‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 96 sur 122 · L'EUROPE ET VINCENNES · texte numérisé non relu

L'EUROPE ET VINCENNES

Moscou; on annonça l'arrivée prochaine de. Bennîgsen à Pétersbourg. Il fallait un homme de main pour venger le droit des couronnes, et nul ne paraissait mieux désigné que le meurtrier de Paul I" pour faire justice du meurtrier du duc d'Enghien ! Le tsar écrivit au roi de Prusse lui demandant son alliance, promettant la sienne : « La terreur panique que Bonaparte a su inspirer à tous les gouvernements est la base prmcipale de sa puissance... * »

Hédouville parla haut, réclama le rappel des émigrés au service russe, Vernègues à Rome, d'Antraigues à Dresde. Gzartoryski, tout en observant les formes, car il tenait à gagner du temps, déclina toutes les observations, refusa tous les désaveux. [1 lisait les lettres de Vami de Paris : il connaissait, mieux que personne, la nature de l'emploi que d'Antraigues tenait à Dresde; il répondit, non sans impertinence : « Le ministère impérial peut assurer que d'Antraigues ne s'est mêlé d aucune intrigue contre la France depuis qu'il est au service de la Russie. »

Oubril reçut l'ordre de demander « une explication satisfaisante »; explication, avouait »Gzartoryski, « évidemment impossible à donner » . A cette indiscrétion orgueilleuse, Bonaparte répondit par la plus terrible et la plus cruelle des insolences * : « La plainte que la Russie élève aujourd'hui conduit à demander si, lorsque l'Angleterre méditait l'assassinat de Paul I", on eût eu connaissance que les auteurs du complot se trouvaient à une lieue des frontières, on n'eût pas été empressé de les faire saisir. » Le lendemain, il ordonna à Hédouville de demander ses passeports et de laisser les affaires au secrétaire de la légation, Rayneval. Le 7 juin, Hédoaviile quitta Pétersbourg.

Le Pape s'attrista, perdant sur Bonaparte une illusion de plus. A Naples, où Ton n'en était point aux scrupules sur les

* Lettres du 21 avril et du 4 mai 1804. Bailleu,

* Notes d'Oubril, 12 mai; rapport d'Oubril, 13 mai; Bonaparte à Talleyrand, 13 mai; Talleyrand à Oubril, 16 mai ; à Hédouville, 17 mai. — Giartortski, t. I, | p. 379 et «uiv. '

assassinats juridiques ou autres, le roi, bon homme, au fond, reg^retta la mort du prince. « Je connaissais ce pauvre diable, dit Marie-Caroline, c'était le seul des princes français qui eût de l'élévation et du courag-e... Je me console néanmoins de ce qui est arrivé, parce que j'espère que cela nuira au Consul... » Ils s'abstinrent de prendre le deuil et firent prudemment. Au moindre signe d'hostilité, Bonaparte leur déclarait la g^uerre '. La cour d'Espagne se montra digne de Godoy. « Les anglomanes ont clabaudé, écrit Beurnonville. Le prince de la Paix m'a rajeuni, à ce sujet, le mot déjà usé, que lorsqu'on a du mauvais sang, il faut s'en défaire. Il est clair, d'après cela, que la cour d'Espngne a envisagé cet événement sous le jour où votre instruction m'aurait fait un devoir de le lui présenter... * » Louis XVIII renvoya la Toison d'or à ce Bourbon dégénéré, Charles IV; mais les cours de Vienne et de Berlin lui renvoyèrent, à son tour, sans même les ouvrir, ses lettres de protestation : protestation assez molle d'ailleurs et de pur cérémonial

La mort du duc d'Enghien demeura un de ces secrets sur lesquels les princes de la maison de Bourbon ont gardé le plus profond silence^. « Sa Majesté a voulu que le passé restât dans l'oubli », répondit, en 1823, Villèle à Talleyrand qui, publiquement accusé, sollicitait une enquête. Peut-être le secret de l'indifférence du roi, comme celui de l'animosité de Bonaparte, se trouve-t-il dans ce propos étrange de Champagny à d'Antraigues, en 1802 : « J'ai vu quantité de sénateurs, de généraux, de ministres... plutôt décidés à choisir un Bourbon qu'un autre; mais je n'ai vu balancer qu'entre deux personnes, le duc d'Enghien et le duc d'Orléans... Mais on ffréféra Enghien. On l'a même pressenti à ce sujet ; Barthélémy a eu des moyens de le faire tâter*... »

' Welschingeb, p. 32, d'après les rapports d'Alquier. — Helfert, p. 8, 117-li

— Bonaparte à Talleyrand, 20 avril 1804.

' 12 avril 1804. Grandmaison.

' PiALZAC, Vue Ténébreuse Affaire.

* Conversation entre Ghampagny et d'Antraigues, chez l'abbé Maydiea» Vienne, 21 août 1802. Pikgauû.

Restait la violation de l'Empire. L'Empereur Alexandre, seul au monde, en prenait encore souci. Le 6 mai, une note fut remise de sa part à la Diète; il réclamait, à titre de garant du Saint-Empire, de ses droits et de sa Constitution, une protestation énergfique. Les princes allemands ne songeaient alors qu'à rendre des services et la Diète germanique qu'à gagner sa vie, comme Sieyès durant la Terreur. Le duc de Bade, sur l'instigation de Taîleyrand, demanda que l'Assemblée passât à l'ordre du jour, ce qui fut fait le 2 juillet. A cette époque, un nouveau changement, qui devait avoir son contre-coup en Allemagne, venait de se produire en France : la République avait un Empereur et les princes allemands s'attendaient que l'Empereur se montrerait aussi généreux en couronnes et en médiatisations de terres nobles, que la République l'avait été en sécularisations de biens/l'Église.

L'Empire avait échappé après nivôse ; après le complot de Georges, Bonaparte le réclama. « Il faut un chef héréditaire à la nation française » , dit-il le 29 mars, à Le Gouteulx, viceprésident du Sénat. Le lendemain, le Sénat vint, en corps, demander à Bonaparte d'être ce chef. Il se déclara prêt. « Mon sang, après tout, valait le leur», dit-il plus tard, à propos des Bourbons. Il s'agissait d'en faire le sang d? France, d'y attribuer la majesté sacrée, celle du peuple souverain, celle de la grande nation elle-même. T>es esprits s'y étaient acheminés insensiblement, et cette transformation parut une dernière et naturelle métamorphose. En 1792, le peuple avait fait la table rase; il avait délégué sa souveraineté à une Convention de sept cents membres; C(;tte Assemblée en avait délégué l'exercice à un Comité de neuf membres; puis on était passé, à travers les plébiscites, à un Directoire

de cinq, à un Consulat de trois : l'évolution aboutissait à l'unité.

« L'Empire, a dit un des plus profonds historiens de Rome, était la collection des intérêts de tous gérés par un seul homme. On l'appelait respuhlica . . . Sous ce mot, il y avait toute une conception de l'esprit... On l'employait en parlant aux empereurs, et les empereurs eux-mêmes l'employaient. Resjmhlica était un terme aussi officiel qn imperium. Tous les deux désignaient le même gouvernement par deux côtés divers. Le pouvoir appartenait à un seul, mais le gouvernement était la chose de tous *. » République française , Napoléon Empereur : cette légende de la monnaie de l'Empire en définit l'esprit et en résume l'histoire.

Bonaparte entend que cet Empire qui consacrera, à l'intérieur, l'égalité, consacre, au dehors, Id^pax Gallica^ îa suprématie de la France sur l'Europe refondue par les armées de la Révolution. Ainsi fut établi, sur les ruines de l'État romain, l'Empire d'Occident « lorsque Gharlemagne fut obligé de conquérir une partie de l'Europe pour y placer la France au premier rang et l'y mettre en sûreté *. »»

Les difficultés ne vinrent pas du peuple, qui ne refusait rien, ni des grands corps qui souscrivaient à tout; elles vinrent de la famille du Consul, et c'est le revers caricatural de la médaille *. C'était peu de chose de mettre l'hérédité dans le sénatus-consulte; mais qui hériterait? Les frères, les neveux? Il y avait contradiction entre la conception de l'Empire, émanant du peuple, et la constitution d'une famille impériale tirant ses prétentions du hasard de la naissance. Bonaparte, Empereur de la République, s'entendait du vainqueur de Lodi ; mais Joseph, mais Lucien, mais Louis, mais Jérôme, pourquoi eux plutôt que le premier venu des serviteurs de la République et des soldats de la Révolution? Avec son génie tout

' FuSTKL DE GouLANGES, Us Transformations de la royauté . Liv. I, cbap. ii.

^ RoEDERER, t. III, p. 524. Discours à Joseph, roi de Naples, au nom du Sénat, 1806.

' Toute cette partie de l'histoire a été élucidée pour la première fois, à fond, et parfaitement par Frédéric Masson, t. II, chap. xiii, la Lutte pour l'hérédité.

L'ExMPIRE. — 1804. 165

romain, Bonaparte aurait incliné vers l'adoption. Mais, s'il conçut ce dessein, le seul conforme à l'esprit de l'institution, il n'eut pas le courag^e de l'exécuter. Il transigea et s'imposa de choisir son héritier dans la descendance de ses frères. C'était l'hérédité de droit qu'ils auraient voulue. Joseph, dans la colère de la déconvenue, trahit son secret : « Il voyait là, rapporte un de ses confidents, le renversement de tout son avenir... écarté pour toujours des affaires, privé des droits qu'il aurait eus par lui-même et par la seule affection qu'on lui portait au Sénat, de succéder à son frère... » Il maudit l'ambition du premier Consul et souhaita sa mort comme un 'bonheur pour sa famille et pour la France \ Et il se tint en iréserve pour le jour où la France entendrait que l'Empire eût isa révolution de 1688. Bonaparte pensait à adopter le fils de 'Louis et d'Hortense. Louis refusa. « Pourquoi faut-il donc, dit-il à son frère, que je cède à mon fils ma part de votre ^succession? Par où ai-je mérité d'être déshérité? » Ajoutez les Ibruits odieux d'un inceste entre Bonaparte et Hortense, pour expliquer cette préférence du Consul. Joseph en parla, crûment à Louis, et tout Paris se gaussait d'eux, sur l'éclat de leurs disputes^.

En réalité, Bonaparte en les dotant, titrant, couronnant bientôt, s'apprêtait à créer contre son pouvoir une coalition de mécontents insatiables, intéressés à sa mort et, croyaientils, à la chute même de son Empire, prêts à renouveler les rivalités et les coalitions désastreuses des anciens apanages de la couronne.

Le sénatus-consulte, préparé par le Conseil d'État, fut présenté, le 16 mai, au Sénat qui le vota le 18. Le jour même, Bonaparte prit le titre d'Empereur et le nom de Napoléon I". Le changement dans le langage et dans les mœurs fut immédiat. Le 18, Bonaparte mandait à Cambacérês « : Citoyen Consul, votre titre va changer; » le 21 mai, il lui écrivit : « Mon cousin l'archichancelier de l'Empire. » Il y eut une cour,

' MiOT, t. II, chap. V, p. 170 et suiv. ■ Voir U rapport d'Oubril, 4 mai 1804,

avec une étiquette très serrée, et très nécessaire, d'ailleurs, si Ton y voulait de la tenue. Les Bonaparte devinrent Altesses, avec des palais, beaucoup d'argent et des titres pompeux : Joseph, grand électeur; Louis, connétable; Murât, grand amiral; Eugène Beauharnais, archichancelier d'État. Lucien, seul, n'eut rien : seul aussi, des Bonaparte, en cette prodigieuse aventure, il resta libre et garda sa dignité. Napoléon, pour l'admettre à sa cour, exigea qu'il répudiât une femme épousée par amour et toujours aimée. Lucien refusa, quitta Paris, et fit une belle sortie quand les autres s'habillaient, dans la coulisse, pour leur entrée de théâtre. Des deux Consuls, Gambacérès devenait archichancelier de l'empire, Lebrun architrésorier. Fouché eut le ministère de la police. Talleyrand garda les affaires étrangères; il aurait voulu davantage, être compris dans les grands dignitaires; il fit le mécontent et se consola en pensant qu'il acquérait des droits à l'indépendance, c'est-à-dire à l'ingratitude, que les dignités arriveraient par surcroît, assez tôt pour qu'il en profitât, trop tard pour l'engager à la reconnaissance. Napoléon créa vingt charges de maréchaux de France : quatre honoraires, Lefebvre, Rellermann, Sérurier, Pérignon; et seize titulaires, dont quatorze furent seuls nommés, en cette première promotion : Jourdan, Masséna, Augereau, Brune, Bernadotte, parmi les mécontents; et, parmi les zélés : Berthier, Lannes, Ney, Murât, Bessières, Moncey, Mortier, Soult, Davout. Des illustres guerriers de la République, quatre restaient à l'écart, « Spartiates de l'armée du Rhin » : Macdonald, Gouvion- Saint-Cyr * , réputés pour frondeurs ; Lecourbe, républicain en disgrâce, et Moreau qui était en prison.

Le travestissement hâtif de la famille Bonaparte, malgré la beauté des femmes et leur grâce naturelle à porter la parure, jetait sur le nouvel Empire un vernis de mauvais goût. Le procès de Moreau y ajouta je ne sais quoi de mesquin et de piteux. Maintenant qu'il était Empereur par le glaive et par

' Tous deux servirent les Bourbons ; Louis XVIII les fit pairs de France.

ie Sénat, Napoléon, entouré de ses maréchaux, n'avait plus rien à craindre de Moreau. Lequel des inaréchauX; lequel des généraux aspirant à la dig^nité nouvelle et aux dotations qui y étaient jointes, eût renoncé à de si lucraaves dig^nités pour servir Moreau et retomber, de la France de Louis XIV ressuscitée à leur profit, dans l'Amérique austère et parcimonieuse de Washington? Napoléon possédait un sens assez élevé de la grandeur et, en même temps, il était trop homme de théâtre, égal, dans la mise en scène politique, à Corneille et à Shakespeare, pour ne pas comprendre quel lustre un coup de magnanimité donnerait à son Empire encore postiche et de peinture encore trop fraîche. Mais il fallait que Ginna se reconnût coupable ou fût convaincu de félonie. Or, Moreau s'était repris, sous l'influence de la sympathie générale, dans la certitude aussi que l'accusation demeurait sans preuves, Pichegru n'étant plus là pour le dénoncer ou le confondre. Il fit une belle défense républicaine, rappelant son origine plébéienne, son départ de volontaire, ses grades conquis à coups de services rendus à la patrie; il répudia le rôle de Monck; il revendiqua sa part dans l'acte, encore républicain, de Brumaire : cette profession de foi que tout portait à croire sincère, mais que l'acte de 1813 devait si impudemment démentir, porta loin dans le public.

Napoléon avait soustrait Moreau à ses juges naturels. Il eut la confusion de voir les juges, commis par lui, après un délibéré de vingt heures et l'intrusion scandaleuse de Savary, prononcer la peine dérisoire de deux années de prison suivies d'un bannissement perpétuel. L'acquittement, car c'en était un déguisé, fut accueilli par une «joie insultante pour l'Empereur * w , disaient très haut les courtisans, une timide revanche de la justice, disaient tout bas les autres. Napoléon le gracia de la prison. Le 25 juin, le Moniteur annonça que Moreau partait pour l'Amérique. Il n'était plus que le fantôme errant d'un héros mort le lendemain de Hohenlinden. Georges fut

* Mot de Mme de Rémusat. VoirFAURiEL, p. 471. — Mémoires de madame de Chastenay^ t. I, p. 478.

condamné à la peine capitale, exécuté avec douze de ses complices.

Pendant toute la durée du procès, une fermentation sing^uîière avait rég^né dans Paris. « Je n'ai jamais vu, écrivait Rœderer, de dispositions plus sinistres pour le gouvernement. En 87, 88, 89, j'ai suivi tous les mouvements du barreau et du peuple; l'esprit n'en était pas plus farouche... * » Picheg^ru assassiné; la torture appliquée aux accusés, aux témoins; la corruption des juges : « Il n'est pas de chose horrible qui ne se soit dite... Toutes les traductions de Tacite qu'on a pu trouver ont été achetées... » Mais les temps étaient bien changés et ce qui, en 1788, 1789, décelait les agitations profondes ne trahissait, en 1804, qu'une houle passagère, des vagues de surface. Napoléon n'était point Louis XVI et il ne s'agissait plus d'accomplir une révolution, il s'agissait, la révolution opérée, de s'y installer et d'en jouir. C'est pourquoi, de nouvelles places s'offrant, tout le monde s'y empressa : les ci-devant républicains pour y asseoir, en leurs personnes, et y sauvegarder ce qui subsistait encore de la république ; les ci-devant royalistes pour rentrer chez eux et préparer les logis du roi *. C'est une légende que les chambellans malgré eux et les dames du palais par violence. « Les personnes tombées prétendaient avoir été forcées^ dit Chateaubriand, et l'on ne forçait^ disait-on, que ceux qui avaient un grand nom ou une grande importance, et chacun, pour prouver son importance ou ses quartiers, obtenait d'être forcé, à force de sollicitations. »

L'opposition avait progressivement disparu dans l'armée. Les philosophes, à la Paul-Louis, s'isolaient de plus en plus : tt Un homme comme lui, Bonaparte, soldat, chef d'armée, le premier capitaine du monde, vouloir qu'on l'appelle Majesté! Être Bonaparte et 3e faire roi! Il aspire à descendre*, m La

' A Joseph, 14 juin 1804. — OEuvres, t. III, p. 504. — Le tableau, dani Facriel.

• Voyez Barante, MémoireSf t. I, p. 134. — NonviNS, t. III, p. 111. — RÉMUSAT, t. I, p. 345 et passim. — Ségur, t. Il, p. 309.

* Lettre de P.-L. Courier, mai 1804,

grande majorité des officiers aspirait à avancer. Ils étaient jeunes; ils se disaient qu'il y aurait « g^rand nombre de brillants emplois ' » . Le blâme n*est venu qu'après la catastrophe. Thiébault avoue que sa conscience ne s'est réveillée qu'alors... « Qui donc, en 1804, pouvait avoir de pareilles4)ensées, alors que Tétonnement et l'extase, la confiance, le respect et l'obéissance subjug^uaient irrésistiblement presque tous les sujets de l'empire? Quel exemple que celui de mon chef Murât... g^énéral en chef, maréchal d'empire, grand-croix dans la Légfion d'honneur, grand amiral, prince, altesse impériale! Qui n'eût été aveuglé par le spectacle de cette éclatante fortune?... A dater de ce jour, l'ère s'ouvrait pour nous, l'ère de la foi nouvelle. » Au surplus, les pères de la Révolution, les philosophes, s'étaient prosternés devant Frédéric et Catherine la Grande ; comment les fils n'auraient-ils pas acclamé ce César, sorti de leurs rangs^ qui faisait mieux que d'héberger les hommes de lettres errants à Potsdam ou à l'Ermitage, que de doubler la population de la Prusse et de pousser la Russie au cœur de l'Europe, qui faisait des Français les princes du continent et couronnait leur Révolution en sa personne?

Toutefois, si les complots s'arrêtèrent, la trahison continua, en particulier la correspondance des amis de l'Angleterre avec M. Hammond, et celle des amw d'Antraigues avec le chef de l'espionnage russe en France . Le redoutable écumeur de secrets qui signait Y ami de Paris mourut dans l'été de 1804. Son fils, \e fils de Vami, le remplace, se vantant d'avoir ses entrées dans le cabinet de l'Empereur, chez Talleyrand, dont il se prétend un des « faiseurs » attitrés, intime avec Durant qui lui communique, assure-t-il, ou lui laisse surprendre les pièces secrètes, familier dans les bureaux de la Guerre où il place, en avances, son argent à 12 pour 100 et se trouve, en posture de saisir, au passage, mainte note utile sur les mouvements des armées. Qui le pousse à ces trahisons, qui le meut

* Mémoires de Maùionald, p. 122; de Thiébault, t. III, p. 339; de Marbot, t. III, p. 204; de Bigarré, p. 145; Corr. de Davout, t. I, p. 62, 78 et suiv.

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