‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 8 sur 122 · BI$E A PARIS · texte numérisé non relu

BI$E A PARIS

dant, d'instinct, l'hérédité du pouvoir arec l'héritage de la famille . Joseph , qui en a parlé à Bonaparte , avant le départ, le 5 mai, lui en écrit, le 24; puis, obsédé de l'idée du règ^ne, il part pour l'Italie. Les conciliabules se multiplient, chez Sieyès, chez Talleyrand, chez Fouché, chez leur compère, le sénateur Clément de Ris. Ils sont unanimes à maintenir la Constitution, c'est-à-dire à demeurer au pouvoir. Mais, si Bonaparte meurt, qui tiendra l'emploi de premier consul? Moreau? ce n'est qu'un militaire, nul dans l'État; sa connivence avec Picheg^ru, en 1796, le rend suspect; le rôle de Monk pourrait tenter son caractère vacillant; il n'a pas voté, il ne donne aucune garantie aux régicides. Brune en offre davantage, trop peut-être, étant compromis dans des excès odieux aux modérés. Fouché souffle le nom de Bernadotte, qu'il tient toujours en réserve, qui se réserve lui-même, comme un en-cas de la Révolution d'abord, et, finalement, de la coalition. Carnot réunit les suffrages : il a des talents militaires, il a voté, il a été le collègue de Robespierre, et c'est la garantie des Jacobins ; les Jacobins l'ont fructidorisé, et c'est la garantie des modérés; il rassure tout le monde, il n'offusque personne *.

Les Anglais, à la faveur de cette agitation qui dégénérerait si vite en anarchie, tiennent plus que jamais à une « grande expédition » sur Brest, soutenue par une insurrection générale des pays de l'Ouest. Ils ont des affidés à Paris, à l'affût, guettant Bonaparte, disposant un enlèvement ou une machine infernale. Georges débarque en Bretagne. On lui annonce un retour précipité de Bonaparte. Il écrit à Grenville, le 19 juin^ : « Les royalistes du Maine et du Poitou, soutenus par les diversions qu'on fera dans la Normandie, dans le Midi et dans les autres lieux, pourront espérer le plus grand succès, surtout si on na pas manqué le coup essentiel de Paris.,. Le

' Lire dans Balzic, Une ténébreuse affaire^ le récit de Maraay, en 1831, chez la princesse de Cadignan : admirable mise en scène et merveilleuse pénétration de cette crise de juin 1800.

* Comte DE Martel, V Attentat de nivôse, la Conspiration Je Georges,

50 MAREN60. — 1800.

premier Consul y arrive au premier jour. Son retour précipité parait annoncer qu'il a eu quelques nouvelles d'une expédition. Il est de la plus haute importance de s'emparer le plus tôt possible de ce personnage. J'envoie à Paris pour savoir dans quelle position sont ceux qui sont chargés de cette opération. J'ai une soixantaine d'hommes à coup de main, que je leur proposerai. Ainsi, s'ils ont bien pris leurs mesures, et s'ils ont de l'énergie, j'en suis persuadé, ils réussiront, et alors le succès de la grande expédition est assuré. »

Le 20 juin, un courrier, parti après la première bataille de Marengo, arrive chez Carnot, annonçant la défaite ; il jette Paris dans la consternation, les politiques dans le désarroi, épouvantés d'avoir à décider par eux-mêmes, à choisir l'un d'entre eux, à passer de la cabale à l'action. Un second courrier met fin aux anxiétés des simples et aux perplexités des habiles. Paris avait redouté le pire; l'espérance même se trouva dépassée. Il sembla que ce coup d'audace, le passage du Saint-Bernard, qui se révélait en coup de théâtre, consommait l'œuvre de la paix et achevait, comme en une apothéose, les guerres de la République. La campagne de Marengo se dessine en tableaux de drame, dans les imaginations populaires ; le Saint-Bernard, hérissé de rochers et de glaces, les -tempêtes de neige, l'armée gravissant les escarpements, les fantassins traînant les canons le long des précipices; puis cette armée tombant dans laLombardie en fleurs, ensoleillée, culbutant les Autrichiens, et, en une journée, dont les péripéties mêmes consacrent la fortune de Bonaparte, réparant une année de revers, reconquérant l'Italie. «Jamais l'orgueil national n'avait été plus flatté... Jamais la nation ne s'était montrée plus disposée à la reconnaissance envers l'homme à qui elle devait tant de gloire et dont elle attendait alors, comme le plus grand des bienfaits, la paix, une paix solide. » — « La ville fut illuminée spontanément; l'instinct de la confiance et de la gloire, la beauté de la saison firent le reste *.

' MiOT, NORVIWS.

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