‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 85 sur 122 · CONTRE-MESURES DE RONAPARTE · texte numérisé non relu

CONTRE-MESURES DE RONAPARTE

s'occupa d'agiter l'Irlande. Il transforma toutes les côtes en chantiers de bateaux plats. Il forma son camp à Boulogne et y réunit une armée d'invasion. A partir de la fin de mai, cette opération envahit sa correspondance. La campagne de Russie seule, à la fin de 1811 et au commencement de 1812, occupe autant de place, en préparatifs multiples, infinis; en ordres minutieux, réitérés. Cette expédition dans sa pensée, pouvait, d'un coup, couronner à jamais toutes ses entreprises.

Mais elle dépendait de la mer, du vent, choses indomptables et changeantes. Bonaparte, poursuivant ce dessein hasardeux, en considérait l'avortement possible, les contremanœuvres de l'Angleterre, une contre-descente et une contre-invasion de la France, une diversion sur le continent, par l'Allemagne et par l'Italie. Le camp de Boulogne fut pour lui une mesure à double effet; il se prépara, en cas de coalition, à prévenir le rassemblement des coalisés, Autrichiens, Russes, Prussiens peut-être; à porter son armée au devant d'eux et à les battre en détail. Mais, de préférence, il songeait à former lui-même, contre l'Angleterre, un système continental : l'empire d'Occident ne serait que la forme magnifique d'une coalition. L'Angleterre conservait, sur la mer, la supériorité de Toffensive ; il s'agissait de la paralyser, en lui fermant le plus possible de côtes, de ports, d'embouchures de fleuves. « L'Océan, formidable huissier du roi, semble lui ouvrir le chemin » , disait Shakespeare, du roi Henri V. Bonaparte allait établir, aux points de débarquement, de formidables barricades.

Il contraint les Bataves ' : 38,000 hommes, toute leur flotte, des chantiers de bateaux plats. Il pousse les Espagnols; fait occuper par Gouvion Saint-Gyr, avec 13,000 hommes, Otrante, Tarente, Brindisi : les positions évacuées après le traité d'Amiens ; il y restera tant que les Anglais resteront à Malte. Livourne est mis en état de siège. Un corps de 20,000 hommes occupe le Valais. « Cette guerre, dit-il à Phi-

' Convention du 25 juin 1803.

lippe Cobenzl', entraînera nécessairement après elle une guerre sur le continent; pour ce cas, je devrai avoir de mon côté l'Autriche ou la Prusse ; il me sera toujours plus facile de gagner la Prusse en lui donnant un os à ronger; je n'ai en Europe que l'Autriche à redouter... La Russie restera toujours inactive... Il ne viendra plus un Paul qui fasse la folie d'envoyer jusqu'en Piémont des troupes. »

L*os à ronger, ce sera le Hanovre^. Il commence par s'en emparer. Les 16,000 hommes de l'Électorat reculent devant les 12,000 de Mortier. Le 3 juin, ils se retirent sur l'Elbe. Mortier s'établit dans le pays. Il n'y avait ni gouvernement ni nation, aucune entente entre la régence de l'Électorat et le cabinet de Londres, aucune attache du peuple au souverain : pays vacant en quelque sorte, disponible et divisible, ainsi que naguère les évêchés et les abbayes. Les compliments et les insinuations se multiplient, à Paris, à Berlin, envers les Prussiens. Talleyrand écrit à Laforest, le 17 mai : « Nos voeux tendent à nous lier plus intimement avec la Prusse. C'est le but constant de notre politique. . . « Cambacérès évoque, devant Lucchesini, les souvenirs du Comité de l'an III, qu'il a présidé. Lebrun dit : « C'est pour Sa Majesté prussienne que nous ferons la conquête du Hanovre. » Enfin, le premier Consul * : « Nous touchons à un bouleversement auquel aucune des révolutions précédentes n'a ressemblé. Je vais hasarder l'entreprise la plus difficile, mais la plus féconde en résultats effrayants que la politique ait conçue. Je puis échouer, \e$ armes sont journalières ; mais je puis réussir aussi, et, en trois jours, un temps brumeux et des circonstances un peu favorisantes, peuvent me rendre maître de Londres, du Parlement, de la Banque. Jugez du chaos qui en résultera pour le commerce et les fortunes !... Londres conquise ne me soumet pas l'Angleterre ; il faut, pour conquérir la nation, une révolution

* Rapport de Philippe Cobenzl, !•' juin 1803.

' Thimme, Die inneren Zustànde des Kurfûrstentum Hannover, 1808-18i3J T. I, introduction.

• Rapports de Lucchesini, 16, 29 mai, 9 juin 1803. Baillku.

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