‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 89 sur 122 · ESSAIS D'ALLIANCE DE BONAPARTE. -- 1803. 3Î · texte numérisé non relu

ESSAIS D'ALLIANCE DE BONAPARTE. -- 1803. 3Î

reine, entreprend Charles IV; il a lu la lettre du Consul : «Si Votre Majesté en prend connaissance, rejeter les demandes de Bonaparte, c'est perdre l'Espagne; les accepter, c'est humilier la couronne. Sire, recevez cette lettre, mais ne la lisez pas. »

Le 11 octobre, Beurnonville, en habit de gala, estreçuavec le cérémonial des audiences solennelles. La reine se tient aux côtés du roi. Charles IV prend la lettre; puis, sans l'ouvrir, avec cette majesté de geste que, dans les rencontres, les Bourbons, même les plus dégénérés, ont su retrouver; presque imposant, à force d'indifférence et d'ineptie : « Dites au premier Consul que j'aime la France beaucoup plus que l'Angleterre, et que je donnerai tout ce qu'il me sera possible de donner ; . . . mais je ne consentirai pas à l'éloignement d'Emmanuel, parce qu'on ne peut pas s'opposer à ce que j'aime un homme qui se conduit bien, et de la société duquel je me suis fait un besoin. "

Godoy sauvé, l'Espagne pouvait payer. Une convention fut signée, à Paris, le 19 octobre : 6 millions par mois, ouverture des ports aux vaisseaux français. C'était, au vrai, payer pour n'être point neutre, et, sous le prétexte de s'en tirer les mains, s'engager dans l'engrenage. Bonaparte compléta cet arrangement par un autre qu'il fit avec le Portugal, le 19 décembre : 16 millions de francs, neutralité, avantages à l'industrie française. De Gênes, il tire 6,000 matelots; de la République italienne, 5 à 6,000 soldats et de l'argent. Il menace la cour de Naples. « Écrivez à Alquier que j'ai plus de troupes en Italie qu'il n'en faut pour conquérir l'Italie entière... Ce qui est important, c'est qu'à l'extrémité de la Galabre on n'arme point les paysans, et si le roi de Naples se montre de cette manière, avant de passer en Angleterre, on pourrait bien s'assurer de Naples '. » Il voyait juste : c'est de Calabre qu'était parti, en 1799, « le torrent de révolutions » qui avait chassé les Français d'Italie; c'est là que devait

Talleyraud, 8 novembre 1803.

recommencer, contre la France, cette guerre de paysans qni gagna le Tyrol, TEspagne; mina, rongea par la base l'échafaudage formidable; blessures au pied les plus dangereuses dt toutes et qui s'enveniment le plus.

Il réitère les insinuations à la Prusse. Le 27 novembre, après la soirée de Mme Bonaparte, il garde Lucchesini aux Tuileries et l'entretient une partie de la nuit'. Que veut la Prusse? La neutralité de l'Allemagne : elle serait funeste pour la France, a C'est sur le chemin, qui mène de Strasbourg à Vienne, que les Français doivent aller forcer l'Autriche à la paix, et c'est le chemin que vous voudriez nous interdire, en nous privant de nos alliés naturels : Bade, Wurtemberg et l'électeur de Bavière... »> ... « Si la France ne doit de reconnaissance à personne, n'est-il pas à prévoir qu'elle ne ménagera pas plus la Prusse que tout autre État?» Si, au contraire, la Prusse se décide, elle a tout à gagner. « Je n'ai pas été content des indemnités que la Prusse a obtenues. J'eusse voulu qu'elle eût un million d'âmes de plus, mais voi amis les Russes et vos rivaux les Autrichiens s'y opposaient... » Il conclut : une liaison sincère, qui garantirait la France d'une attaque des Russes et des Autrichiens, en Allemagne et en Italie, et procurerait à la Prusse des avantages proportionnés aux services qu'elle rendrait.

Mais il est, il sera toujours loin de compte avec la Prusse. Il veut bien, comme le Comité de salut public, comme 1« Directoire, renforcer la Prusse pour en faire une avant-garde contre la Russie, un auxiliaire contre l'Autriche, une aile de son armée, une dépendance de ses douanes, un gardecôtes contre l'Angleterre : qu'elle se livre, qu'elle contracte « une association évidente, pleine, forte, telle que sa seule publication soit pour l'Europe continentale le gage de la stabilité et de la permanence du status prœsens des parties qui la composent » , et il fera d'elle une puissance de premier rangl II se déclarera pour le parti protestant, assurera à ce

' Rapport de Lucchesini, 30 novembre; Talleyrand à Laforcit, SO aoTe«i»r«

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