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LA REGENCE DE MARIE-LOUISE

tout pour le tout. Il Feignit de considérer la campagne de 1812 comme un accident : rien qu'une armée à refaire et une revanche à prendre! Il sut se contenir devant la défection même. Le 10 janvier, il connut la capitulation d'York; soit que, sur les notions erronées de ses agents, il n'en découvrit pas du premier coup l'importance, soit qu'il lui convint, pour maintenir le plus longtemps la Prusse à sa discrétion, de paraître croire à la bonne foi de Frédéric-Guillaume et, pour ménager l'opinion, de ne point ébruiter ce détraquement de ses alliances, il prit acte de ce fait pour motiver ses demandes nouvelles de conscrits, a Ce qui suffisait hier, ne suffit plus aujourd'hui. L'insolence des vainqueurs de Louis XIV et la honte des traités de Louis XY semblent nous menacer encore » , fait-il dire par Regnault au Sénat, a C'est du retour de ces temps ignominieux qu'il s'agit de préserver la France. » Il s'écrie : « J'armerai jusqu'aux femmes ' ! » Le sénatus-consulte du 1 1 janvier met 350,000 hommes à sa dis» position, cohortes, libérés des classes précédentes, prélèvements sur la classe 1814. Grâce à la pusillanimité de la Prusse, à l'étreinte dont il Tétouffe encore, grâce aux lenteurs et aux calculs compliqués de Metternich, il espère arriver encore à temps, et, comme en 1 805 , comme en 1 806 , rompre la coalition dans ses membres : a Ce n'est pas une nation, disait-il des Prussiens, ils n'ont aucune fierté nationale; ce sont les Gascons de r Allemagne. Les Prussiens sont des éventés. Nous les avons toujours méprisés. » Quand aux Allemands, qu'on ne s'étourdisse point de leur effervescence : u L'Allemand n'est pas assez meurtrier pour faire une révolution * ! »

Il fut bientôt renseigné sur l'Autriche, et son premier coup de sonde ne le trompa point. Le 2 février, il donna audience à Bubna. Ce général tâcha de lui insinuer, par les combinaisons les plus édulcorées de sa pharmacie diplomatique,

1 A Babna, 1" mars 1813.

* Conversation avec Bubna; rapports de Bubna. Okukbr. Napoléon les jo^e comme Stendhal : « Le véritable Allemand est un grand homme blond, d*une apparence indolente. » Sagan, juin 1813 : en pleine insurrection de la Silésie.

la retraite du corps auxiliaire et rarmistice de fait avec la Russie. Napoléon sentit Famertume et le venin : a Monsieur, c'est une mauvaise pièce, elle est contraire au traité, c'est un premier pas vers la défection... Vous avez changée de système. Nous allons bouleverser le monde. L'espoir de la paix est perdu. J'ai accepté votre intervention pour la paix, mais un médiateur armé ne me convient pas. Il en arrivera que le vice-roi d'Italie sera obligée d'évacuer Varsovie, de quitter la Vistule, d'aller derrière l'Oder; cela fera une mauvaise sensation dans mon armée et en France. » Il se répandit alors en propos menaçants, incohérents : « Ce n'était pas de l'emportement, rapporte Bubna, c'était un homme frappé d'une idée tout à fait inattendue, dont il sait apprécier toute l'importance, et qui en est vivement préoccupé. » Toutes les

a nuances intermédiaires » de Metternich se déroulèrent devant ses yeux, et il perça le fond : la médiation armée ! Toutefois, il se radoucit, se flattant toujours que victorieux des Russes, il contiendrait les Autrichiens et que l'esprit de famille, joint à une prudence naturelle, retiendrait ou retarderait François II le temps nécessaire pour le réduire à composition. Les bulletins de police devenaient alarmants. Il se manifestait en Provence quelque agitation révolutionnaire; on dénonçait dans l'ouest des machinations royalistes; en Belgique, une vraie résistance à la conscription ; en Hollande, des troubles, des paniques de mauvais augure. Les gendarmes s'épuisaient à la poursuite des conscrits; il fallait presque une armée pour en recruter une autre. Comme en ces temps de Louis XIV dont Napoléon évoquait le souvenir, comme en 1 7 1 , lors des désastres de la guerre de Succession, les bois se remplissaient de réfractaires. Ce n'était point le moment de crier à la trahison et d'étaler la nudité des alliances. Napoléon continua donc d'affecter la confiance en ses confédérés :

« Je suis satisfait de la conduite de mes alliés; je n'en abandonnerai aucun; je maintiendrai l'intégrité de leurs États ^ »

' Discours au coi-ps législatif, 14 février 1813.

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