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LE GRAND DESSEIN DE METTERNICH

elle verrait en peu de temps plus de cinquante millions d'hommes de son côté. Suivant lui, toute rAIlemagne, toute ritalie se déclareraient pour elle... On fait les plus grands efforts pour gagner TAutriche, on offre Tltalie, les provinces Illyriennes, la suprématie de FAUemagne, enfin le rétablisse*ment de Tancienne splendeur et la couronne impériale. » A tout événement, et à la veille des enchères, Metternich insinuait le prix dont Napoléon devrait payer l'attitude loyale de FAutriche, si TAutriche se décidait pour le parti de la « loyauté » .

Peu après arriva la lettre de Napoléon à l'empereur François, de Dresde, le 14 décembre, demandant l'élévation du corps auxiliaire de 30,000 à 60,000 hommes. C'était l'occasion de reprendre la manœuvre commencée le 9, mais les instructions envoyées à Floret, à Vilna, devenaient inutiles. C'est à Paris qu'il fellait s'adresser, et l'on décida d'y envoyer le général Bubna, qui avait donné des preuves de savoir-faire ' . Bubna reçut une instruction de l'empereur, en date du 20 décembre *. Il était chargé de voir, d'écouter, non de négocier. Il pourrait seulement exprimer des vœux en faveur d'une négociation par l'entremise de l'Autriche. Sur un article, il serait formel : a II aura soin de ne pas laisser de doute à Napoléon que toute coopération plus active de notre part serait illusoire )> ; rien au-delà du corps auxiliaire, et de ce corps même le meilleur emploi désormais serait a de le placer, pour ainsi dire, en ligne avec le reste de l'armée autrichienne 1» ; en réalité, de le dégager insensiblement de l'armée française pour le fondre dans le reste des troupes de l'empereur François. Bubna ne cachera pas à Napoléon qu'une a paix générale, sur des larges bases, pourrait seule réparer les désastres de la présente campagne » . II exprimera des appréhensions sur le péril dont la Russie menace les États alliés de Napoléon, le duché de Varsovie, la Prusse; il montrera de quelle importance il serait que l'Autriche u présentât

' T. VII, p. 383.

* Instructions à Bubna, 20 décembre 1812. Orcken.

à la Russie une masse imposante de résistance. » Toutes ces insinuations tendaient à découvrir par quelle gratification Napoléon récompenserait Talliance s'il la voulait, ou à quelles conditions il accepterait l'intervention. Bubna ne manquera point de signaler l'intérêt pour l'Aulriche « d'être le plus tôt possible dans la connaissance des ouvertures de l'empereur des Français... »

Metternich d'ailleurs, comme Hardenbcrg à Berlin, se déclarait en toute occasion le premier partisan de l'alliance française; il se plaignait d'être en butte aux dénonciatiolis, calomnies, attaques de toute sorte de la faction russe et anglaise, de la faction qui poussait à la défection à l'égard de laFranceetàTalliance avec la Russie. C'était, dans sa pensée, un moyen de préparer Napoléon aux offres d'intervention, qui auraient pour conséquence implicite d'abroger les traités de 1809 et 1812, sur la limitation des forces autrichiennes et le corps auxiliaire ; il mêlait des insinuations de bons offices aux protestations de fidélité. « Le gouvernement, écrit Otto, a eu assez de fermeté pour maintenir le système de l'alliance, et Ton peut dire que les derniers revers n'ont servi qu'à confirmer ses dispositions. Le rétablissement de la paix est actuellement le vœu le plus cher de l'Autriche. — Dites-nous franchement, m'a répété tout à l'heure le ministre, ce que vous voulez faire et mettez-nous dans le cas d'agir envers vous comme un bon allié, et envers les autres comme une puissance indépendante... — Qu'il ait [Napoléon] en nous une confiance entière'... » Restait à savoir comment Napoléon, rompu à toutes les ruses et machines de la politique, allait juger ces concours de feintes de Berlin et de Vienne.

' RapporU d'Otto, 28 décembre 181S, 8 janvier 1813.

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