‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 59 sur 122 · LA MISSION D'ANDRÉOSSY. — 180Î. Î · texte numérisé non relu

LA MISSION D'ANDRÉOSSY. — 180Î. Î

dirigé que par le bon plaisir du Consul et dontje Consul, par suite, est l'éditeur responsable. D'où le conflit le plus insoluble, le débat le plus mal posé du monde : chacun exigeant de l'autre qu'il change de caractère et de génie, sacrifie ce qu'il juge être sa dignité, abroge ses lois, renonce à ses coutumes. « Le gouvernement français, disait Hawkesbury, doit ^voir conçu une idée bien fausse du caractère de la nation anglaise, s'il imagine que nous puissions consentir à violer les droits sur lesquels reposent nos libertés. »

Les « réfugiés » ne s'en tenaient point aux épouvantails de papier. Le ci-devant rédacteur des Actes des apôtreSy Peltier, provoquait dans son libelle périodique, V Ambigu^ a les derniers Romains » à faire au nouveau César « l'apothéose de Romulus » .

Georges Cadoudal n'entendait point en laisser l'honneur aux « derniers Romains » . Dès l'année 1800, il avait projeté le a coup essentiel, le coup sur la capitale », qu'il tenta en 1804. Marengo avait rompu ce dessein. En août 1802, il retourna voir l'ancien collègue de Pitt, Windham, avec qui il demeurait en rapports, réclamant, pour sa milice de forbans, des subsides et des barques. « Évidemment, écrit Windham après la visite, il a en vue quelque changement qui, il le pense, doit arriver en France et pour lequel il désire que ses officiers soient libres de leurs mouvements. » Le changement, c'est celui que Georges essaya d'opérer, deux ans plus tard, sur la route de Malmaison. Sur ces entrefaites, et pour prévenir l'effet, peut-être favorable, de l'arrivée prochaine, disait-on, d'Andréossy, les ennemis de la France montèrent une machine analogue à celle qui, en 1792, avait fait échouer '■ la mission du comte de Ségur à Berlin. Ce sont de prétendues instructions à Andréossy qui, par une prétendue indiscrétion, sont lancées dans le public*. Elles portent, dans les libelles, la signature de Talleyrand et la date de messidor an X. L'objet, très grossièrement souligné, en est de froisser l'honneur

* Affaires étrangères, correspondance d'Angleterre, ea copie : Extrait dêê » papiers anglais. Voir t. II, p. 339.

anglais et particulièrement la dig^nité de la couronne. « Les Pitt, les Grenville, les Windham, les Bourbons et leurs amis les chouans sont autant les ennemis des ministres et les ennemis de la paix que ceux du gouvernement actuel. » Et voilà, dès la première donnée de cette feinte instruction, le cabinet Addington posé comme l'associé de la République française, invité à en devenir le complaisant. Voici mieux, et c'est ici que se découvre l'imitation de l'apocryphe de Berlin, qui déclarait tout à vendre en Prusse, prescrivait à Ségur de tout acheter et désignait les personnes sinon de la plus haute valeur, au moins les plus vénales. Le prince de Galles, dit l'instruction, vit dans le désordre; sa dette immense est un scandale, même à Londres. Andréossy doit circonvenir ce prince ; insinuer « qu'il souffre de le voir dans une situation si peu brillante et que, quoique sans pouvoir, il prendrait sur | lui, d'après les sentiments connus du premier Consul, si le \ prince y donnait son consentement, de demander une somme que Son Altesse Royale fixerait, à titre d'emprunt, payable quand le prince succéderait au trône » . Lors du premier payement, quand le prince offrirait de signer son obligation, Andréossy, magnifique, ainsi qu'il convient au messager de César, se récrierait ; « Le premier Consul s'en rapporte entièrement à l'honneur du prince ! » Toutefois, cette part faite à la générosité, « le premier Consul éprouverait la plus grande satisfaction si Son Altesse Royale l'assurait, par une lettre écrite de sa main, qu'elle cesserait par degrés toute liaison future avec les Bourbons, et qu'à son avènement au trône elle ne permettrait ni à eux ni aux autres émigrés de résider davantage dans ses États m . Suivaient des articles tout aussi perfidement combinés : procurer toutes les informations po»-' sibles sur les parties vulnérables de l'Inde, sur la haine qu'om y porte aux Anglais, l'affection qui y subsiste pour les Français; sur les dispositions du Canada, les perspectives d'un soulèvement en cas de guerre; on montrerait aux Canadiens lai reprise de la Louisiane comme un exemple et une garantie. Andréossy devait se procurer tous les plans, toutes les cartes

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