‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 6 sur 122 · L'ARMISTICE · texte numérisé non relu

L'ARMISTICE

débandent; la panique se retourne; les Français.se retrouvent et bousculent les Autrichiens. Desaix est frappé à mort; mais la bataille est g^ag^née. C'est Marengo. « Je ne me mets que pour moitié dans les batailles que j'ai gag^nées, disait Bonaparte à Sainte-Hélène, et c'est beaucoup pour le g^énéral que d'être nommé, car le fait est que c'est l'armée qui ga(jne la bataille ^ »

Mais si, devant lui-même, il ne se fit point d'illusion, il sut, devant le monde, jouer en g^rand du succès. Desaix était mort ; Bonaparte entoura d'honneurs ses dépouilles, et tira toute la victoire à lui-même. Son fameux plan qui, sans Desaix, eût été « la risée de l'Europe * »> , en devint l'étonnement et l'admiration. Tandis qu'en 1799, faute de bulletins pour les célébrer, les actions de Lecourbe et de Masséna, non plus un passage, mais toute une guerre de précipices, de torrents, de rochers, dans le Gothard et l'Engadine, se perdirent dans l'immensité des événements, et, pour ainsi dire, disparurent dans la foule, le passage du Saint-Bernard, par le seul prestige de la littérature et la merveilleuse mise en scène d'un général qui était en même temps un journaliste incomparable, s'étala comme sur un théâtre et fit tableau. Ainsi pour la bataille de Marengo. Bonaparte la citait comme une date sacrée, une date qui portait bonheur, et qui l'engageait avec la destinée. L'illusion en fut instantanée, universelle, et les Autrichiens furent les premiers à l'éprouver ^.

Le 15 juin. Mêlas, éreinté, déconcerté, signa un armistice, moyennant lequel il se retira derrière le Mincio. Toutes les victoires des Russes et des Autrichiens, en 1799, étaient anéanties. En même temps, à Hœchstœdt, dans une série de combats qui se terminèrent le 19 juin, Moreau rejeta les Autrichiens au delà de l'Inn et signa, le 9 juillet, une suspension d'armes, sur les instructions qu'il reçut d'Italie. Bona-

' Journal de. Gourgaud.

s Sybel, t. VI, p. 332.

' HuFFER, Quellen zur Geschichte des Zeitalters der franzôsischen Révolution. — MarenjTO : Aperçu mUitnire sur la bataille de Marengo et l'armistice qui en fut la suite, par le comte NeippbrO,

parte lui manda de lever 40 millions de contributions : c'était intéresser les Allemands à la paix. Le moment semblait venu de la signer, et Bonaparte eut voulu le faire sur l'heure même. Il ne s'abusait ni sur l'étendue de sa victoire ni sur l'affaiblissement réel des Autrichiens. Il s'agissait d'enlever le traité comme, sur le champ de bataille, la cavalerie enlève des troupes de prisonniers à l'ennemi en déroute.

Le général autrichien, comte de Saint-Julien, avait été chargé par Mêlas de porter la nouvelle de la bataille à l'empereur François. Bonaparte lui fit remettre une lettre pour ce prince. « Elle sort, mandait-il à Talleyrand, du style et de la forme ordinaires. « C'était un véritable manifeste. 11 y faisait appel à l'humanité, il invoquait la politique. « Si Votre Majesté veut la paix, elle est facile * : exécutons de part et d'autre le traité de Gampo-Formio, et consolidons, par un supplément, la garantie des petites puissances qui, principalement, paraît avoir été cause de la rupture de la paix. » Que, d'ailleurs, l'Empereur y réfléchisse : « En obligeant le peuple français à faire la guerre, on Tobligera à ne penser qu'à la guerre, à ne vivre que par la guerre... »

En attendant la réponse, il s'occupa de la Cisalpine et des affaires de Rome. Les Milanais le reçurent avec enthousiasme. Ils crurent l'indépendance de l'Italie sauvée par Marengo, comme, à Paris, les Français avaient cru la liberté républicaine sauvée par le 18 brumaire. L'indépendance de la Cisalpine consistait à être délivrée des Autrichiens, sa liberté à vivre sous la tutelle de la France. Bonaparte leva une contribution de guerre de deux millions par mois, rétablit l'Université de Pavie supprimée par Thugut, et réunit une Consulte d'État pour organiser la République. Le 18 juin, il fit, pour sa politique, un acte décisif. Il assista, dans la cathédrale, à un Te Deum solennel. On vit, pour la première fois, l'uniforme républicain figurer dans une cérémonie catholique. Il tint à en informer la France et l'Europe. « Le premier Consul,

* Bonaparte à François II, 16 juin; à Talleyrand, 20 juin 1800.

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