PREMIERS NOEUDS DE COALITION
Peu à peu il modifia Tassiette de son g^ouvernement, et, pour employer le mot de Markof, il inclina de plus en plus à l'opinion des Russes. Son ambition changea de cours, il se guida sur d'autres étoiles. Il revint, pour le dehors, à la politique de Catherine, ce qui, par contre-coup, le rejeta, au dedans, à l'autocratie. Faute de régénérer la Russie, il sera le restaurateur de l'ordre en l'Europe. Le Saint-Empire s'écroule, l'empire des Gaules, dont on parle beaucoup \ s'il sort du chaos, y rentrera tout aussitôt. Le tsar de Russie a la mission de régenter le vieux monde. A l'empire d'Occident, il opposera l'empire d'Orient; au Gharlemagne corse, l'autocrate slave. Cette politique sera aussi populaire en Russie que l'autre, celle de la paix et des réformes, l'était peu. « Nous sommes aujourd'hui tout à la guerre, écrivait Kotchoubey à Simon Woronzof, le 23 avril; et l'empereur y paraît telle-ment porté qu'il serait, je crois, fâché qu'elle n'eût pas lieu. Le mouvement guerrier peut produire un grand bien, celui de faire voir que l'Empereur a plus d'énergie qu'on ne lui en suppose et que M. Duroc ne lui en attribue. » Les Russes, d'ailleurs, font bon marché de Bonaparte, de ses grenadiers et de ses généraux. Il n'a triomphé, répètent-ils, que par son astuce, la lâcheté, la faiblesse du peuple français, la sottise de ses adversaires, S'il eût rencontré Souvorof, il était perdu, car « tout Joubert avait plus de talent que lui ». — « Il tire toute sa gloire, militaire et politique, écrit Simon Woronzof, de l'absurde politique et trahison des cours de Berlin et de Vienne, de la stupidité de l'Espagne et de la stupidité mêlée de trahison des généraux autrichiens qu'il a eu à combattre... Quand on lui a montré de la fermeté, comme à Saint-Jean-d'Acre, il a échoué contre une poignée de monde qui défendait une misérable bicoque... Avec toutes les qualités d'un vrai scélérat qu'il possède en perfection, il finira mal, faute de bon sens. » Et, lui disparu, rien ne subsistera de la France, de sa Révolution,
* Remacle, Correspondance royaliste, juin et juillet 1803 : « L'Empire de Gharlomagne... » u Napoléon, Empereur... » p. 330, 363.