors : il tenait à ce que les affaires fussent finies, à l'avantagée de la Prusse et d'accord avec la Russie, ce qui, peut-être, les amènerait à une triple alliance tournée contre les Anglais et favorable aux vues de la France sur la Méditerranée.

Le roi de Prusse était à Memel quand il reçut la lettre de Bonaparte et la convention signée par Lucchesini. Il se hâta de la ratifier. Sans doute, l'Empire n'existait plus que de nom; mais la Prusse, fortifiée, arrondie, avec des avant-postes dans le sud, des forteresses dans le centre de l'Allemagne, se sentait les mains libres; elle pouvait les étendre, reprendre ses desseins d'hégémonie de l'Allemagne du Nord et trouver dans les agrandissements mêmes qu'elle tenait de la France les moyens de se soustraire à la suprématie française. Frédéric- Guillaume comptait sur la Russie pour garantir à la Prusse ses nouvelles acquisitions, et sur l'amitié d'Alexandre pour le protéger lui-même contre la hauteur, l'esprit de domination de Bonaparte. Cette amitié le relèverait, devant ses propres sujets, devant l'Europe, de ce rôle fâcheux de client où sa neutralité lucrative l'avait abaissé *.

Frédéric-Guillaume et Alexandre se rencontrèrent, pour la première fois, le 10 juin 1802, dans ces pays de la Prusse orientale dont les noms, Memel, Polangsen, Tilsit, devaient si souvent figurer dans leur histoire*. Frédéric-Guillaume avait alors trente-deux ans: timide avec beaucoup de susceptibilité; souverain effacé, irrésolu, avec l'amour-propre du pouvoir; assez gauche, avec cette bonhomie qui, en Allemagne, s'accommode de tous les caractères, sauf de l'esprit à la Méphistophélès et à la Frédéric. La reine Louise avait vingt-six ans. Elle était l'orgueil des cours d'Allemagne. On vantait son éducation parfaite, à la française, c'est-à-dire qu'elle écrivait

* Mémoire de Haugwitz, 21 mai 1802. Bailleu.

* Souvenirs de la reine Louise publiés par Bailleu : Correspondance inédite du roi Frédéric' Guillaume et de la reine Louise avec l'empereur Alexandre I**, — Souvenirs ^o la comt«»se de Yoss.

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