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LA MISSION D'ANDREOSSY

eux la même énergie que l'esprit d'indépendance, l'ambition des conquêtes, la propag^ande de la foi ou des idées, l'honneur et la mag^nificence. Il n'imag^inait pas, d'ailleurs, que la paix serait rompue avant 1804, et, d'ici là, il se flattait d'avoir le temps de coaliser le continent, de refaire la marine française, d'org^aniser les manufactures en France, g^râce à Ghaptal et à Berthollet, de les mettre en mesure de soutenir la concurrence, et, en attendant, de reprendre Saint-Domingue, de se réinstaller dans les comptoirs de l'Inde et de s'établir dans la Louisiane *. Il s'occupa donc d'établir avec l'Angleterre des rapports réguliers. A l'image des Anglais mêmes, qui possédaient en France un service de renseignements et une agence d'émissaires parfaitement montée, il remonta celle de la France en Angleterre et y détacha un essaim d'observateurs politiques et commerciaux, parmi lesquels un voyageur intellectuel, Fiévée, des policiers et contre-policiers pour les émigrés de Londres *. Il fallait un ambassadeur en titre. Il fit choix du général Andréossy, et Talleyrand s'occupa de dresser les instructions *.

Le premier soin d'Andréossy sera de « s'appliquer toujours à réclamer et à promettre l'exécution littérale des stipulations arrêtées m par le traité d'Amiens. Pour ce qui est de Malte, il lui 0 sera donné des instructions spéciales et successives » . Le second objet de sa mission sera « d'éloigner, en chaque occasion, toute intervention du gouvernement britannique dans les affaires continentales » . Le troisième sera le commerce. Le premier Consul considère qu'un traité de commerce « ne peut être que l'ouvrage de beaucoup de méditations et de temps » . Il ajourne toute convention de ce genre; mais il est disposé à négocier « une série d'arrangements particuliers et de compensations calculées d'après les intérêts respectifs du commerce des deux nations... Le gouvernement français ne peut

' Me88a{»e du 6 mai 1802. — Lettre» à Decrès, 15 avril; à Talleyrand, 21 avril 1802. — Souvenirs de Ghaptal.

* Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. V, article B'iévée. — Rcmderer, t. I, p. 468. — Lettres à Hœderer, 16 mars 1802. — Lanfrey, t. II, p. 467.

• Elle» portent la date du 1" juillet 1802.

244 LA RIVALITE DANS LA PAIX. — iSOJ.

lever subitement toutes les prohibitions établies sur le commerce ang^Iais et ouvrir la porte aux produits de l'industrie anglaise, sans porter un notable préjudice aux manufactures nationales qui, depuis quelques années, ont reçu, il est vrai, une impulsion favorable, mais qui n'ont encore eu, soit en capitaux, soit en approvisionnements de matières premières, aucun des moyens qui peuvent les mettre à même de rivaliser avec les manufactures anglaises » . Andréossy devait surveiller de très près tout le mouvement du commerce, des fabriques, des banques en Angleterre. Il devait enfin provoquer l'expulsion des princes de la maison de Bourbon, de Georges et de ses amis, des évêques non démissionnaires; bref de tous les réfugiés et émigrés hostiles à la République et au premier Consul.

Andréossy ne partit point. Les Anglais n'annonçaient pas le départ de leur ambassadeur, et les rapports d'Otto, les extraits de gazettes ouvraient de moins en moins d'espérances à une reprise des relations pacifiques. Les ministres, avec une certaine discrétion; les gazettes, en termes fort libres et de plus en plus violents, se plaignaient de tout, récriminant sur le traité et sur ses conséquences. Bonaparte y faisait répondre,» par ordre, dans le Moniteur , et du même style, employant à cette polémique, où parfois on reconnaît sa griffe, la plume toujours officieuse de Barère, qui sortait de ses tiroirs ses car^ magnoles de l'an II et les transposait du ton qui convenait au pontificat de Robespierre au ton du consulat de Bonaparte. En fait de liberté de presse, le premier Consul ne s'éleva jamais au-dessus des idées d'un jacobin de 1793 et d'un fructidorien de 1797; il n'admettait pas qu'un pays étranger eût des lois différentes de celles de la République française, ni que les convenances de la politique française ne fussent point, pour les étrangers, la règle des libertés publiques. A ses réclamations, les ministres anglais objectaient leur législation, c'està-dire leur indépendance, et les immunités d'une presse dont ils étaient les premiers à subir les attaques; puis ils réclamaient contre les diatribes du Moniteur qui, disaient-ils, n'est

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