COMBINAISONS CONTRE LA FRANCE. — 1808. U
remède était d'engager le pays dans une guerre étrangère ; elle renouvellerait Tantique valeur et ferait oublier les réformes. »
Avant tout, elle rompra les communications avec la France. L'aristocratie dérivera de la sorte l'inondation qui la menace. Elle montrera au peuple des manufactures que la guerre seule peut assurer à l'industrie, qui le fait vivre; les débouchés dont elle a besoin sur le continent, et, aux colonies, l'expansion qui lui est nécessaire. En gouvernant selon les passions et les intérêts immédiats de cette classe, chefs d'usines et ouvriers, négociants et banquiers, l'aristocratie les intéressera au gouvernement et, du même coup, les en tiendra pour longtemps éloignés.
De cette politique va sortir une nouvelle économie d'État : l'accroissement des impôts qui n'appauvrit point une nation, quand les ressources de cette nation augmentent par son travail. Du temps de Pitt, durant la guerre, disait-on communément, si le sujet anglais payait plus à l'État, il gagnait davantage. La crise qui commence ne provient que de la paix. L'Angleterre ne peut , sans se ruiner , exécuter le traité d'Amiens. De sorte que, la paix apparaissant comme de plus en plus désastreuse, la violence des intérêts ranime la vieille rivalité, à peine étouffée, nullement éteinte. Elle se réveille comme au temps de la lutte pour la merluche et le Canada. C'est un thème inépuisable pour les opposants, un programme populaire pour le gouvernement de demain; un programme à longue échéance, un gouvernement de longue durée, aussi durable que sera le pouvoir de Bonaparte et, par ce pouvoir, la prospérité de la France. Plus la France paraîtra riche et puissante, plus l'Angleterre se jugera lésée et menacée. Ce n'est pas, en réalité, pour « délivrer » le continent, qui n'a jamais été libre, pour a affranchir » les peuples dont l'indépendance lui importe peu si leurs maîtres ouvrent leurs ports, que l'Angleterre va entamer cette lutte sans merci : c'est pour arracher à la France cette magnifique étendue de côtes, les embouchures de tant de fleuve», les chantiers de tant de vai»-
seaux, les entrepôts de tant de produits, le marché de tant de denrées, et pour imposer, par les canaux de la Hollande, par le Rhin, par l'Escaut, par la Méditerranée, le monopole de l'industrie et du commerce britanniques.
Mais les combinaisons de la guerre sont limitées et définies. Celles de la guerre pour le commerce seront les mêmes que, sous Louis XV, celles de la guerre pour les colonies : les diversions continentales. C'est par le continent que la France menace l'Angleterre, qu'elle l'isole, qu'elle prétendra la bloquer et l'affamer. Le remède se tire du mal même. Il faut lier la France au continent; il faut la contraindre à se dissoudre par son extension même, à se ruiner parla conquête continue. Elle n'est point de taille à faire double irruption, à la fois par les côtes et par les frontières de l'Est. Avant que sa marine soit en état de prendre la mer, la guerre de terre suspendra toutes les réformes de l'État, et la mer demeurera libre pour les Anglais. Découragée des coalitions, désabusée des subsides après la paix de Lunéville, l'Angleterre y revient, à mesure qu'elle discerne, à Vienne, à Pétersbourg, contre la paix de Lunéville, les mêmes griefs, les mêmes mécontentements qui se manifestent à Londres contre la paix d'Amiens. Dès que le marché des abbayes et des villes libres sera clos et que l'Autriche aura son lot, que la Prusse sera nantie, le revirement s'opérera, et ces cours songeront à tirer, des compensations et accroissements que leur a procurés leur paix avec la France, les moyens de reprendre à la France les territoires qu'elle leur a si largement payés. Les Prussiens louchent toujours vers le Bas-Rhin, la Hollande même et la Belgique ; l'Autriche n'a pas cédé la Belgique sans l'arrière-pensée de la recouvrer, au moins pour la revendre ; elle pense et pensera désormais sans cesse à réunir la Lombardie qu'elle a eue, à Venise qu'elle a prise en échange, et à s'étendre sur les Légations qu'elle convoite depuis que la République en a dépouillé le Pape et les a ainsi jetées dans le trafic européen; elle y songe, ainsi qu'au temps de Marie-Thérèse, prenant toujours et abhorrant toujours « le partage inique, si inégal » !