‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 20 sur 103 · LA RÉGENCE DE MARIE-LOUISE · texte numérisé non relu

LA RÉGENCE DE MARIE-LOUISE

Autant pour lier les Autrichiens que pour les compromettre devant l'Europe et tourner Talliance en spectacle, faute de pouvoir la traduire en actes militaires, il fit annoncer dans les journaux et préparer le sénatus-consulte réglant la régence de rimpératrice, son couronnement, celui du roi de Rome '. Mais cette garantie légale ne lui suffit point. Il a vu de près le désastre, la mort, en Russie, et de loin, à Paris, le complot, la révolution. Il veut pour son fils une protection suprême, audessus de la force des armes, au-dessus même des traités, des lois, des sénatus-consultes, et comme il n'en dispose pas, il la demande aux puissances qui sont au delà du monde, et c'est par TÉglise qu'il veut faire sceller sa pragmatique^. Les raisons d'État qui, en 1804, l'ont porté à se faire sacrer par le pape le portent à désirer que le pape sacre son fils, et les raisons du cœur s'ajoutent ici aux raisons d'État. Cette affaire se mêle intimement aux négociations d'un nouveau concordat avec Pie VII.

Ce pape était toujours interné à Fontainebleau. Napoléon lui avait proposé une entrevue : « Peut-être parviendrons-nous au but tant désiré de faire tomber toutes les difficultés qui divisent l'État et l'Église *. » La pacification de l'Ouest, la soumission de la Belgique, l'apaisement des catholiques dans toute la France en seraient, pensait-il, la conséquence; mais la consécration du roi de Rome parait en avoir été la pensée principale, comme en 1802, lors du Concordat, l'établissement du pouvoir consulaire.

Le 19 janvier. Napoléon alla surprendre Pie VII à Fontainebleau, l'enguirlanda, l'éblouit, le caressa, le menaça, et finalement lui arracha la promesse d'un accord qui fut signé le 25 janvier ^. C'était en principe, mais en termes si obscurs qu'ils n'engageaient à rien, la translation du Saint-Siège à Avignon

* Voir ci dessus p. 42-44.

* Conversation rapportée par Barante, t. I, p. 270. Cf. ci-dessus, p. 43. ' A Pie VU, t9 décembre 1812.

* PASQriBRy t. II, ch, II. ^ D'Hau88o:( VILLE, t. V, ch. LT et Lvi. — DkClercq, t. II, p. 377.

et, implicitement, la renonciation au pouvoir temporel. Le 7 février, le sénatus-consulte relatif à la régence fut promulgué; le nouveau concordat le fut le 13. Le pape désavoua presque aussitôt, sinon sa signature, au moins les conséquences que Napoléon en prétendait tirer. Napoléon n*en tint compte. Pour le moment, le concordat donnait les apparences de la paix religieuse, et Napoléon n'en voulait pas davantage. Il laisserait en quittant Paris le spectacle d'une France unie, soumise, dans un beau décor de gouvernement.

Le 30 mars parurent les lettres patentes qui conféraient la régence à Marie-Louise. Otto, que Napoléon jugeait trop peu perspicace, avait été remplacé par Narbonne : bomme de cour, homme de guerre, il pourrait mieux observer, il montrerait plus de contenance, il remplirait mieux le personnage d'un ambassadeur de famille'. Il saurait mieux insinuer aussi, et avec plus d'autorité. Puisque rAutriche veut la paix, écrit Maret, le 29 mars, « qu'elle s'adresse à la Russie et lui demande d'ouvrir immédiatement des négociations... On conviendrait d'un armistice... L'armistice une fois admis, le langage et les forces de l'Autriche amèneraient promptement la conclusion de la paix... » La Prusse eu ferait les frais, au lieu d'y gagner le duché de Varsovie, comme l'a proposé Metternich. L'empereur, poursuit Maret, a cru trouver dans la Prusse l'État intermédiaire dont l'Europe a besoin au nord-est. a C'était une erreur... Une puissance dont les traités ne sont que conditionnels ne saurait être un intermédiaire utile. Elle ne garantit rien. Elle n'est qu'un sujet de discussions et n'est point une barrière. » En cas de victoire commune, on la partagera. Elle compte cinq millions d'habitants, a On en formerait trois États. Un million resterait à la Prusse sur la rive droite de la Vistule; deux millions iraient à l'Autriche, et deux millions à la Saxe et à la Westphalie. Le plus beau lot serait à l'Autriche, la Silésie... » Cette amorce posée, comme par digression, Maret revient au thème continu de Napoléon :

' NarLoDne, nommé le 5 man 1813.

LA REGENCE DE MAKIE-LOUISE. ^ 1813. Si

que rÂutriche intervienne, soit; qu'elle arme, bien. Mais intervention et armement ne se feront que d'accord avec la France, en vertu de Talliance et en vue de la consolider. Dès queTarmée française sera sur TElbe, rAutriche fera sa déclaration à Alexandre et, tout en agissant avec la France, exercera son entremise en vue d'un armistice g^énéral qui précédera la négociation de la paix. Pour la Prusse, on la contiendra par la terreur, en attendant l'heure de l'anéantir ' .

Avec Schwarzenberg, qui revint, en ambassadeur, le 7 avril, et eut son audience le 9, l'empereur reprit les mêmes propos' : l'armistice, un congrès à Prague, par exemple, puis TAutriche passant du côté de la France. Il se dit désireux de la paix, mais d'une paix qui n'atteindrait pas son prestige, a Les Anglais croient que la France est écrasée ; ils me demanderont la Belgique... Ma position est difficile : si je faisais une paix déshonorante, je me perdrais... Je suis nouveau, j'ai plus de ménagements a garder pour l'opinion, parce que j'en ai besoin. En publiant une paix de cette nature, on n'entendrait, à la vérité, au premier moment, que des cris de joie; mais bientôt on blâmerait hautement le gouvernement, je perdrais Testime et en même temps la confiance de mes peuples, car le Français a l'imagination vive, il aime la gloire, l'exaltation, il est « fibreux » . Savez-vous où il faut chercher la première cause de la chute des Bourbons? » Délicatement avec Napoléon, plus vigoureusement avec Maret, Schwarzenberg peignait la lassitude de l'Europe, la révolte des peuples, le désespoir général qui les réunissait : » Personne ne bougera là où seront vos armées ; du moment qu'elles n'y seront pas, le feu que vous avez cru éteint jettera une nouvelle flamme. » Puis il parla des conditions de la paix, les présenta sous le couvert de l'Angleterre : les embouchures des grands fleuves d'Allemagne, la Hollande, l'Italie indépendante, Venise, le Gap, Malte, et il ajouta : a Je crois que la Russie ne

' ■ A la inoindre insulte d*une Tille, d'un village prussien, faites-le brûler, fût-ce même Berlin. » A Eugène, 5 mars 1813.

' Rapport de Schwarzenberg, 14 avril 1813, Okcker.

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tS DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L* AUTRICHE. -* 1813.

ferait jamais la paix sans être d'accord avec le cabinet britannique... ^ n II emporta cette impression que a pour se justifier et sauver sa g^Ioire vis-à-vis de la France, Tempereur voudra faire valoir des avantages maritimes et commerciaux « . Or, ajoutait-il, c'est l'article sur lequel l'Angleterre se montrera le plus récalcitrante.

D*ailleurs, des indemnités de l'Autriche, pas un mot. C'est que pour donner à l'Autriche ce que l'Autriche convoitait, il aurait fallu que Napoléon se dépouillât de ses plus brillantes conquêtes : Milan, Venise qu'on lui avait tant reproché d'avoir livrée en 1797 et 1801, afin d'obtenir les frontières naturelles, et qu'il n'avait pu reprendre qu'après Austerlitz. L'Italie, son premier prestige, la splendeur de la république, le luxe de la gloire française! Il ne pouvait donner aux princes dont il souhaitait l'alliance que les territoires qu'il leur avait pris, et il les avait pris justement pour réduire ces princes à la paix. En les rétablissant dans leur ancienne puissance, il leur rendrait les moyens de le combattre ; il se remettrait, il les remettrait eux-mêmes dans l'état où ils étaient avant 1805, avant 1807, avant 1809, et les causes de ces guerres renaîtraient d'elles-mêmes dès qu'il en aurait supprimé les effets. Enfin il leur fournissait, en leur restituant une partie, les moyens de reprendre le reste; il les intéressait à sa chute.

De l'Espagne, il semble ne plus rien attendre. Il la vide, peu à peu, des débris de l'armée qu'il y a peu à peu engloutie. Il mande à Joseph, en chiffre, et par quadruplicata ! « que le temps perdu est irrémédiable ; que les affaires tourneront mal, si, promptement, il ne met plus d'activité et de mouvement dans la direction des affaires » ; et il lui commande « d'être toujours prêt à prendre l'offensive, à menacer de se porter sur Lisbonne et de conquérir le Portugal, si les Anglais affaiblissaient leur armée d'Espagne* » . Ordre paradoxal, ordre d'une ironie sinistre à un roi désemparé, qui a perdu les deux tiers de son royaume, qui rentre dans sa capitale et en sort,

* Conférences des 8, 9, 10 avril 1813.

* A CUrke, 9 février 18 J 3.

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