LA RÉGENCE DE MARIE-LOCISE
comme le mauvais marin qui, sous le vent contraire, ramène son mauvais navire à la côte, débarque et rembarque ^ Dans le public, à la cour, et Napoléon le sait, on n'émet qu'un vœu : le rappel de Joseph en France, le retour de Ferdinand en Espace. Napoléon y incline; TEspag^ne est un membre gangrené, il Tamputera. a Si j'en ai besoin, déclara-t-il à Schwarzenberg, je retirerai mon armée d'Espagne, je m'arrangerai avec la junte, je leur enverrai leur Ferdinand, et tout sera dit. » Mais il lui restait peu de temps, s'il voulait s'en faire honneur, car, le 23 mars, Joseph quitta Madrid, cette fois pour n'y plus revenir. L'évacuation de l'Espagne avait commencé et n'était plus qu'une question d'étapes.
Napoléon partit le 15 avril. Le dimanche 11, il passa, pour la dernière fois, la garde en revue, au Carrousel. « Il s'agissait pour l'empire français d'être ou de n'être pas... Ces soldats, espoir de la France, ces soldats sa dernière goutte de sang, entraient aussi pour beaucoup dans l'inquiète curiosité des spectateurs... Au jour du danger. Napoléon était toute la France^... » Ainsi pensaient encore l'homme du peuple et le soldat qui criaient : Vive l'empereur! Mais, en dehors d'eux, « tout le monde sans exception, écrivait Schwarzenberg, est fatigué de la guerre... Il faut avouer que les esprits sont bien montés, et que Paris a bien changé depuis onze mois ; enfin tout dépend d'un seul homme : c'est l'empereur. » Et cet homme, au moment d'engager cette suprême partie, répétait encore, comme au temps de son ascension triomphale : « Je suis l'œuvre des circonstances, j'ai toujours marché avec elles *. » Les circonstances étaient ce qui avait le plus changé en Europe, et elles marchaient contre lui.
' Mémoires militaires de Jourdan^ ch. xxiii, — Mémoires du roi Joseph, C. IX, Ut. zii.
* Voir l'admirable tableau de Balzac : La dernière revue de Vempereur, dans ia Femme de trente ans,
' Bàrautb, conversation aux Tuileries, t. I, p. 171.