‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 56 sur 122 · ALLEMANDS ET ANGLAIS EN FRANCE · texte numérisé non relu

ALLEMANDS ET ANGLAIS EN FRANCE

tait 16,000 Anglais*. Ils se pressent, attirés, quelques-uns, Télite, comme Fox, par une curiosité sympathique, le désir de connaître de près, dans la vie réelle, ces républicains et cette République qu'ils avaient admirés, de loin, dans l'idéal. La plupart étaient poussés par le spleen^ l'ennui de leur île, la badauderie transcendante. Ils venaient visiter les ruines et les femmes déclassées, la revue du Consul au Carrousel et les galeries de bois de l'ex-Palais-Royal. Ils ne trouvèrent pas ce qu'ils cherchaient. Paris ne leur apprit rien, en fait de débauche, pas même l'ivresse gaie. Si l'on y mangeait fort et si l'on y buvait sec, on y riait peu. A force de déloger les gentilshommes d'Allemagne et de prendre leur place à leur table ainsi que dans leur lit, les jeunes Français en avaient adopté les mœurs de hobereaux, lourdes et peu sobres. D'ailleurs, la consigne d'en haut était de tout prendre au sérieux. Le gouvernement de Bonaparte n'était pas, à l'image du Directoire de Barras, un gouvernement de tripot, la République consulaire une république pour étrangers, c'est-à-dire un pays à mépriser en le pourrissant. Ce n'est pas, à proprement parler, de la déception qu'ils éprouvent; c'est l'étonnement, la contrariété, l'inquiétude de trouver le pays et l'homme autres qu'ils ne se les étaient figurés : le pays dévasté et couvert de guinguettes; des auberges somptueuses, des bals publics, des maisons de jeu ; un défilé de nymphes demi-nues, des cortèges à' incroyables; une bande de flibustiers dépensant en orgies les richesses dérobées à toute la vieille Europe. Ils voient des terres cultivées, le bétail abondant et bien tenu, les chaumières propres, des fabriques qui se bâtissent; partout de l'ordre, du travail, du contentement honnête, le bien-être qui revient, une nation en croissance, un corps sain, des organes puissants qui fonctionnentallégrement. Ils se représentaient le Consul, soldat de fortune, comme la plupart de ses lieutenants, traînant le sabre, agitant le panache. Au lieu d'un parvenu militaire, ils

^ Carr, les Anglais en France après la paix d'Amiens, traJuction française. — Rema.ci,k, Correspondance royaliste. — Rkichardt, Un Hiver à Paris sous le Consulat.

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