‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 92 sur 122 · ESSAIS D'ALLIANCE CONTRE LA FRANCE · texte numérisé non relu

ESSAIS D'ALLIANCE CONTRE LA FRANCE

ot, par d'Antraignes, la bussie sur tout le monde '. Bonaparte était moins bien informé par Ghampagny sur ce foyer d'intrigues que, par ce même Ghampag^ny, et à son insu, les Russes ne l'étaient sur les intentions de Bonaparte et les faiblesses intimes de son gouvernement. Mais il en savait assez pour se méfier de l'Autriche et ne plus la perdre de vue, persuadé, d'ailleurs, que, sans la Russie, elle n'oserait rien faire. C'est alors que les propositions d'alliance russe arrivèrent à l'Autriclie.

« Dès la fin de l'année 1803, nous lui avons offert de se concerter avec elle pour agir contre les Français, dit une note russe de 1805; et nous n'avons trouvé en elle que des marques de son peu d'énergie et de ses désirs de louvoyer*. » Bonaparte, disaient les Russes, ne peut s'arrêter sur la pente où il s'emporte; la force des choses l'oblige à avancer jusqu'à ce qu'il rencontre un obstacle insurmontable : la Russie offre de mettre sur pied 90,000 hommes, suivis d'une réserve de 80,000. Ils n'oublient pas l'article essentiel, les dédommagements. Ils les offrent aux dépens des Républiques d'Italie, le roi de Sardaigne redevenant « le gardien des Alpes • « . Les Autrichiens demandaient à réfléchir, a Tous ces peuples, sans doute, sont fatigués du joug français, disait Gobenzl, mais il faut que la musique soit commencée avant de les mettre en danse. » ... « Nous sommes à la bouche du canon; nous serons anéantis avant que vous puissiez nous secourir. » Néanmoins ils se préparaient : au commencement de 1804, ils auront 385,000 hommes*; mais, à la moindre menace de

* PiNGAUD, 2* édition, chap. v, para{»raplie 3.

• Martens, t. II, p. 399 et 8uiv. — Tratchewskt, t. II, et III.

• Woronzof à Anstett, 30 déceabre 1803; note de Woronzof, 1*' janvier 1804.

* Rapports d'Anstett^ 16 novembre 1603; de Rasoumowsky, 22 mars 1804.

Bonaparte, les recrues se disperseront, sauf à se rassembler aussitôt ailleurs. Ils multipliaient les platitudes, refusaient des passeports à Mme de Staël; composaient, selon les vieilles recettes, des dépêches destinées au cabinet noir de Paris '. Et le peu sag^ace Ghampagny, se leurrant de leurs bonnes paroles, écrivait à la fin de 1803 : « L'Empereur François et ses ministres, pleins d'une admiration inviolable pour le premier Consul, consentent à lui laisser le sceptre du monde, pourvu qu'il veille bien éparg^ner la monarchie et lui accorder son amitié. »

Dans le même temps, le comte Clément Metternich s'installait à Berlin en qualité de ministre d'Autriche ; fort hostile à la Prusse, fort méprisant des Prussiens, de leur monarchie, de leur cour, mais infiniment plus hostile à la France ; croyant à ïa guerre, travaillant à y attirer la Prusse, mais aussi à l'amoindrir dans l'Allemagne, à la discréditer en Russie; bref à la mettre à la suite, subalterne des deux Empires'. Il faudra lui forcer la main. Les Russes en sont convaincus. Anstett le dit, rudement, à Cobenzl : « Ni parenté, ni aucun lien n'empêchera la Russie de convenir de la façon dont, en cas de guerre, nos armées devraient agir en Allemagne, c'està-dire, imiter les Français dans leur manière de vivre aux dépens du pays, et employer la force pour entraîner tout le monde dans notre parti. C'est surtout vis-à-vis du roi de Prusse... Il ne faut pas négocier avec la cour de Berlin, ne pas même lui parler d'avance; mais, au moment où les troupes russes seraient au moment de fondre sur son pays, ne lui laisser que l'alternative d'être avec les deux cours impériales, ou avec la France, sans admettre sa neutralité *. »

Les desseins qui s'élaborent à Pétersbourg, en cet hiver de 1 803-1 804, sont gros d'avenir : la politique russe se dégage avec ses idées maîtresses et ses lignes directrices. La concep-

' Cobenzl à Colloredo, 21 décembre 1803. — Fouriîier, Gentz und Cobenzl.

* Voir ses instructions dans Fournier, Gentz und Cobenzl, 5 novembre 1803. •— Onckei7, t. II, p. 167. — Mémoires de Metternich, t. I, p. 37.

• Cobenzl à Colloredo, 24 janvier 1804. Voir, ci-après, l'exécution de ce plan en 1805, p. 443.

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