‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 11 sur 103 · LE GRAND DESSEIN DE METTERNICH · texte numérisé non relu

LE GRAND DESSEIN DE METTERNICH

par les événements actuels. » Metternich désormais dressait contre la France Tépouvantail révolutionnaire et menaçait de déchaîner le monstre ! Rien ne manifeste mieux l'immensité du changfement accompli en Europe.

Le comte Ernest Hardenberg, qui résidait à Vienne pour la régence de Hanovre, écrivait au comte de Mttnster, ministre du roi Georges pour cet ancien électorat, le 22 décembre : o Le cabinet de Vienne prend un ton si haut vis-à-vis de Napoléon, qui ne peut s^expliquer que par la conviction queTAutriche pouvait impunément lui parler... « « Metternich a conçu» , poursuit ce diplomate, dont le rapport était composé pour être lu aux ministres anglais, » un grand plan pour TEu-. rope, que cependant il n'appelle encore qu'un rêve politique. Les principaux traits en sont que la France devrait être restreinte dans ses bornes naturelles entre le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, que TAllemagne fût divisée en plusieurs grands États indépendants et dont l'indépendance serait garantie par l'Autriche et par la Prusse, qui devrait être rétablie au rang d'une grande puissance ; il faudrait, à son avis, diviser l'Italie en deux grands royaumes, en réservant, de ce côté-là, pour l'Autriche, qui, en outre, rentrerait en ses possessions perdues, la frontière du Mincio; qu'on devrait enfin rendre à la Porte les frontières qu'elle avait en Europe avant la paix de Bucarest, et restreindre la Russie dans les limites qu'elle avait avant celle de Tilsit. » Metternich prévoyait, justement, que Napoléon n'y consentirait jamais et qu'il recommencerait la lutte tant qu'il aurait une armée à risquer. La paix telle que la concevait Metternich, la paix avec la France refoulée et affaiblie, ne se comprenait qu'avec une régence de Marie-Louise, une tutelle de l'empereur François, et c'eût été un coup de maître ^ Metternich y pensait déjà, il y pensa longtemps . Cette combinaison supposait la mort ou la déchéance de Napoléon ; les hasards de la guerre pouvaient amener la mort; les conséquences de la guerre, la déchéance. Mais Met-

• 05CIIES, O. undPr.y t. II, p. 101-102.

ternich ne se perdait point à spéculer dans les perspectives ; s'il possédait un regard perçant, sa démarche demeurait mesurée. Il en était encore aux nouvelles de Smolensk, et, pour le moment, il se bornait à concerter quelque accommodement qui, a tout en diminuant la prépondérance de la France, consoliderait cependant sa nouvelle dynastie et n'augmenterait pas la puissance de la Russie » .

Le «i rêve politique » parut cependant un jour sur le point de se réaliser. Le 12 décembre, le bruit se répandit de la catastrophe de la grande armée, de la fuite de Napoléon, de sa disparition même*. « L'impression que cette nouvelle et l'idée de la possibilité qu'il eût été pris ou qu'il eût péri a produit momentanément ici est difficile à décrire, mande le comte Hardenberg; la majorité du public n'en cachait pas sa joie, elle comte Metternich..., n'aurait, dans ce moment, désiré mieux que de s'entendre au plus tôt avec les puissances en guerre contre la France, surtout avec l'Angleterre... « La nouvelle de la prétendue victoire sur la Bérésina, l'annonce surtout du passage de Napoléon par Vilna et Varsovie le refroidirent et le ramenèrent aux mesures de temporisation. Un instant, il crut son système condamné d'avance et tous ses desseins de grande politique anéantis dans l'œuf. C'est le 15 seulement qu'il eut des renseignements positifs.

Victor de Broglie, envoyé en courrier, de Varsovie, arriva porteur du XXIX^ Bulletin. Il avait trouvé sur la route le bruit du désastre u confusément mais universellement répandu » ; a le soulèvement des esprits contre la France éclatait de toutes parts « . L'ambassadeur de France, Otto, se rendit immédiatement chez Metternich *. « L'embarras du comte était si visible, rapporte-t-il, que je ne puis l'attribuer uniquement qu'à l'intérêt qu'il prend à nos succès. Il avait Fair de craindre pour l'alliance, et il s'est oublié plusieurs fois jusqu'à me dire que si l'Autriche prenait un autre parti,.

' Rapport du comte Hardenberj;, 24 décembre 1812.

^ Souvenirs du duc de Broglie^ t. I, p. 198. — Otto à Maret, IC décembre 1812.

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