‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 18 sur 103 · LA RÉGENCE DE M^RIE-LOUISE · texte numérisé non relu

LA RÉGENCE DE M^RIE-LOUISE

Cette séparation de la cause de la France et de celle de Tempereur, des intérêts du pays et de ceux du souverain, que les alliés avaient toujours considérée comme une condition nécessaire du succès de leur entreprise, que, dès 1805, ils cherchaient à provoquer, qu'ils s'efforçaient de susciter par les déclarations ambiguës de leurs émissaires, Téquivoque de leurs déclarations et le travail de leurs amis en France, s'opérait de soi-même et sans qu'il leur en coûtât rien, parle seul égoïsme des hommes et leur extraordinaire facilité à tourner par imagination, les choses à leurs convenances.

Dans le monde des opposants, des intéressés, des habiles, on parlait du Grand empire comme d'un encombrement gigantesque de l'histoire de France. Qui se souciait encore de la Pologne? La confédération du Rhin se dissoudrait : la France n'en serait que plus libre de ses mouvements. La Hollande était-elle indispensable et fallait-il à la Belgique française cette tt barrière » retournée contre l'Europe? On oubliait le temps où l'on mettait son honneur à régner sur l'Italie, afin de « l'affranchir ». La Westphalie, Naples^ l'Espagne enfin, parasites de l'Empire, qui le rongeaient aux extrémités! Dans les départements, dans les familles modestes, on ne considérait que les foyers vides, les appels et réappels de conscrits, la liste interminable des morts et celle des victimes désignées de la guerre. On maudissait cette guerre qui ne finissait jamais et dont on ne mesurait plus que la souffrance depuis que les revers avaient recommencé. On la réprouvait, on la répudiait avec violence. On se trouvait saturé de gloire, jusqu'à la nausée. Ainsi des voyageurs embarqués pour les îles opulentes et les pays de l'or découvrent le péril au secouement de la tempête et maudissent leur folle confiance, la témérité de leur chef, le vaisseau, le pilote, la mer et les dieux dont les oracles les ont trompés ! Tout parait bon à jeter pardessus bord, qui permettra de regagner la terre. On ne comprenait point que Napoléon refusât de débarquer cet excès de chargement qui menaçait de Caire sombrer le navire, et même tant de passagers inutiles. On appelait le repos avec d'au-

tant plus d'impatience que Ton se sentait plus persuadé qu'il suffirait à la France de vouloir sa propre sécurité, sa propre tranquillité, et de les obtenir de Tempereur, pour vivre désormais grande, prospère, intacte en ses limites naturelles^ dans une Europe délivrée et pacifique comme elle ! La paix universelle par la renonciation de la France, conception aussi chimérique, en 1813, qu'en 1792 l'universelle fraternité par la conquête française.

• « Napoléon » , dit un général, et des plus âpres parmi les censeurs, «semblable à un dogue, ne lâchait que ce qu'on lui arrachait en le brisant ' . » C'est que Napoléon n'en jugeait pas comme le vulgaire, qui, pour voir les conquêtes menacées, les déclarait aussitôt inutiles. II savait par quelles étapes la France avait marché de Paris à Moscou, par quelle évolution il avait porté la conquête, puis la défense, du Rhin a la Yistule, des Alpes aux Calabres, de la mer du Nord à l'Adriatique, de Cadix â Hambourg. Entre la coalition et lui, il y a encore toute l'épaisseur de l'Europe centrale, rempart énorme s'il est vainqueur, le vide s'il est vaincu. Il prévoyait que la retraite, s'opérerait par les mêmes chemins que la conquête, et qu'une fois commencée, si l'ennemi n'était encore une fois refoulé, elle ne s'arrêterait ni à l'Elbe, ni au Rhin même; que s'il était réduit à repasser ce fleuve, l'Europe le repasserait sur ses pas; bref, que dans la défaite il faudrait toujours reculer, comme dans la victoire il avait fallu avancer toujours : Wagram se renversant sur Friedland, sur léna, sur Austerlitz, sur Hohenlinden, sur Marengo, sur Lodi, sur Fleurus, sur Jemmapes, sur Valmy... Il se représentait la fatale symétrie de la guerre, la bascule du Grand empire, l'invasion européenne refluant sur l'invasion de l'Europe par la France, et le Grand empire s'en allant par morceaux, rongé, miné par ce déluge, comme il s'était formé par couches, des alluvions de la marée montante.

Il arme donc à outrance. Il lui faut vaincre encore et, comme toujours, depuis la première sortie, en 1792, jouer le

* To^BAULT, t. v, p. 8,

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